VIL THEORIES SUR L’ORIGINE DU SEXE
La question de l’origine du sexe1 se décompose en deux autres. On peut se demander d’abord d’où vient qu'il y a des mâles et des femelles; puis à quoi chaque individu en particulier doit son sexe mâle ou femelle.
Origine phylogénétique des sexes. — Depuis que l’on a reconnu l’identité fondamentale du spermatozoïde et de l’œuf, la première question a perdu beaucoup de son importance. On s’accorde à reconnaître aujourd’hui que le mâle et la femelle sont entièrement équivalents et que leurs différences sont toutes secondaires et adaptatives. C’est 0. Hertwig (88) qui, le premier, a nettement montré cette vérité. Elle ressort de l’étude des formes inférieures de la génération sexuelle, en particulier de la conjugaison. Le mâle et la femelle des êtres supérieurs sont fondamentalement équivalents, comme deux infusoires qui se conjuguent ; mais des différences se sont établies entre eux pour faciliter leur rapprochement. L’œuf est devenu gros, inerte, riche en matières nutritives; le spermatozoïde petit, alerte, mobile, mais sans provisions de réserve. La femelle est devenue faible, mais bonne nourrice ; le mâle inhabile aux soins, mais agile pour trouver la femelle, fort pour triompher de sa résistance et des mâles concurrents.
Les caractères sexuels secondaires sont attribués par Darwin et ceux qui l’ont suivi aux sélections naturelle et sexuelle. Mais d’autres voient en eux plutôt un effet de l’énergie vitale plus intense du mâle ou le résultat de l'action chimique exercée par la sécrétion interne des glandes sexuelles. Cela explique naturel le ment les effets somatiques de la castration.
On considère généralement l’état hermaphrodite comme primitif et la séparation des sexes comme secondaire. Mais Nussbaum (88) n’est pas de cet avis. Pour lui, les formes hermaphrodites et celles à sexes séparés sont contemporaines et se sont formées l’une et l’autre selon que les conditions rendaient l’une ou l’autre conformation plus avantageuse à l’espèce.
Origine du sexe chez l’individu. — La question de la cause du sexe chez l’individu est très differente selon qu’elle s’adresse aux animaux in-
• Voir, en outre, les Théories générales celles cLÉrasme Darwin, Galton, Weisdans la troisième partie, en particulier mann, Haacke.
THÉORIES PARTICULIÈRES
férieurs et aux plantes, ou à l'homme et aux mammifères. Pour les premiers, nous avons vu, dans la première partie de cet ouvrage (p. 181 à 185), que le sexe était tantôt prédéterminé dans l’œuf, tantôt déterminé par la fécondation, tantôt dépendant de conditions ultérieures dont un certain nombre ont pu être découvertes. Pour les derniers, au contraire, on ne sait à peu près rien et c’est là que les théories ont eu le champ
libre.
Cette question a toujours excité un intérêt très vif, et les opinions qu’elle a fait surgir sont extrêmement nombreuses. Nous ne rappelons que les principales1.
Aristote croyait que le sexe dépendait du mâle seul, et pareille opinion se retrouve de nos jours dans Schumann (83). Buffon, Haller, Burdach, qui croyaient à l’hérédité croisée, admettaient comme conséquence que les filles proviennent plus particulièrement du père et les fils de la mère. Girou de Büzàreingues (28) pensait, au contraire, que chaque parent engendrait le produit de même sexe que lui, et Lucas (47, 50) émet une opinion semblable.
La première tentativepour trancher ces questions sinon par l'expérience du moins d’une manière quelque peu scientifique, remonte à Hofacker. Hofacker (29) et Sadler (30) avaient déduit de statistiques insuffisantes que l’époux le plus âgé a plus de chances de donner son sexe au produit.
i Les philosophes et médecins de l’antiquité avaient leurs théories, baroques comme toujours, dans les questions de ce genre. Parménide et Anaxagore pensaient que chaque sexe avait deux semences, une pour faire des mâles, l'autre pour faire des femelles. Les garçons venaient du testicule droit et se logeaient dans le côté droit de la matrice. Pour les filles c’était l’inverse. Hippocrate soutenait une opinion analogue, mais pour lui les deux liqueurs séminales se distinguaient principalement par leur force. La plus forte ayant, chez les deux sexes, tendance à produire des mâles, et la plus faible des femelles. Galien adopta aussi les vues d’ Anaxagore, mais il y ajouta une explication. Le côté droit engendrait des mâles parce qu’il était le plus chaud.
Toute l’antiquité et le moyen âge vécurent sur ces idées qui, plus d’une fois, pa-
rait-il, furent mises en pratique d'une façon singulière. Pour faire un garçon, il fallait se serrer le testicule gauche avec un lien et appuyer à droite dans le coït.
On nous permettra de ne pas nous arrêter à des opinions de moindre valeur encore comme celle qui attribue une plus grande aptitude à faire des garçons aux femmes qui montent au lit telle jambe la première (la droite, je crois). Lesopinions de ce genre sont multiples et variées, mais ce n’est plus de la science môme hypothétique, c’est de la superstition.
On pourrait presque mettre au même rang certaines théories toutes modernes, comme celle de Cohen (75) qui attribue au mâle la force cérébro-spinale et à la femelle la force sympathique. Le produit serait mâle ou femelle selon que la première ou la seconde serait prédominante.