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X. THÉORIES SPÉCIALES DE L’HÉRÉDITÉ

Nous avons défini comme théories générales celles qui abordent dans son ensemble le problème de la transmission des caractères et de l’évolution des êtres. Aussi est-ce dans la 3e partie de cet ouvrage que trouveront place presque toutes les théories de l’hérédité. Le présent chapitre va donc se trouver réduit à quelques opinions isolées.

Dès que l’on a connu les éléments sexuels, on a compris qu’ils étaient les seuls véhicules possibles de l'hérédité 1 . Cela ne peut être douteux

1 L’homme fournit son sperme dans la fécondation et il n’est pas besoin d’une observation scientifique délicate pour le reconnaître. La femme, au contraire, semble ne rien fournir que le lieu, le moule, si l’on veut, où se formera le fœtus. Aussi est-il naturel que les anciens aient cru que l’hérédité n’était que paternelle. Le plus ancien document que l'on ait sur ces matières, le Manava-Dhorma-Sastra, livre sacré des Ilindousffiit que |a. mère

n’est qu’un champ ou le pèreplépose une semence, et, comme conséquence logique, conclut, contre l’évidence, que le père •seul se continue dans l’enfant. « La se-

mence , y est-il dit , découle des principales ou, selon d’autres, de toutes les parties du corps; elle contient en puissance toutes les facultés dévolues aux organes :

s'il y a donc des vices inhérents à quelque partie de l’organisme des générateurs, ils doiventnécessairement se transmettre à la semence et de la semence au fœtus puisqu’il émane d’elle. »

Cette opinion, plus ou moins modifiée selon les lents progrès de la science ou les idées à priori se retrouve avec diverses variantes dans toutes les théories des Spermatistes, dont les derniers appartiennent au commencement de notre

(*) S. Minot (95 : I. 332) considère la mort comme la conclusion naturelle d’une sénés conse commençant à la naissance pour s’accentuer progressivement et qui a pour cause la diminution progressive du noyau par rapport au protoplasme dans les cellules. [L’œuf fécond*' est de toutes les cellules du corps une de celles où le noyau est le plus petit], Loew (96 : II, 283) développe et étend son idée sur les relations entre la mort et la disparition des aldéhydes (Voirp. 325). La seule vue intéressante publiée dans ces dernières années est celle de Metchnikov (97 : III, 249). Les cellules du corps sont, pour lui, sans cesse en butte aux attaques des phagocytes et ne leur résistent que par la sécrétion de substances chimiotactiques qui les éloignent. La sénilité, ainsi que certains états pathologiques, a pour effet de supprimer ou d’affaiblir cette sécrétion; dès lors, les phagocytes dévorent les éléments nobles du corps et produisent des atrophies préjudiciables au fonctionnement des organes; un lissu conjonctif formé par eux peut remplir les vides des éléments nobles disparus, mais le fonctionnement n’y gagne rien. La mort n’est que le terme ultime du progrès continu de la sénescence. Il n’est pas interdit d’espérer que l’on pourrait parles injections opothérapiques convenables, affaiblir les phagocytes ou renforcer les éléments nobles et lutter contre la mort.

THÉORIES PARTICULIÈRES

que poui* des mystiques. Mais il n’est pas certain que toutes leurs parties soient également importantes pour la transmission héréditaire. Si

siècle. Érasistrate (me a. C. n.), Diogène de Laerte (if a. C. w.), Galien (11e p. C. n.), toute l’École d’Alexandrie partagèrent cette opinion. Pour la plupart d’entre eux, le sang des règles cesse de couler pendant la grossesse parce qu'il sert d’aliment au fœtus. Mais c’est surtout vers la fin du xvne siècle, lorsque Leuwenhoek eut découvert le spermatozoïde, que les Spermatistes eurent beau jeu. Il y avait donc dans le sperme quelque chose d’évidemment vivant tandis

Fig. 24.

1. Spermatozoïde idéal d’après Hartsoeker — 2. Spermatozoïde observé par Dalenpatius. — 3. Le même dépouillé de son enveloppe.

que l’œuf peut n’être qu’une substance inerte. Les uns (Leuwenhoek, Andry) crurent découvrir que le spermatozoïde entre dans l’œuf par une petite soupape s’ouvrant en dedans; en entrant, il comble le peu de vide qui restait derrière la soupape et empêche un nouveau sperma tozoïde d’entrer. Hartsoeker (169) suppose qu’il y a dans le spermatozoïde un petit être tout formé (fig. 24, a). La queue, écourtée dans notre reproduction de son dessin, contient un cordon qui sort de l’ombilic du petit être et deviendra le cordon ombilical, car le spermatozoïde se

greffe au fond de la matrice par le bout de la queue. Dalenpatius (1699) croit voir sous le microscope un homunculus parfaitement dessiné (fig. 24, 3) se dégager du spermatozoïde (fig. 24, 2) comme d’une enveloppe qui l’encapuchonne et se montrer avec une tête, un corps, deux jambes et deux bras. Tous croient que j’œnf lui sert seulement de nourriture et d’abri et que les germes spermatiques de toutes les générations futures sont emboîtés les uns dans les autres depuis Adam jusqu’à la fin du monde.

Oken et les philosophes de la nature de la nouvelle école prennent place ici.

A la théorie des Spermatistes s’oppose, comme on sait, celle des Ovisles. Celle-ci ne peut remonter aussi loin dans le passé, car elle suppose la connaissance de l’œuf.

Harvey (xvF siècle) reconnaît le premier l’existence des œufs chez les femelles des vivipares. Mais, d’après lui, c’est la matrice qui forme le fœtus. Le sperme n’y entre pas; il féconde non l’œuf, mais la mère tout entière, par une sorte de contagion qui rend la mère capable de développer elle-même ses œufs dans sa matrice. Descartes (première moitié du XVIIe siècle) admit ces vues et assimila la fécondation à une fermentation. Ces idées se précisèrent lorsque Graaf eut, vers la même époque, découvert le follicule ovarien, qu’il prit pour l’œuf luimême, et appelé ovaire les glandes que l’on avait jusqu’alors appelées les testicules femelles. 11 dit que l’œuf était fécondé dans l’ovaire et tombait dans la matrice où il se développait. Mais, pour tous les Ovistes, cette fécondation n’est qu’une impulsion immatérielle au développement. Le mâle ne contribue en rien à la formation des organes fœtaux,- qui existent tout préformés dans l’œuf, en sorte que, matériellement, l’enfant descend de sa mère seule.

l’on pouvait couper la queue du spermatozoïde et soustraire à l’ovule ses réserves vitellines, on empêcherait la fécondation ou le développement.

S w.\ mmer dam, Malpighi ail xvnc siècle, Haller, Bonnet, Yallisnieri, Spall anzani au xviiie furent les principaux champions- de YOvisme et admirent, comme les Spermatistes, un emboîtement des germes, mais ici le germe était un œuf et, dans les ovules d’Eve, étaient contenus tous ceux des générations futures jusqu’à la consommation des siècles. Le germe le plus extérieur était seul atteint chaque fois par la fécondation.

« La fécondation, dit Bonnet (1778), n’introduit pas dans l’œuf un germe qui existait auparavant chez le mâle.,. Mjais le germe logé dès le commencement dans l’œuf reçoit de la liqueur que fournit le mâle, le principe d’une nouvelle vie. Elle le met en état de se développer et de franchir les bornes étroites qui le renfermaient. »

Sans entrer dans le détail de ces discussions, faisons remarquer que la théorie de l’emboîtement est bien plus compliquée encore qu’elle ne le paraît. Il n’y a pas là seulement une difficulté résultant du volume des parties, mais tous les œufs diffèrent les uns des autres par le nombre des germes emboîtés qu’ils contiennent, car toute série qui aboutit à un mâle s’arrête à lui et ce sont seulement les lignées femelles qui se continuent indéfiniment.

Il en est de même pour l’emboîtement des spermatozoïdes où les séries mâles se continuent seules. De Blainville semble être le dernier qui ait soutenu jusque dans notre siècle lathéoriemodifiéedesOvistes.

. Ovistes et Spermatistes étaient aussi embarrassés les uns que les autres pour expliquer la ressemblance matérielle de l’enfant avec ses deux parents. L exemple célèbpe <fu mulet, qui tient de son père l’fine et de sa mère la jument, les plongeait les uns et les autres dans le plus cruel embarras, et ils se mettaient l’esprit à la torture pour en fournir des ex-

plications, d’ailleurs aussi bizarres qu’insuffisantes et compliquées. Cela nous entraînerait trop loin de les exposer. En voici une entre autres : Le mulet, dit Bonnet (1778), provient d’un germe de cheval contenu dans la jument. Ce germe contenait tous les organes de l’animal, mais froissés, affaissés, plissés. La liqueur séminale de l’âne les gonfle, les déploie, comme aurait fait celle du cheval, mais il gonfle et distend moins la croupe et les pattes, et davantage les oreilles, ce qui fait que le produit est un peu différent de ce qu'il eût été si son père eût été un cheval.

Les faits de régénération n’étaient pas moins embarrassants pour eux. Où est dans l’emboîtement des germes, dit Érasme Darwin (10), cette patte supplémentaire du crabe qui repousse si on en casse une et qui ne se forme pas si on n’en casse point? On trouvera de plus amples détails dans les ouv rages de Buffon (4), d’ÉRASME Darwin (10), etc., auxquels nous empruntons ainsi qu’à Lucas (47-50) et à Roth (85), un bon nombre des faits cités dans cet historique.

Est-il besoin de rappeler que les théories évolutionnistes ont succombé pour ne plus se relever, sous les critiques de M iupertuis (1751), de Buffon (4) et surtout de Wolff (1759)? Je dis surtout de Wol/f parce que ce dernier ne s’est pas contenté d’arguments théoriques, mais a montré, en suivant le développement du poulet, que l'observation condamnait absolument l’idée fondamentale de la -pré formation.

Enfin , il existe une troisième opin ion qui, après d’innombrables modifications, a fini par triompher : c’est que l’homme et la femme contribuent l’un et l’autre à la formation du fœtus.

Diogène de Laerte rapporte que, d'après Pythagore (à cheval sur les vi° et Ve siècles avant J. -C.), le sang des règles formait les parties grossières du fœtus :

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THÉORIES PARTICULIERES

II est bien certain, cependant, que ni la queue du premier ni les globules graisseux du second ne sont facteurs des caractères héréditaires. Une

chairs, os, nerfs, poils, etc., tandis que les parties subtiles, les sens, lame, venaient du sperme. Elles se dégageaient de celui-ci comme une vapeur tiède, Y aura seminalis. Empédocle (ve siècle), sans préciser ainsi, admettait que le père formait les organes les plus importants et la mère les parties secondaires. Hippocrate (ve siècle) émit l’idée que chaque sexe fournit une liqueur prolifique spéciale et que les deux liqueurs prennent part, à titre égal, à la formation du fœtus. L’enfant ressemblera à celui des deux parents qui en aura fourni le plus. La semence de la femme est répandue dans la matrice, où le sperme vient se mêler à elle. Elle n’apparaît au dehors que lorsque la matrice s’ouvre plus qu’il n’est nécessaire pour recevoir le sperme. Le sang menstruel ne sert qu’à la nourriture du fœtus. Cette théorie remarquable est la plus juste que l’on pût faire à cette époque, et on la trouvera bien plus étonnante encore, quand on verra plus tard qu’elle contient l’idée principale des gemmules de Darwin. Elle a été adoptée par Galien (iic p. C. n.) et la plupart des médecins grecs.

Aristote (ive a. C. n.) l’a gâtée en revenant, à peu de choses près, à celle de Pythagore. Pour lui, le corps du fœtus est formé par le sang utérin, le sperme fournit l’âme et le principe du mouvement.

Il est le sculpteur, le sang maternel est le marbre, l’enfant est la statue. Cette idée se continue, sous de nombreuses variantes, avec les Stoïciens, Diogène de Laerte (11e a. C. n .), Tertullien (11e p. C. n.), et les Pères de l’Église, Atiiénee (111e p. C. n.), puis les Arabes, Avicenne, Averroès (xie et xne puis Van Helmont (xve et xvne)7 Staiil (xvne et xvme) et jusqu’à nous avec Rolando et Virey qui, au commencement du siècle actuel, pensait que le mâle fournissait le principe

spirituel et la femelle le principe mécanique.

D’autres comprennent autrement le partage du legs héréditaire. Pour Linné, l’ovule fournissait les organes internes etjrep r o d u c te u r sVeTIe pollen les organes externes et végétatifs. De Candolle affirmait précisément l’inverse, et l’un et l’autre appuyaient leur dire sur l’observation des hybrides. Girou de Buzareing.ues (28) trouve que, chez les animaux domestiques, le produit tient du père par la tête et la poitrine, et de la mère par les jambes et le bassin. Blumenbach tend à admettre cela pour l’homme. Buffon, Burdach, C.-G. Carus attribuent à la mère une influence prépondérante dans la transmission des caractères intellectuels et moraux. Michelet, partisan de ce genre d’hérédité, expliquait par là l’infériorité habituelle des fils des grands hommes. On cite comme exemple Goethe qui disait lui-même tenir de sa mère la tournure caustique et mordante de son esprit, sa crainte des émotions violentes et surtout de la mort, et de son père ses caractères physiques.

Mais le métis Lislet, dont nous avons parlé plus haut, tenait, au contraire, de son père par l’esprit et de sa mère par le corps, puisqu’il était aussi noir que celle-ci et que, seul de sa couleur, il fut membre correspondant de l’Institut. Galton (69), au contraire, prouve parla statistique que l’on a plus de chances (70 contre 30) de se distinguer par son talent si le talent chez les parents appartient au père.

Prévost et Dumas (24) ayant cru reconnaître par de minutieuses observations microscopiques un rudiment de système nerveux dans le spermatozoïde et celui des autres organes dans l’ovule, voyaient là l’indication de la part de chaque parent dans la formation du fœtus.

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