‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 154 sur 300 · AÇ · texte numérisé non relu

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pas d’écho et la chromatine reste pour tous le vrai facteur matériel de

l’ hérédité . Cette opinion, confirmée par Minot (86), par Boveri (Voir p. 93), et par plusieurs autres, a régné sans conteste jusqu’à ces dernières années.

Cependant, dès 1886, Frenzel émet l’idée que le cytoplasma pourA rait bien ne pas être une substance purement passive. H pourrait être le facteur des caractères spécifiques tandis que le noyau serait celui des caractères individuels. Ainsi, dans l’œuf fécondé, quatre éléments interviendraient : les deux cytoplasmas représentant les caractères spécifiques des deux parents (caractères identiques sauf le cas de croisement), la vésicule germinative représentant les caractères individuels maternels et la tête du spermatozoïde représentant ceux du père. D’ailleurs, c’est là une vue purement théorique et il n’y a aucune raison d’y souscrire (*).

Lallemand (41) soutient une idée analogue. Enfin, on est étonné de trouver que ces opinions d’un autre âge ont encore des représentants aujourd’hui. Le Dr Cohen (75) conclut d’une ressemblance de forme qu’il trouve entre l’œuf et les cellules nerveuses de la moelle, ou entre

le spermatozoïde et les cellules unipolaires des ganglions sympathiques, que « l’influence du spermatozoïde s’étend sur l’ensemble du système cérébro-spinal et celle de l’ovule sur les organes subordonnés au sympathique » !

(*) Les objections de Seeltger (94 : I, 121; 90 : IL 449) et les miennes (Voir p. 94, note et 164)

THÉORIES PARTICULIÈRES

Aujourd’hui que des observations plus exactes ont fait justice du rôle dominateur du noyau, le cytoplasma tend à reprendre de l’importance mais sous une autre forme, et Verworn (91) parait s’approcher bien plus de la vérité en proposant la formule suivante : ce qui s' hérite : c’est un mode d’échanges entre le noyau et le cytoplasma.

Malgré les innombrables divergences d’opinion au sujet de l’hérédité, divergences dont on ne pourra avoir quelque idée qu’après avoir lu les Théories générales , il est un point au moins sur lequel tout le monde est d’accord, c’est que h hérédité existe et que, sans elle, les espèces sauraient pu se former. Il semble, en effet, que, sans elle, la nature organisée ne formerait qu’un chaos de formes incohérentes. Eh bien, il s’est trouvé quelqu’un qui a, osé, non pas nier l’hérédité qui, de nos jours, est évidente, mais nier qu’elle ait toujours été indispensable et qu’elle soit primitive et contemporaine de l’origine des êtres. Ce quelqu’un c’est Hurst (90), et voici la théorie fort ingénieuse qu’il a émise pour soutenir ce paradoxe. Laissons-lui la parole

L’hérédité n’a rien d'essentiel. A l’origine elle n’existait pas. Il n’v avait parmi les êtres qu’une variabilité désordonnée. Mais la sélection

exerçait déjà son influence et, grâce à elle, l’hérédité s’est lentement éta-

blie comme limitation de la variabilité et, jpeu à peu, elle est devenue stricte comme nous la voyons aujourd’hui. Plaçons-nous à l’origine de la vie et considérons les simples masses, protoplasmiques qui représentaient alors les premiers êtres vivants.; Il n’y a aucune raison pour que ces niasses fussent homogènes et, si elles ne l’étaient pas, en se divisant, elles formaient des fragments dissemblables entre eux. Il n’y avait donc pas hérédité, mais variabilité absolue. Mais parmi ces masses protoplasmiques filles, toutes celles auxquelles les hasards de la division avaient donné une constitution défavorable étaient supprimées par la sélection. Celle-ci conservait non les plus aptes, mais les suffisamment aptes et, après ce triage, les produits de cette première division se sont trouvés un peu moins dissemblables qu’avant. Cela a été un commencement de limitation de la variabilité absolue du début. Parmi les masses initiales, celles qui avaient tendance à donner un plus grand nombre de formes viables et, par conséquent, moins dissemblables entre elles, ont laissé plus de descendants, et la limilation de la variabilité

ont montré que la conclusion tirée par Boyeri de son expérience, relativement à la signification du noyau comme facteur des caractères héréditaires, n’était nullement justifiée. Driesch (98 : IV, 416) attribue au cytoplasma un rôle prépondérant..

s’est encore renforcée de ce côté. Les choses ont continué ainsi. Mais, à mesure que la vie se développait, la sélection devenait plus rigoureuse. Après avoir condamné d’abord seulement les inaptes, elle a fini par supprimer les moins aptes et ne laisser enfin que les très adaptés qui, naturellement, se ressemblaient plus entre eux et avaient une constitution plus uniforme; et, là encore, les individus qui, en raison de leur constitution, donnaient le plus grand nombre de descendants tous également aptes et par suite plus semblables entre eux, laissaient un plus grand nombre de ces descendants. Les choses continuant ainsi, la variabilité excessive a été peu à peu éli min é e de tous les organes et de tous les caractères, et il n’est plus resté que la ressemblance héréditaire, tempérée par une variabilité limitée^ utile à l’espèce.

Cette théorie est curieuse, mais plus curieuse que solide. Elle part d’abord d’une hypothèse improbable, c’est que les masses initiales de projoplasma vivant étaient assez hétérogènes pour pouvoir donner en se divisant des produits fortement dissemblables. Berthold (86) a montré que, dans le protoplasma vivant, les parties constitutives ne sauraient rester mélangées sans ordre; que, sous l’influence de leurs actions réciproques (attraction, répulsion, tension superficielle, diffusion, etc.), elles se classent d’elles-mêmes d’une façon régulière et généralement sub-symétrique. Dès lors, en se divisant, la masse protoplasmique initiale doit donner des moitiés sub-semblables. L’hérédjtjl est donc un fait ql initial. Si les choses ne se passaient pas ainsi, si, sous l'action des conditions ambiantes, les parties constitutives d’un protoplasma pouvaient prendre une disposition quelconque désordonnée, il n’y aurait pas de rai- ? son pour que la limitation de variabilité, acquise grâce à la sélection, se maintint. De nouvelles différences s’établiraient entre les masses subsemblables triées par la sélection. D’autre part, il n’est pas du tout certain que les masses-filles triées par la sélection seront un peu plus semblables entre elles que celles qui ont fourni les éléments du triage. Il y aura un moins grand nombre de formes différentes, ruais non peut-être des formes extrêmes moins différentes et, sans l’hérédité, il en pourrait toujours être ainsi; et l’on ne concevrait pas que cela ne se retrouvât pas encore dans certaines formes vivantes, que l’on ne trouvât pas encore aujourd’hui deux espèces naissant indifféremment des mêmes parents.

1 1 itr sr dira peut-être que les formes polymorphes sont précisément l’exemple que je réclame, mais cela ne peut être admis, car, dans les

THÉORIES PARTICULIÈRES

espèces polymorphes, les différentes formes naissent dans des conditions nettement déterminées et non au hasard : elles sont dues à une hérédité aussi stricte que les formes semblables des espèces homogènes et nullement à un relâchement de l’hérédité (*).

L’hérédité est sans doute aussi ancienne que la vie parce qu’elle repose sur l'équilibre de structure des organismes primitifs et sur leur division en moitiés semblables.

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