‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 175 sur 300 · THEORIE DE BUFFON · texte numérisé non relu

THEORIE DE BUFFON

moléculaires qui les constituent, mais n’atteignent pas les molécules ellesmêmes. Celles-ci sont seulement séparées, mises en liberté, et restent aptes à entrer dans des groupements nouveaux. D’ailleurs, si elles ne peuvent être détruites, elles n’augmentent pas de nombre. Il ne s’en forme point de nouvelles, ni spontanément, ni par le moyen des anciennes, en sorte que, mesurée par elles, la quantité de vie totale de l’univers est invariable b

Les molécules organiques permettent de comprendre les phénomènes de l’accroissement et de la reproduction.

Prenons un animal, un être humain si l’on veut, à son enfance. Le moule de ses organes est dessiné et ceux-ci n’ont qu’à s’accroître pour faire de l’enfant un adulte en état de se reproduire. Les substances animales et végétales dont il se nourrit sont composées de molécules organiques. Le travail de la digestion sépare d’abord de ces molécules les substances étrangères les plus grossières qui sont rejetées par la défécation. -Les autres pénètrent dans le sang où une nouvelle épuration élimine, par la sueur, les urines, etc., les particules étrangères les plus ténues et laisse les molécules organiques libres dans le sang. Ce liquide, en parcourant l’organisme, les présente sans cesse à tous les organes et ceux-ci les admettent dans leur intérieur et s’accroissent par ce moyen. Ce n’est pas d’ailleurs en bloc ni par simple apposition qu’ils s’accroissent, mais dans leurs parties les plus minimes et par admission de molécules nouvelles au milieu même de celles déjà présentes.

Mais il arrive un moment où, l’être approchant de la limite de taille propre à son espèce, les organes n’acceptent plus aussi avidement toutes les molécules qui leur sont présentées. Celles qui sont refusées ou qui, admises dans les organes, en ressortent et sont mises de nouveau en liberté; toutes ces molécules superflues s’accumulent dans les glandes génitales et dans leurs réservoirs : l’enfant est devenu adulte et apte à la reproduction1 2.

1 [Buffon ne dit pas si ses molécules sont toutes identiques entre elles ou si elles présentent des différences. En tout cas, elles ne sont pas d'espèces aussi nombreuses que les organes qu’elles forment et les caractères de ceux-ci dépendent avant tout de leur association. Ainsi définies, les molécules organiques correspondent aux molécules des substances orga-

niques de nos chimistes modernes, qui

peuvent être d’espèces très variées, mais qui cependant engendrent la variété de composition des tissus beaucoup plus par la multiplicité de leurs combinaisons que par celle de leur essence individuelle.

Mais nous verrons que plus loin l’auteur modifie passablement cette conception simple].

2 Dans le sexe mâle, la substance fécondante ainsi formée est bien connue : c'est

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Les animalcules de la semence du mâle ne jouent aucun rôle dans la génération. Seules, les molécules organiques répandues dans la partie liquide de la semence sont actives, et tout au plus pourrait-on admettre que ces petits vers représentent quelque degré inférieur d’association de ces molécules, comme il s’en forme dans les générations spontanées. En tout cas, ils sont incapables d’évolution et ce n’est pas eux qui prennent part à la formation de l’embryon.

Mais chez la femme, où est la liqueur séminale? On ne trouve point chez elle de liqueur prolifique aussi manifeste que chez l’homme et l’anatomiste Graaf a cru découvrir chez les femelles des animaux vivipares, des œufs comparables, sauf la taille, à ceux des oiseaux. Il donne même le nom d 'ovaires aux glandes testicules de la femme et des femelles vivipares. Mais l’expérience m’a montré que les vésicules observées par M. Graaf, et qui sont, en effet, très visibles, ne sont point des œufs; elles contiennent un liquide dans lequel le microscope montre des particules en mouvement très semblables à celles du sperme b Ce liquide est, en effet, le sperme de la femme, c’est sa liqueur prolifique, formée comme chez l’homme, s’accumulant dans ses testicules, suintant dans la matrice par ses cornes ou même par ses parois spongieuses qui en sont sans cesse imbibées.

Les molécules organiques des liqueurs séminales de l’homme ou de la femme, séparées et encore contenues dans leurs réservoirs respectifs, ne peuvent se réunir et former un fœtus. Elles sont, en effet, toujours en mouvement, sans cesse troublées par l’arrivée des gouttelettes de liqueur nouvellement formées, et par le départ d’anciennes sans cesse repoussées par la circulation2. Par exception, il peut arriver que quelques molécules se groupent et forment ces kystes où l’on a trouvé des poils, des dents, etc., etque l’on a rencontrés parfoisdansle ventre de filles pucelles 3

le sperme. Leuweniioek ayant découvert dans le sperme de petits animalcules vermiformes doués d’une grande agilité, a voulu démontrer que ces petits vers étaient les germes vivants aptes à se développer en nouveaux individus et n’ayant besoin pour cela que de la matière nutritive qu’ils trouvent dans la matrice de la femelle. Mais c’est là une opinion erronée, car elle ne permet pas de comprendre la ressemblance des enfants avec leur mère, ni celle du mulet avec la jument.

1 [La description de ce qu'il a observé chez une chienne en chaleur sacrifiée sans avoir été fécondée montre qu’il a bien vu, en effet, des follicules de Graaf, prêts à se rompre. Mais, comme à Graaf, le vrai œuf lui a échappé].

2 [Cette explication est un peu faible, car il y a également dans la matrice une circulation de sucs pompés et repompés. Érasme Darwin (10) le fait bien remarquer en discutant cette théorie].

3 [Buffon confond là deux choses fort

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ou meme dans le scrotum de quelques hommes. Mais ce sont des cas très exceptionnels, et cjui peuvent aussi s’expliquer d’autre façon.

Au contraire, après le coït, les deux liqueurs séminales se trouvent réunies dans la matrice de la femme. Elles se mélangent, et les mouvements des molécules de la liqueur mâle contrarient et arrêtent ceux des molécules de la liqueur femelle, et réciproquement sont arrêtés par eux. Il en résulte un état de repos qui permet à ces molécules de se grouper suivant leurs affinités pour former l’embryon h

Formation de V embryon. Son sexe. — On remarquera d’abord que, dans la liqueur mélangée, toutes les parties du corps sont représentées en double, la tête par les molécules fournies par la tête de la mère et par celles issues de la tête du père, de même pour le corps, les membres, les viscères. Seules les parties dépendant du sexe sont différentes et ne peuvent se combiner. 11 s’établit entre elles une sorte de lutte ; les plus abondantes l’emportent et forment les organes sexuels de l’embryon. Ainsi le sexe du produit dépend de la quantité de molécules organiques sexuelles fournies parle père et par la mère. Celui des deux qui en a fourni le plus donne son sexe à l’enfant. Cette première ébauche des organes sexuels sert de base et en quelque sorte de point d’appui aux formations qui vont suivre. Les molécules organiques se déposent autour d’elle dans l'ordre qui convient. Celles qui viennent du cou se placent naturellement entre celles de la tète et celles de la poitrine; il serait singulier, en effet, qu elles fussent attirées vers les jambes ou sur le dos. La môme affinité qui, lorsqu’elles circulaient librement, les a fait entrer dans les tissus du cou et non dans ceux du dos ou de la jambe, les

différentes, les kystes dermoïdes et des monstres très rudimentaires, appartenant à la catégorie des anidiens. Ces derniers ne se montrent, quoi qu’il en dise, que chez des filles non pucelles].

1 Cette nécessité pour les liqueurs séminales de se rencontrer en un lieu où elles puissent entrer en repos pour obéir à leurs forces organisatrices, permet de comprendre la fonction de l’œuf des ovipares. L’œuf n’est, point, comme on l’a dit, un corps organisé contenant le rudiment du jeune qui n’a qu’à se développer. C'est, simplement un lieu de repos, bien fourni en aliments, où doivent se rencon-

trer les liqueurs séminales des deux sexes pour y former l’embryon. Il est destiné à remplacer la matrice absente chez les ovipares. C’est, à proprement, parler, une matrice temporaire qui se sépare de l’organisme maternel, et qui n’a, comme la, matrice, à fournir aux liqueurs séminales des deux sexes qu’un lieu pour se joindre et pour entrer en repos, et des aliments pour l’accroissement de l’embryon.

[Le faux point de départ de Buffon étant admis, on ne peut, s’empêcher d’admirer l’ingéniosité de cette explication].

LES THÉORIES GÉNÉRALES-

dirige encore vers la place qui leur convient. Ainsi se forme l’embryon avec tous les rudiments de ses organes dans leurs rapports naturels.

La ressemblance héréditaire . — Mais chaque organe ou partie quelconque de l'embryon peut être formé par les molécules venant du père ou par celles venant de la mère : elle ne peut l’être par les deux à la fois. Celles qui prendront part à leur formation détermineront leur ressemblance avec l’organe ou la partie similaire du parent qui les a fournies. Ainsi s’explique que l’enfant puisse avoir les yeux de son père et le front de sa mère, bien qu’il soit du sexe de l’un des deux seulement.

Mais que deviendront les molécules non utilisées pour former le corps et celles des organes du sexe que l’enfant ne recevra pas? Il semble qu’elles devraient former un second enfant à côté du premier et de sexe opposé. Il y a, en effet, les éléments nécessaires pour cela, mais il y manque un centre de formation et un jeu libre des forces organisatrices. Toutes ces molécules, rejetées hors de la sphère de formation de l’embryon, sont désorientées; elles ne peuvent se réunir et s’assembler entre elles et, entraînées par les forces organisatrices plus puissantes émanant de l’embryon, elles se disposent autour de lui et forment ses membranes et ses annexes, l’amnios, le cordon et le placenta1.

Monstres. — Parfois, cependant, il arrive que quelques-unes s’assemblent en organes plus ou moins étendus et, se joignant à l’embryon central, en font un monstre par excès, de même que certaines des molécules qui auraient dû contribuer à sa formation peuvent se trouver détournées et rejetées avec les molécules inutilisées dans la zone extérieure à l’embryon. Celui-ci devient alors un monstre par défaut.

Génération spontanée. — Nous avons vu que la mort désagrège les molécules organiques sans les altérer. Que deviennent-elles lorsqu’elles ont été mises en liberté, puisque individuellement elles sont indestructibles? Faute de trouver un organisme tout formé qui les attire, les incorpore à titre d’aliments et leur serve de moule pour les façonner en organes, faute de se trouver assemblées dans les conditions décrites plus haut qui leur permettraient de s’agencer en un organisme compli-

1 [La faiblesse de cette explication saute res des parents. Comment dès lors par aux yeux. Les molécules de la tète for- le seul fait qu’elles sont dérangées, troument la tête, celles du cou forment le cou, blées, empêchées de satisfaire leurs affien vertu d’une spécificité qui les rend aptes nités normales, arrivent-elles à former

à former ces organes et qui est due à ce des organes différents, adaptés à une fonc-

qu’elles proviennent des parties similai- tion précise?]

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