‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 176 sur 300 · THEORIE HE BUFFON · texte numérisé non relu

THEORIE HE BUFFON

qué, elles se groupent en associations plus élémentaires et engendrent ces innombrables êtres inférieurs que l’on voit apparaitre spontanément dans les substances en putréfaction, les liquides organiques qui macèrent, les infusions de substances végétales ou animales b

Origine des espèces et des variétés. — Quant aux espèces nobles des êtres supérieurs, elles ont été formées par la main du Créateur. Elles sont immuables dans leur essence, mais l’influence prolongée du climat, de l’alimentation, du mode de vie et des autres conditions de cet ordre peuvent apporter en elles des changements d’une certaine importance. C’est ainsi que le soleil de l’Afrique a fait les nègres, et que le chameau doit les callosités de ses genoux à l’habitude de s'agenouiller quand il se repose et les bosses de son dos aux fardeaux dont l'homme le charge depuis de longues générations 1 2.

La domestication par un changement des mœurs naturelles produit une dégénérescence des caractères normaux qui se traduit par une grande variété dans les couleurs des plumes ou du pelage et dans beaucoup d’autres caractères secondaires.

Critique.

Il n’y a pas à s’arrêter à la discussion des opinions qui reposent sur l’ignorance des faits que la science n’a connus que plus tard. Mais on peut faire à la théorie une grave objection que n’ont soupçonnée ni l’auteur, ni ceux, comme Érasme Darwin, qui ont discuté ses opinions à une époque ultérieure.

Butfon donne, en commençant, ses molécules organiques comme des particules vivantes, appartenant peut-être à de nombreuses espèces différentes, mais en tout cas, n'ayant pas une spécifîté rigoureuse de même ordre que celle des organes qu’elles constituent. Ainsi les molécules du foie, des muscles, des nerfs, ne sauraient préexister comme telles dans

1 [Los infusoires, rotatifères, anguillules et même les ténias, ascarides, etc. comptent parmi les êtres que Buffon croit nés spontanément sans parents semblables à eux].

2 [Malgré l’absurdité de ce dernier exemple, il n’y en a pas moins là une idée remarquable qui contient en germe le

Lamarckisme. Les caractères qu'il cite sont de valeur spécifique. Le nègre est une espèce du genre Homo, le chameau sans ses bosses et ses callosités appartiendrait à une espèce différente. Si Buffon eût compris cela et étendu cette notion féconde à la formation des espèces, il eût été Lamarck].

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LES THÉORIES GÉNÉRALES

le foin dont l’herbivore fait sa nourriture. Cependant, quand il parle ensuite de la génération, il leur attribue une sorte de spécificité de ce genre, car il dit que, dans la liqueur séminale mixte résultant du coït, elles se grouperont d’après des affinités commandées par la nature de l’organe dont elles sont issues. Celles provenant du foie se rangeront à la place où sera le foie, celles provenant du cerveau à la place où elles devront former le cerveau.

Où ont-elles pris cette spécificité? De quelle nature est la force intérieure qui dirige leurs mouvements et règle leurs arrangements?

Ce ne peut être une force inhérente à elles et liée par exemple à leur nature chimique puisque, après la mort, ces molécules perdront cette spécificité et, après avoir formé un foie ou un cerveau, formeront un anneau de ténia, ou une feuille d’arbre. Ce ne peut être qu’une spécificité temporaire, superficielle, acquise dans l’organisme. Une molécule qui faisait partie d’un brin d’herbe, en devenant partie intégrante du foie de l’herbivore, devient, dans cet organe, molécule spécifique du foie. Mais quelle est la nature de cette spécificité? A quoi est-elle liée ? Nous savons aujourd’hui, et Buffon aurait pu le comprendre, qu’elle ne pouvait être liée qu’à la constitution physico-chimique de la molécule. Or il ne dit rien de la modification constitutionnelle qu elle subit en acquérant cette spécificité, et ne paraît même pas soupçonner qu’il doit y en avoir une.

Il y a là un point faible, une lacune grave, qui ôte à la théorie, même en admettant sa base hypothétique, une grande partie de sa valeur. D’ailleurs nous verrons que des théories plus modernes n’échappent pas à cette difficulté’.

1 II est curieux de remarquer que tout ce que dit Buffon de ses molécules organiques est vrai des molécules chimiques ou du moins des atomes. Comme elles, les atomes des chimistes sont universels, indestructibles; comme elles, ils font partie successivement du minéral, de la plante, de l’animal, formanttous les êtres par leurs combinaisons diverses. Mais ils n’ont pas d’affinités complexes ; leurs propriétés sont simples, et ne deviennent compliquées que dans les agrégats formés par leur union. Les propriétés vitales, les plus compliquées de toutes, ap-

partiennent à certains de ces agrégats.

Mais ces agrégats vivants sont très instables, en raison même de leur complexité ; ils se désagrègent facilement et perdent en se désagrégeant leurs propriétés vitales. Admettre qu'ils ont à la fois l’universalité et l’indestructibilité des atomes, la haute spécifîté des éléments constitutifs des organes des êtres vivants, et le pouvoir de changer cette spécificité selon le lieu et les conditions de voisinage, sans perdre leur personnalité, c'est leur attribuer des propriétés inconciliables.

THÉORIE DE BÉCHAMP.

BÉCHAMP (1883)

Tliéorie <lc§ microæymas.

[Cette théorie de Buffon, si ingénieuse et si fort en progrès sortes idées d’emboitement des germes qui avaient cours à cette époque, a provoqué et provoque encore une juste admiration. Mais si, au lieu d’être du siècle dernier, elle appartenait à ces dernières années, si quelqu’un venait nous dire aujourd’hui que les spermatozoïdes sont des produits de génération spontanée et ne servent à rien dans la fécondation, que les annexes du fœtus sont les représentants d’un frère jumeau développé d’une façon aberrante, on passerait outre en haussant les épaules.

[C’est un peu ce qui est arrivé pour la théorie de Béchamp, théorie fort ingénieuse aussi d’ailleurs et qui n’a que le tort d’aller à l’encontre des faits les mieux démontrés].

Exposé de la théorie.

Tous les corps organisés sont formés par des associations de particules élémentaires vivantes, les microzymas.

Les microzymas sont d’une extrême petitesse; ils mesurent, en général, une fraction de \j. et atteignent au plus 1 Normalement, ils sont sphériques, mais ils peuvent, dans leur évolution, assumer temporairement d’autres formes, comme nous le verrons plus loin. Tous les microzymas de l'univers sont morphologiquement semblables. Ils sont formés tous de substance organique, c’est-à-dire carbonée, et peuvent présenter des différences de constitution chimique C Dans l’organisme, ils ont une spécificité plus ou moins marquée. Mais cette spécificité n’est pas liée à eux d’une manière invariable ; elle est temporaire, se développe en eux dans des conditions données, et s’etiàce quand ces conditions changent, pour être remplacée par quelque autre dans des conditions nouvelles.

Les microzymas sont vivants, ils sont même la seule partie vivante des organismes. Ceux-ci par eux-mêmes ne sont pas vivants et, n’étant pas vivants, ils ne meurent pas. Ce qu’on appelle la mort n’est que la désagrégation d’une association temporaire de microzymas. L’organisme cesse de manifester les propriétés vitales en tant qu’enscmble, mais

1 [Sur ces différences, leur valeur, leur seignement. C’était cependant un point généralité, l’auteur ne donne aucun ren- de première importance].

ses microzyraas restent vivants'; ils se séparent seulement et deviennent libres, aptes, sans doute, à entrer dans des associations nouvelles.

En eux-mêmes, les microzymas sont physiologiquement indestructibles . Leur grande résistance aux causes de destruction, leur impuf rescibilité leur communiquent une sorte de pérennité. Ils sont doués de propriété de se multiplier l. Ils ont été créés à l’origine par Dieu.

Avant d’entrer dans des associations nouvelles, et à l’état libre et isolé, ils peuplent par myriades innombrables l’air, la terre, les eaux. Tous ces microzymas libres, sont ceux qui, depuis l’origine de la vie, ayant appartenu à des corps organisés, se sont séparés après leur mort et n’ont pas trouvé l’occasion d’entrer dans des combinaisons nouvelles.

Une des principales propriétés des microzymas est celle qu’ils ont de sécréter en eux des zymcises, c’est-à-dire des ferments solubles qui, se répandant dans les liquides, provoquent la fermentation de ces liquides. Ils produisent aussi des actions chimiques comparables à la fermentation, mais, qui sont en réalité des phénomènes de désassimilation donnant naissance à diverses substances (alcool, acides acétique, lactique, butyrique, etc.).

Mais la propriété principale des microzymas est leur tendance à s’associer pour former des organismes d’ordre supérieur.

Le premier terme de cette évolution est la substance organisée amorphe . Telle est la glairine qui se forme dans certaines eaux minérales, ou la mère du vinaigre qui se produit dans la fermentation acétique du vin2.

Le second terme est la bactérie . Dans des conditions données, les microzymas s’associent et forment de petites colonies en chapelet de quelques grains seulement, puis ces grains se fusionnent en un petit corps allongé et la bactérie est constituée. Quand la bactérie meurt, elle se dissocie en ses microzymas constituants 3. Enfin le dernier terme est la cellule.

1 Cette dernière n’est nullement, comme on l’a dit, un assemblage de mycoderma aceti : c’est une colonie amorphe de microzymas dans laquelle ceux-ci gardent individuellement leur forme sphérique normale et ne forment pas des groupements de figure déterminée régulière.

[L’auteur confond ici les micro-organismes avec leurs produits de sécrétion solides dont l’existence est très réelle, par exemple la substance gélatineuse des colonies zoogléennes].

2 [Si les microzymas peuvent bourgeon-

ner, ils augmentent donc de nombre, et comme ils sont indestructibles, ils finiront par envahir l’univers. Et cela ne sera pas long, vu l'effroyable quantité de bactéries qui se forment sans cesse à chaque instant.]

3 Pasteur s’est donné une peine inouïe pour montrer qu’il ne pouvait se former de bactéries aux dépens de la matière organique si l’on écartait leurs germes. Or, mes expériences montrent qu’elles se forment malgré la stérilisation la plus parfaite de tous les vases, non

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