‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 200 sur 300 · THÉORIE DE MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

THÉORIE DE MAUPERTUIS

auteurs n’ont pas eu la prétention d’ériger un système sur cette conception.

La théorie de Maupertuis et celle d’ÉRASME Darwin sout seules assez générales pour mériter une étude particulière.

MAUPERTUIS (m8)

Théorie «les germes représentatifs «les organes.

Exposé.

Les liqueurs séminales et V ontogénèse. — Les animaux possèdent, les femelles aussi bien que les mâles, une liqueur séminale composée d’une multitude de germes qui, en s’unissant, forment le fœtus. Ces germes sont formés par les parties du corps de l’animal ; et ils sont de meme nature que les parties dont ils proviennent, et par suite capables d’engendrer dans le fœtus des parties semblables à celles dont ils proviennent chez le parent b Lorsque les liqueurs séminales des deux parents sont réunies dans la matrice, les germes des parties homologues se rassemblent et ceux des parties voisines s’attirent en vertu d’une force qui réside en eux. Cette force est comparable à l’instinct qui fait faire à l’enfant des mouvements combinés, précis et utiles, dont cependant il ne comprend ni le but ni la liaison. Son existence n’a rien d’inadmissible, car des forces attractives analogues se rencontrent partout dans la nature. Par elle, les astronomes expliquent les mouvements des astres et les chimistes la combinaison des corps. « Pourquoi, si cette force existe dans la nature [p. 139], n’auraitelle pas lieu dans la formation du corps des animaux? Qu’il y ait dans chacune des semences des parties destinées à former le cœur, la tête, les entrailles, les bras, les jambes, et que ces parties aient chacune un plus grand rapport d’union avec celle qui, pour la formation de l’animal.

K [Maupertuis ne croit pas que les spermatozoïdes représentent des germes chez le male. Pour lui, les filaments spermatiques ne sont que de petits fouets destinés à mélanger plus intimement les liqueurs séminales du père et de lanière. Les germes sont contenus, invisibles, dans lapartie liquide du sperme et dans la liqueur que la femme déverse dans sa matrice au moment de la conception.

Il n’affirme pas catégoriquement que les germes proviennent des parties du corps similaires de celles qu’ils peuvent former, mais tient cela pour très vraisemblable.

[Son livre débute par une critique très juste des systèmes et idées en honneur à son époque. L’emboîtement des germes, les envies des femmes enceintes, etc., y sont démontrés faux et impossibles].

LES THÉORIES GÉNÉRALES

doit être la voisine, qu’avec toute autre, le fœtus se formera : et fût-il encore mille fois plus organisé qu’il n’est, il se formerait. »

On ne doit pas croire qu’il n’y ait dans les deux semences que précisément les parties qui doivent former un fœtus. Chacun des deux sexes y fournit sans doute beaucoup plus qu’il n’est nécessaire, mais les deux parties qui doivent se toucher étant une fois unies, une troisième qui aurait pu faire la même union ne trouve plus sa place et demeure inutile *.

La tératogénèse. — « Si chaque partie [p. 140-143] est unie à celles qui doivent être ses voisines et ne l’est qu’à celles-là, l’enfant naît dans la perfection. Si quelques parties se trouvent trop éloignées ou d’une forme trop peu convenable ou trop faibles de rapport d’union à celles auxquelles elles doivent être unies, il naît un monstre par défaut. Mais s’il arrive que des parties superflues trouvent encore leur place et s’unissent aux parties dont l’union était déjà suffisante, voilà un monstre par excès. Une remarque sur cette dernière espèce de monstres est si favorable à notre système qu’il semble qu’elle en soit une démonstration. C’est que les parties superflues se trouvent toujours aux mêmes endroits que les parties nécessaires. Si un monstre a deux têtes^ elles sont l’une et l’autre placées sur le même cou ou sur l’union des deux vertèbres; s’il y a deux corps, ils sont joints de la même manière. Il y a plusieurs espèces d’hommes qui naissent avec des doigts surnuméraires : mais c’est toujours à la main ou au pied qu’ils se trouvent. Or si l’on veut que ces monstres soient le produit de l’union de deux œufs ou de deux fœtus, croira-t-on que cette union se fasse de telle manière que les seules parties de l’un des deux qui se conservent, se trouvent toujours situées aux mêmes lieux que les parties semblables de celui qui n’a souffert aucune destruction 1 2? » L' hérédité la variation, la formation des espèces. — Les germes représentant une même partie du parent dans la liqueur séminale sont nombreux et ne sont pas tous identiques entre eux. La plupart sont conformes au type individuel, c’est-à-dire capables de donner naissance à un organe identique à celui du parent; mais un certain nombre sont conformes seulement au type spécifique et quelques-uns même s’écartent de ce type.

1 [Maupertuis s’abstient de dire ce qu'elles deviennent. Louable prudence, car Buffon n’a guère été bien inspiré en

imaginant que ces parties de tète, de membres, d’entrailles, etc., forment en s’unissant les enveloppes du fœtus et le placenta].

2 [Maupertuis cite ici le cas d’un géant qui avait une vertèbre surnuméraire et demande si l’on peut prétendre qu’elle provienne d’un second individu soudé au premier.

[Ainsi il trouve, avantGeoffroy Saint-Hilaire, la loi deV attraction du soi pour soi].

THÉORIE DE MAUPERTÜIS.

Quand, selon la règle habituelle, les germes conformes au type des parents sont les plus nombreux et les plus aptes à se combiner, ils s’attirent, s’unissent entre eux et forment un fœtus qui rappelle les traits de ses parents. Mais, par le hasard ou la disette des germes de ce type, il peut se faire que le fœtus soit formé principalement de germes différents. Le fœtus alors ne ressemblera pas à ses parents : il pourra rappeler la figure de quelqu’un de ses aïeux ou même n’avoir aucun des traits qui se sont rencontrés dans sa famille. 11 pourra arriver même qu’il soit formé, en quelque point, de ces rares germes étrangers au type de l’espèce que nous avons dit exister dans les liqueurs séminales; le fœtus et l’enfant présenteront dans ce cas des caractères tout à fait exceptionnels.

Alors il pourra arriver deux choses. Ou bien les germes normaux de la race reprendront peu à peu le dessus et il y aura retour au caractère normal chez les descendants de l’individu aberrant; c’est le cas le plus habituel. Ou bien les germes de la race deviendront de moins en moins nombreux à chaque génération et finalement se dissiperont : l’individu aberrant aura été le fondateur d’une race nouvelle. Ce cas est plus rare, mais quand il s’est présenté, ses effets persistent, car il faudrait un nouveau hasard pour rétablir les caractères primitifs.

« Au reste, quoique je suppose ici [ p. 196 ] que le fond de toutes ces variétés se trouve dans les liqueurs séminales mêmes, je n’exclus pas l'influence que le climat et les aliments peuvent y avoir. Il semble que la chaleur de la zone torride soit plus propre à fomenter les parties qui rendent la peau noire que celles qui la rendent blanche : et je ne sais jusqu’où peut aller cette influence du climat ou des aliments après une longue suite de siècles 1 . »

Critique.

Il est vraiment admirable ce petit in-l*2 où, sous le titre singulier de Venus physique, Dissertation à l’occasion du nègre blanc , Maupertuis expose son système en quelques pages d’un style naïf, pénétrant, parfois un peu caustique, jamais méchant, souvent animé d’une émotion qui nous semblerait ridicule ailleurs et qui se fait accepter ici parce qu elle est sincère2.

1 [Ici Maupertuis montre, bien avant Darwin et ses adeptes, l'influence de la ségrégation sur la formation des espèces. Mais nous ne pouvons que rappeler ici

ces idées qui n’ont aucun lien nécessaire

avec sa conception des germes et de l’hérédité. Nous renvoyons pour le reste au chapitre de la lre partie consacré,à la sélection naturelle].

2 Je ne puis résister à l’envie d’en donner

LES THÉORIES GÉNÉRALES

Geoffroy Saint-Hilaire pourrait signer sa loi de la tératogénèse ; Lamack, ses idées sur la variation; Darwin, son système des germes représentatifs.

Et tout cela a été dit par lui un siècle avant eux!

Certes les gemmules de Darwin sont autrement affinées que les germes de Maupertuis. Des particules représentatives des cellules sont autrement scientifiques, maniables, fécondes que des germes « delà tête, des membres ou des entrailles », mais l’idée est la même au fond, et Maupertuis ne pouvait attribuer ses germes aux cellules à une époque où l’on commençait à peine à les voir et où l’on ignorait, en tout cas, qu’elles fussent l'élément universel de tous les corps organisés. Par contre , son idée des germes s’attirant entre eux ne prête pas le flanc à la grosse objection des gemmules attirées par les cellules que nous avons faitesau système de Darwin.

Il n’y a pas à s’arrêter aux invraisemblances d’un système, à son défaut de concordance avec les faits embryogéniques, quand cette invraisemblance et cette discordance n’ont été relevées que par les découvertes d’une époque ultérieure. Mais on peut reprocher à Maupertuis des lacunes et des imperfections que lui-même aurait pu voir. Ainsi on comprend l’origine des germes conformes au type individuel; mais d’où viennent ceux qui reproduisent les traits des aïeux, ceux qui diffèrent du type de la famille et ceux surtout qui s’écartent du type de l’espèce? Cela eût mérité quelque explication puisque c’est la base de la théorie de l’hérédité, de l’atavisme et de la variation. Maupertuis aurait pu aussi chercher à expliquer le mélange des caractères des deux parents dans le produit, l’origine du sexe et celle des annexes du fœtus. Buffon n’a pas ét^ très heureux dans ses explications de ces phénomènes; mais il a eu au moins le mérite de comprendre qu’une théorie générale ne pouvait les laisser de côté. On peut dire cependant à la décharge de Maupertuis que sa petite Dissertation à propos du nègre blanc n’avait pas les prétentions d’un traité complet de la nature comme celui de son contemporain. Et l’on doit plutôt s’étonner d’y trouver tant d'idées générales, tant d’intuitions justes, que reprocher à son auteur les lacunes de son système.

line idée par une citation. On lit (p. 81) : « Pendant que plusieurs animaux sont si empressés dans leurs amours, le timide poisson en use avec une réserve extrême : sans oser rien entreprendre sur la femelle, ni se permettre le moindre attouchement, il se morfond à la suivre dans les eaux ; et se trouve trop lie areux de fécon-

der les œufs après qu’elle les y a jetés.

« Ces animaux travaillent-ils à la génération d’une manière si désintéressée? ou la délicatesse de leurs sentiments suppléet-elle à ce qui paraît leur manquer? Oui, sans doute, un regard est pour eux une jouissance. Tout peut faire le bonheur de celui qui aime. La nature... »

théorie d’érasme darwin.

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