‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 211 sur 300 · THEORIE DE NÆG ELI · texte numérisé non relu

THEORIE DE NÆG ELI

biant un caractère donné. C’est déjà beaucoup de concéder une pareille supposition qui ne se comprend guère.

Mais comment comprendre, en outre, que cette résultante possède la propriété d'ètre tantôt efficiente, tantôt inactive?

Quelle est la constitution physico-chimique merveilleuse qui peut communiquer à des forces moléculaires la propriété de produire ainsi une résultante à éclipses ?

Si encore ces éclipses étaient régulières! — Mais non.

Elles se produisent suivant un rythme extrêmement compliqué, à périodes à chaque instant variables dans le temps et dans l’espace, et cependant toutes rigoureusement déterminées d’avance pour une durée presque indéfinie ! Et ce rythme doit être combiné de telle façon avec celui des autres faisceaux que les caractères concordants apparaissent régulièrement par groupes aux places voulues et aux moments voulus! Dire simplement que les micelles ou les faisceaux ont la propriété de produire ces résultantes à éclipses rythmées suivant un mode prévu et concordant avec les nécessités de l’organisation, ce n’est plus faire une hypothèse scientifique, c’est invoquer un Deus ex machina.

De la constitution des cordons idioplasmatiques découle une conséquence que Na»geli ne semble pas avoir aperçue.

Les caractères des espèces d'un môme genre ne sont pas d'une nature fondamentalement différente et il n’y a pas le moindre doute qu’en les décomposant on obtiendrait, pour toutes, les mêmes facteurs élémentaires. La combinaison diverse de ces facteurs suffit et au delà pour produire les différences qui les distinguent. 11 en résulte que leurs idioplasmas sont composés des mêmes faisceaux et que la répartition des états de latence et d’activité de ces faisceaux dans l’espace et dans le temps est seule différente en elles. Mais puisque dans les produits sexuels tous les faisceaux sont à l’état de repos, il se trouve que leurs produits sexuels ne diffèrent en rien. Comment se fait-il alors que ces produits sexuels identiques donnent naissance à des espèces différentes? Nægeli répond que leurs faisceaux contiennent en puissance des périodes d’activité et de repos différemment rythmées. C’est donc encore ici le même l)eus ex machina qui intervient en place d’explication.

Nous avons parlé des espèces. Mais cela est vrai pour les genres, les ordres, peut-être même les classes. Si par les combinaisons de 2 000 caractères élémentaires on peut constituer tous les caractères réels de l’homme, on peut aussi avec les mêmes constituer tous ceux du singe, du chien,

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du cheval, sans doute même du reptile et du poisson. Cela dépend du degré de la décomposition et de la simplicité des éléments. En tout cas, avec ceux du chêne, on peut évidemment constituer tous ceux du sapin. En sorte que ce n'est pas seulement pour les espèces, mais presque pour l’ensemble des êtres que Nægeli fait reposer les différences sur des propriétés incompréhensibles et dépourvues de substratum.

L’évolution phylogénétique des êtres n’est pas plus que le reste compatible avec la constitution et les propriétés de l’idioplasma. Nægeli accorde bien aux conditions ambiantes une influence qui, à la longue, arrive à l’idioplasma et le modifie, mais ces modifications sont, à son sens, secondaires. L’évolution est de cause interne. L’idioplasma par ses seules tendances ajoute sans cesse à sa structure de nouvelles files de micelles qui font apparaître de nouveaux caractères, et les conditions extérieures ne font que donner à ces caractères leur expression adaptative. Or Weismann a fort bien démontré que l’adaptation était plus exigeante que cela et ré-

clamait un droit sur la nature des caractères eux-mêmes. Nægeli ne se condamne-t-il pas absolument quand il dit que certaines formes ont pu n’évoluer que sous l’influence des tendances de leur idioplasma sans rien devoir aux conditions ambiantes? Un organisme ainsi formé, ou ne serait pas adapté et ne pourrait vivre, ou devrait son adaptation à l’harmonie préétablie entre les tendances évolutives de l’idioplasma et les conditions que l’être rencontrera au cours de son développement phylogénétique. Or cette harmonie préétablie suppose une prescience qui n’a rien de scientifique.

Est-il ulile après cela d’insister sur les invraisemblances de la théorie de la fécondation, de montrer que les caractères individuels ne sont pas mieux expliqués que les caractères de race !?

1 Nægeli dit que tous les caractères des deux parents sont présents dans le produit, et qu’un certain nombre seulement deviennent actifs et déterminent les caractères individuels. Mais il ne dit pas à quoi tient que tel caractère l’emportera sur tel autre. S’il admet que certains faisceaux sont plus forts, plus excitables chez un des deux parents que les faisceaux homologues de l’autre, comment se fait-il que tous les produits d’un même couple ne soient pas identiques ?

Si un homme à yeux noirs se marie à une

femme à yeux bleus, et que le premier enfant ait les yeux noirs, c’est que les faisceaux correspondant à la détermination de cette couleur sont plus énergiques chez le mari que chez la femme.

Comment se fait-il alors qu’un second enfant puisse avoir les yeux bleus? Si Nægeli admettait que les conditions ambiantes puissent, en peu de temps, modifier l’excitabilité relative des faisceaux, la chose se comprendrait aisément, mais il le nie énergiquement et il y est forcé, car, s’il en était ainsi, les conditions am-

THÉORIE I)E KÔLLIKER.

Que sert de montrer que deux pierres sont mal jointes dans les débris d’un mur écroulé?

C’est la théorie tout entière qui s’effondre parce qu’elle a pour base des hypothèses non seulement invraisemblables, mais en contradiction avec les principes fondamentaux de la science positive.

Nægeli a cru qu’il simplifiait le problème en remplaçant un nombre immense de facteurs matériels complexes par des différences dans les états dynamiques d’un petit nombre de facteurs matériels élémentaires. Il n’a pas vu que ces différences elles-mêmes ne pouvaient exister sans un substratum physique et que l’introduction de ce substratum détruisait tous les avantages de sa conception.

En supprimant la difficulté de faire tenir dans l’élément sexuel l’innombrable quantité de facteurs matériels que nécessite la détermination des caractères, il en a créé une autre plus insurmontable encore, et toute la peine qu’il a prise pour la vaincre n’a pas abouti même à la voiler.

KÔLLIKER (1885)

L’ idioplasma nucléaire. — On peut admettre l’idioplasma de Nægeli et tirer parti de tous les avantages de cette conception ingénieuse sans accepter ses vues sur la distribution de cette substance dans le corps. La forme du réseau général répandue dans tout l'organisme est extrêmement improbable , et on rendrait la théorie plus simple et plus admissible en limitant l’idioplasma aux noyaux des cellules. Dans les noyaux il se manifeste par les réseaux nucléaires qui ne sont pas l’idioplasma lui-même, mais sont moulés sur lui, et ces réseaux ne s’étendent pas au cytoplasma: ils sont discontinus dans le corps.

Cette modification à la théorie est en accord avec le fait aujourd’hui démontré que le noyau est le seul véhicule de l’hérédité. Partout le spermatozoïde représente uniquement un noyau et, dans l’œuf, c’est le noyau seul qui joue un rôle important dans la fécondation.

La fécondation. — Les globules polaires n'ont pour rôle que de diminuer la masse du noyau femelle par rapport à celle du noyau mâle. Si,

biantes pourraient transformer une es- faisceaux. Nægeli déclare formellement pèce ou même un genre en un autre, que les conditions peuvent, dans le court puisque nous avons montré que ces es- espace de quelques années, modifier pècesetces genres ne diffèrent entre eux quelque peu le corps, mais que leur inque par le degré d’excitabilité des mêmes fluence ne s’étend jamais à l’idioplasma.

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après leur expulsion le noyau de l’œuf est encore plus volumineux que la tête du spermatozoïde, cela ne veut pas dire qu’il contienne plus d’idioplasma, car l’idioplasma ne forme pas la masse entière du noyau.

La fécondation consistant dans la réunion de deux noyaux mâle et femelle en le premier noyau de segmentation, celui-ci se trouve être hermaphrodite. Tous les noyaux dérivés de lui sont hermaphrodites comme lui, et lui sont équivalents.

V ontogénèse. — Les cellules de l’embryon sont toutes, au début, équivalentes aussi et possèdent ce caractère de non-différenciation qui leur a fait donner le nom de cellules embryonnaires. Toutes les cellules embryonnaires sont équivalentes à l’œuf et capables de reproduire l’organisme. Mais, pendant l’évolution de l’individu, elles se spécialisent dans différents sens et perdent cette propriété proportionnellement à leur spécialisation.

Les cellules sexuelles sont des cellules restées embryonnaires. Elles ont subi cependant une certaine différenciation qui consiste, pour l’œuf, dans l’acquisition de matériaux nutritifs abondants; pour le spermatozoïde, dans sa forme condensée et dans son appendice moteur.

Bourgeonnement. Régénération. — Mais il y a dans le corps beaucoup d’autres cellules embryonnaires capables de reproduire soit des organes, soit l’organisme entier, soit des parties plus ou moins étendues. On en trouve dans les points végétatifs des plantes, dans ceux des colonies de coraux, dans les couches profondes du corps muqueux de Malpighi, dans la couche de cartilage interposée aux épiphyses et aux diaphyses des os, etc., etc. Quand une partie coupée, queue, membre, portion du corps, se régénère, il se forme d’abord, sans doute aux dépens des tissus voisins, des cellules embryonnaires par lesquelles la partie coupée se reproduit d’après les mêmes lois que chez l’embryon.

[Il y a peu à dire sur cette petite variante à la théorie de Nægeli accommodée avec les idées de IIertwig sur la fécondation et avec celles de IL Milne Edwards sur la signification des produifs sexuels.

[Déjà, en 1863, ce dernier avait exposé tout au long, dans son beau traité d’anatomie comparée, la théorie qui consiste à considérer les œufs et les cellules de la régénération comme des cellules non différenciées.

[Il est certain que Kôlliker a raison en condamnant la forme que Nægeli a attribuée à son idioplasma. Mais il ne suffît pas de localiser cette substance dans les noyaux [pour rendre la théorie acceptable. Les objections

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