‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 213 sur 300 · DE VRIES · texte numérisé non relu

DE VRIES

La pangénèse intracellulaire.

Exposé .

La pangénèse de Darwin et la pangénèse intracellulaire. — La théorie pangénétique de Darwin comporte deux hypothèses fondamentales que Ton n’a pas suffisamment distinguées jusqu’ici : 1° l’existence des gemmules , facteurs matériels des propriétés et des caractères héréditaires des cellules, se transmettant par la division cellulaire de la cellule-mère aux deux cellules filles, presque sans changement de lieu; 2° la circulation des gemmules, à travers l’organisme, pour se rendre aux éléments sexuels et les modifier parallèlement aux modifications subies par les organes périphériques. La première est une conception vraiment géniale et Darwin a pu, grâce à elle, donner une base matérielle à l’explication des grands phénomènes biologiques : hérédité, atavisme, variation, régénération, etc., que l’on n’expliquait avant lui que par des théories abstraites. La seconde, au contraire, parait inacceptable et, plus les études de physiologie cellulaire ont fait de progrès, plus son imperfection est devenue évidente.

Les contradicteurs de Darwin n’ont pas eu de peine à le démontrer et, faute d’avoir fait la distinction que nous venons d’indiquer, ont cru renverser ainsi la théorie tout entière. Il n’en est rien et toutes les objections laissent intacte la conception même des gemmules. Darwin n’avait imaginé la circulation des gemmules à travers l’organisme que pour expliquer la régénération et l’hérédité des modifications acquises. Or Weismann ayant démontré que cette hérédité n’existe pas, la circulation des gemmules devient inutile et la théorie, débarrassée de ce membre véreux, reprend toute sa vigueur.

LES THÉORIES GÉNÉRALES

Cependant, à l’époque où Darwin l’a émise, les études de biologie cellulaire étaient si peu avancées, qu’elle devait être forcément incomplète et fautive dans beaucoup de détails. Il devient nécessaire de la remanier pour la mettre au niveau des connaissances récentes et c’est pour ce but qu’a été conçue la théorie actuelle.

Dans cette dernière, la circulation des gemmules ne s’étend plus d’une cellule à d’autres à travers l’organisme; elle se limite à la cellule même et se fait du noyau au cytoplasma seulement, d’où le nom de pangénèse intracellulaire qui la distingue de la pangénèse de Darwin par son trait fondamental.

Le nom de gemmules est fâcheux et a fait croire à plusieurs naturalistes que ces particules étaient des germes développés. Aussi dans la théorie nouvelle il ne sera pas conservé et sera remplacé par celui de pan g eues.

Les pangènes. — Il n’est plus permis aujourd’hui de douter que les caractères et les propriétés des êtres vivants et de leurs organes ne soient l’expression de leur constitution matérielle. La forme et les propriétés des cellules résultent de leur composition protoplasmique comme les propriétés des corps inorganiques résultent de leur nature chimique. Faut-il donc admettre qu’il y a autant d’espèces de protoplasmas qu’il y a de sortes différentes de cellules dans les êtres organisés? Si l’on songe combien il y a de cellules différentes dans un même être et que les cellules homologues ne sont pas identiques dans les espèces différentes, on se rend compte que leur nombre serait incalculable et, malgré la richesse des substances protéiques en variétés différentes, il serait impossible de concevoir qu’elles pussent satisfaire à tous les besoins h II y a là une difficulté insurmontable en apparence, mais qui devient facile à résoudre par une conception très simple. Cette conception consiste à décomposer les caractères et propriétés complexes, innombrables dans les êtres vivants, en caractères et propriétés élémentaires beaucoup moins nombreux qui, par leurs combinaisons variables, produisent la variété presque infinie

] [Cet argument ne porte pas. Car l’au- [Si donc on supprime l’individualité des teur admet que toutes les cellules de pangènes et qu’on suppose leur substous les êtres sont des combinaisons d’un tance chimique dissoute dans le corps de petit nombre de pangènes, mais des com- la cellule, on aura autant de protoplasbinaisons différentes. Il n’y a pas, selon mas différents qu’il y a de sortes diffélui, deux cellules de tissus différents ou rentes de cellules.

d’êtres d’espèces différentes, qui soient for- [De Vries se trompe donc en disant que

mésd’une même association de pangènes. cela ne serait pas possible].

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