THÉORIE DE DE VRIES
que nous observons. De même qu’avec une trentaine de lettres on peut former tous les mots du langage humain, de même avec les propriétés élémentaires, dont le nombre absolu est encore très considérable, on peut reproduire tous les caractères des êtres vivants dans toute leur variété et leur complexité. Il suffit alors d’admettre que ces caractères et propriétés élémentaires smt représentés par autant de particules matérielles et le problème se trouve résolu. Ces particules ce sont les pangènes.
Les pangènes sont donc de petits organites invisibles au microscope, formés d’un nombre immense « zahllos » de molécules chimiques et différant des substances chimiques les plus complexes par trois propriétés qui leur sont communes à tous et qui sont caractéristiques de la matière vivante : ils se nourrissent, s’accroissent et se multiplient par division1.
Outre les trois propriétés générales qui en font des molécules vivantes, les pangènes possèdent des propriétés particulières, dépendant de leur constitution chimique, différentes pour chacun d’eux et qui leur sont indissolublement liées, en sorte que, partout où un pangène se trouvera, la propriété ou le caractère élémentaire spécial qui lui appartient se montrera, si d’ailleurs les conditions internes et externes lui permettent de se manifester. Latent ou patent, en puissance ou en évidence, le caractère est toujours là où est le pangène correspondant. Chaque cellule contient un grand nombre de pangènes en activité et ses caractères et propriétés d’ensemble sont la résultante des caractères et propriétés élémentaires de ces pangènes, comme les caractères anatomiques et physiologiques de l’individu vivant sont la résultante des caractères anatomiques et physiologiques des cellules qui le composent.
11 faut se représenter le protoplasma cellulaire comme formé d'innombrables pangènes baignés dans un liquide où sont dissoutes des substances purement chimiques : albumine, glucose, sels, etc. Peut-être des substances semblables imprègnent-elles les pangènes eux-mêmes; mais nous n’en savons rien.
Le noyau contient en général toutes les sortes de pangènes que comporte l’individu. Mais ces pangènes sont là en état d’inactivité, en réserve, pour être transmis aux deux noyaux-filles lorsque la cellule se divisera. Ils peuvent se diviser, et il faut bien qu’il en soit ainsi pour que
1 Comment ces propriétés générales notre ignorance de la constitution de la ainsi que leurs diverses propriétés par- matière.
ticulières résultent de leur composition, Il faut l’admettre sans y regarder de c’est ce que nous ne pouvons savoir, dans plus près.
LKS THÉORIES GÉNÉRALES.
les deux noyaux-filles puissent en recevoir chacun un lot complet; mais ils ne manifestent pas leurs propriétés spéciales qui restent là à l'état latent. Il n’y a d’exception que pour les quelques pangènes qui régissent la division du noyau. Ceux-là entrent en activité au moment voulu, pour déterminer les caractères de la division et en particulier la position du plan de segmentation.
Le cytoplasme est aussi composé de pangènes; mais ces pangènes, à l’exception de ceux qui proviennent du cytoplasma de l’ovule et dont il sera question plus tard, proviennent du noyau. De celui-ci sortent, en effet, des pangènes qui se répandent dans le cytoplasma et s’y multiplient abondamment. Ces pangènes sont précisément et exclusivement ceux dont ce cytoplasma a besoin pour manifester les caractères et propriétés que revêt la cellule, et c’est en lui délivrant tels et tels pangènes et non les autres que le noyau régit le cytoplasma, lequel resterait inerte sans cette infusion de particules vivantes et actives.
Il y a donc une grande différence entre le noyau et le cytoplasme au point de vue de la constitution pangénétique. Chaque noyau contient en général tous les pangènes de l’individu, réunis sans doute par groupes plus ou moins considérables dans les filaments chromatiques, et ces groupes, analogues aux gemmules composées de Darwin, forment probablement ces petits grains disposés à la fde qu’un fort grossissement montre dans les filaments chromatiques. Mais il n’y a que 1, 2 ou tout au plus un petit nombre de pangènes de chaque espèce; tous sont inactifs sauf, au moment de la division, ceux qui régissent ce phénomène; ils peuvent se multiplier mais peu activement et, en général \ ils ne se divisent que juste assez pour remplacer ceux qui émigrent dans le cyto-
plasma et pour fournir, au moment de la division, à chaque noyau-fille le lot complet qu’il doit recevoir. Dans le cytoplasma, au contraire, il n’y a qu’un petit nombre d’espèces de pangènes, venus du noyau en quantité strictement nécessaire. Mais là ces pangènes se sont énormément multipliés, en sorte qu’il y en a un très grand nombre de chaque espèce et ils sont presque tous à l’état d’activité h
IJ ontogénie. — On sait par la belle découverte de IIertwig que le noyau
Ml y a dans le cytoplasma quelques pangènes inactifs, car les propriétés de la cellule ne sont pas toutes en action au même moment. Certains n’entrent en activité qu’à un moment donné de la vie de la cellule, d’autres sous l’influence de
conditions particulières, d’autres encore passent par des phases alternatives d’activité et de repos, d’autres enfin ne deviendront actifs que si certaines conditions tout à fait exceptionnelles Viennent à se réaliser (certains cas de dichogénie).