‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 234 sur 300 · ROUX · texte numérisé non relu

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Théorie de l’auto-déterinîiiaUoBB.

Exposé.

Le conflit des êtres avec la nature, la lutte de l’individu contre les obstacles impersonnels ou animés qui entravent son développement ou sa multiplication, sont considérés généralement comme la seule cause de la formation des espèces et du perfectionnement graduel des êtres. Depuis que Darwin a montré les étonnanls effets qui pouvaient résulter de la lutte pour la vie et de la sélection, les biologistes voient en elles une explication suffisante de tous les phénomènes biogénétiques; ils ne demandent rien à l’organisme, rien autre qu’une variation légère et quelconque, pourvu qu’elle soit fréquente et diverse; et, comme cette variation est démontrée par l’observation journalière, ils ne cherchent point au delà.

Il est résulté de cela une tendance fâcheuse à négliger l’étude de l’organisme en lui-même, et la recherche des forces évolutives qu’il peut contenir. ^

En se livrant à cette recherche on arrive à reconnaître que l’organisme renferme en lui-même, pour une bonne part, la raison de sa structure et de sa conformation; et que l’excitation fonctionnelle est la cause essentielle de la différenciation des éléments et des fonctions, qu'elle détermine la structure des tissus et établit, dans le corps entier, l’harmonie qui résulte du balancement des organes.

1. Lutte des éléments de l organisme et différenciation progressive.

a) Lutte des molécules dans les cellules. — Le protoplasma cellulaire n’est pas une substance chimique simple. Il est composé de plusieurs substances vivant côte à côte dans une certaine indépendance et soumises, chacune pour son compte, aux nécessités de l’assimilation et de la désassimilation. Or le taux de ces échanges n’est pas le même pour toutes. Les liquides nutritifs dans lesquels baignent les cellules ne conviennent pas également à chaque espèce ; ils favorisent plus l’assimilation dans les unes que dans les autres et, si l’égalité existait entre elles au début, elle est

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forcément bientôt détruite. Si les liquides nutritifs viennent à changer de nature, ce sont des substances jusque-là sacrifiées qui vont devenir prédominantes, tandis que celles qui prédominaient vont passer au second plan. Les variations dans la désassimilation produisent des effets analogues, non moins importants dans le résultat final, car une substance qui assimile beaucoup peut cependant rester peu abondante si sa désassimilation est très forte, tandis qu’une autre qui assimile peu mais se dépense encore moins, peut arriver à l’emporter sur les autres.

Les excitations produites par les agents physiques ou chimiques ont une influence plus grande encore.

Toujours l’une des substances est plus sensible que les autres aux excitations d’un agent donné; si elle réagit en se dépensant plus fortement, son taux baisse; il monte dans le cas contraire; il monte ou baisse aussi, selon que son assimilation est favorisée ou contrariée. Deux substances sont favorisées, mais inégalement, par une excitation donnée; si l’espace était libre, elles augmenteraient ensemble, proportionnellement à leur activité; mais la place est limitée à la capacité de la cellule; aussi elles luttent, chacune pour un accroissement nouveau, aux dépens de la voisine, et la plus active l’emporte, refoule l’autre et finit par occuper toute la place.

Ainsi, fatalement, après avoir été soumises assez longtemps à leurs causes naturelles d’excitation, les cellules finissent par ne plus contenir qu’une substance fortement prédominante et, par là, se trouvent différenciées.

Mais cette substance n’est pas la môme pour toutes, d’abord parce que, l’état initial étant différent, des excitations identiques peuvent engendrer des effets différents, ensuite parce que les excitations ne sont pas les mêmes pour toutes les cellules, en raison de leurs situations diverses dans l’organisme.

Ainsi toutes les cellules de l’organisme arriveront à se différencier, mais par groupes, dans des sens différents.

Naturellement la différenciation fonctionnelle marche de pair avec la différenciation chimique dont elle n’est que l’expression, et il se fait une sélection progressive des fonctions cellulaires.

Cette sélection, pas plus que celle de Darwin, ne crée rien, et toutes les substances et les fonctions qu’elle semble engendrer existaient déjà dans la cellule non différenciée, mais peu développées et mélangées à d’autres qui obscurcissaient leur manifestation. La lutte intracellulaire

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des molécules a eu pour effet d’en élire une, de la développer aux dépens des autres et d’exalter ainsi la fonction correspondante, qui semble nouvelle tant elle diffère du rudiment obscur qui se trouvait dans la cellule initiale. Dans une cellule, c’est la substance la plus contractile, dans une autre, la plus apte à absorber des sucs nutritifs, qu elle rejette aussitôt plus ou moins transformés, dans une troisième, la mieux disposée pour transmettre au delà les excitations reçues au lieu de lesutiliser pour elle; c’est ainsi que sont nés les éléments musculaires, glandulaires, nerveux.

b) Lutte des cellules entre elles. — Les cellules luttent entre elles comme les molécules, car, chez elles aussi, les excitations réagissent sur la nutrition et, pour elles aussi, la place est limitée.

Chez l’adulte, il faut qu’une cellule meure pour qu’une autre puisse se diviser et remplir l’espace vide. Des quelques cellules voisines en situation de le faire, ce sera la plus apte à se diviser qui y réussira. Chez hêtre en voie de développement, la place n’est pas limitée d’une manière aussi absolue, mais elle n’est pas libre non plus, et ce seront encore les cellules les plus capables de multiplication rapide qui l’emporteront sur leurs compagnes de même espèce, pour donner à chaque organe l'accroissement qu'il peut recevoir à chaque moment de l’ontogénèse h

Ainsi, sous l’influence de ces causes, non seulement les cellules se différencient de plus en plus, mais, parmi les cellules de même ordre, les moins différenciées sont éliminées dans la lutte pour la multiplica-

tion, en sorte que la différenciation les seules forces de l’organisme 1 2.

1 II semble donc que tout ce qui a été

dit de la lutte des molécules puisse s’appliquer aux cellules. Mais il y a ici une difficulté. Pour les substances intracellulaires, accroissement et multiplication ne font qu’un ; le genre d’excitation qui favorise une substance la conduit jusqu’au maximum de développement qu’elle puisse recevoir dans la cellule. Mais au delà, ce n’est plus la même chose, car la multiplication des cellules est un phénomène à part, dépendant du noyau, et il se peut que l’excitation qui a différencié la cellule soit sans action sur la caryocinèsequi doit la multiplier ; tandis que la caryocinèse serait sensible à

est poussée au plus haut point par

une excitation d’une autre espèce. Mais bien des faits portent à croire que cela n’est pas, et en tout cas les cellules chez lesquelles une même excitation favorise à la fois la différenciation et la multiplication l’emporteront sur les autres.

[Cela n’est pas du tout évident. Si l’excitation qui favorise la division en s’opposant à la différenciation est plus forte que celle qui favorise les deux à la fois, la différenciation sera empêchée].

2 La sélection naturelle intervient dans tout cela pour supprimer toutes les différenciations nuisibles ou inutiles. Elle ne saurait créer la différenciation organique, mais elle est apte à la diriger.

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c) Lutte des tissus et des organes. — Une lutte de ce genre ne peut se continuer entre les tissus et les organes. Car, tandis que la différenciation cellulaire est toujours d’autant plus avantageuse qu’elle est plus accentuée, une prédominance exagérée de certains tissus dans les organes et de certains organes dans le corps serait fâcheuse. Une glande remplirait mal ses fonctions si elle ne contenait que des éléments sécréteurs; elle a besoin de vaisseauxpour lui amener le sang, de tissu conjonctif pour séparer les lobes et servir de soutien aux épithéliums, de nerfs pour régler son fonctionnement, etc., etc. ; de même, si le foie s’accroissait et prenait la place de la rate ou de l’estomac, l’organisme n’en retirerait qu’un avantage négatif; tous ces empiètements exagérés sont aussitôt éliminés par la sélection naturelle.

La lutte ici s’établit entre tissus et organes pour donner à chacun toute' l’extension qu’il peut recevoir sans compromettre l’harmonie générale et elle a pour résultat une utilisation rigoureuse delà place et des matériaux.

La loi d’ économie de Darwin et celle du balancement des organes de Geoffroy Saint-Hilaire ne sont que des effets dont la cause réside dans la lutte des organes et tissus.

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