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Sélection organique et sélection naturelle

Si Ton rassemble tous ces faits, on voit qu’ils jouent un rôle considérable dans la formation de l’organisme. On peut dire que celui-ci se crée par ses propres forces : par la lutte des substances chimiques et des cellules, il différencie ses cellules et ses fonctions élémentaires; par l’action trophique des excitations fonctionnelles, il détermine la structure de ses tissus, la forme et la constitution de ses organes et aussi leur arrangement. Ces mêmes forces intérieures qui l’ont formé servent à l’entretenir.

A Y auto- formation s’ajoute une auto-régulation permanente.

Cette conception nouvelle permet d’expliquer bien des faits que la sélection darwinienne laissait incompréhensibles.

Nous avons vu que toutes les lamelles du tissu spongieux des os étaient orientées suivant les lignes du plus grand effort et comment, dans un tissu où l’orientation primitive eût été indéterminée, cette direction exclusive se serait établie d’elle-même.

La sélection darwinienne est impuissante à expliquer cela.

Si, au début, l’orientation était variée, la variation qui donnait à quelques lamelles de plus une direction convenable n’a pas créé un avantage suffisant pour donner prise à la sélection, car l’on n’y a presque rien gagné en solidité. Il faudrait que la variation eût porté sur plusieurs centaines de lamelles à la fois pour avoir quelque imperceptible influence. Or ce n’est pas là de la variation indéterminée.

Supposons même que la très grande majorité des lamelles ait été transformée. Lorsqu’il n’y aura plus qu’un dixième ou un centième d’entre elles qui auront conservé une direction non concordante, il n’y aura aucun avantage pour l’individu à ce que la transformation s’achève et la sélection n’aura pas prise pour l’achever.

Il en est de même pour les trousseaux des aponévroses, pour les fibres musculaires des canaux glandulaires et de l’intestin. Il en est de même encore pour la différenciation des cellules glandulaires, épithéliales, etc., etc., etc., de tous les éléments de l’organisme en un mot.

Il y a dans la perfection, dans le fini des dispositions organiques, quel-

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que chose d’absolu que la sélection est radicalement impuissante à expliquer.

La sélection organique, l’action directe de l'excitation fonctionnelle l'expliquent, au contraire, fort bien et c’est là une excellente preuve de leur influence. Celte influence, d’ailleurs, ne s’exerce pas uniquement pour achever le travail lorsque la sélection naturelle devient impuissante : elle l’accomplit tout entier.

Ce n’est pas à dire pour cela que la sélection naturelle de Darwin n’existe pas, elle joue même un rôle très important, mais, isolée, elle est impuissante tout aussi bien que la sélection organique. Les deux sélections n’ont de force qu’en se combinant ou plutôt en se complétant. La première produit la différenciation des cellules, des organes et des fonctions, mais sans tenir compte de l’intérêt général de l’organisme; la seconde supprime les différenciations ou dispositions organiques fâcheuses et protège celles qui sont utiles à l’individu; elle ne laisse subsister que les êtres dont la constitution physico-chimique élémentaire est telle que les excitations fonctionnelles aveugles, en déterminant la différenciation des éléments, la structure des organes et leur arrangement, aboutisse à un résultat final compatible avec les conditions d’existence.

4. Organes rudimentaires. Régénération. "Variation embryonnaire.

L’atrophie des organes devenus inutiles et leur persistance à l’état rudimentaire s’expliquent par le jeu des seules forces de l’organisme.

Nous avons vu que l’excitation fonctionnelle était nécessaire à la conservation des organes et que ceux-ci s’atrophient lorsqu’ils cessent d’être actifs. Mais leurs exigences sont très variables sous ce rapport. Dans l’immobilité paralytique, les muscles s’atrophient bien plus vite que les os. Plus les organes sont actifs, plus est forte la dose d’excitation fonctionnelle nécessaire à leur conservation et inversement. Un organe dont l’activité diminue peut arriver à se contenter d’excitations fonctionnelles extrêmement faibles et rares, à la condition que la diminution soit très lente.

C’est ce qui arrive aux organes rudimentaires.

Ils ont rapidement atteint un certain degré d’atrophie, puis ont diminué déplus en plus lentement jusqu’au moment où leurs exigences nutritives sont devenues assez faibles pour se contenter des excitations accidentelles ou dérivées auxquelles est soumise forcément toute pièce faisant partie d’un organisme vivant.

THÉORIE DE ROUX

La différenciation cellulaire est parfaite au point de vue fonctionnel, mais elle ne l’est pas au point de vue chimique. L’absolu n’existe pas dans cet ordre de choses. On peut donc admettre que les cellules gardent en général quelques parcelles de protoplasma indifférent.

Par là peut s’expliquer le phénomène de la régénération.

On comprend aussi que cette faculté diminue avec l’âge, à mesure que la spécialisation des éléments s’affermit b

Enfin, pour compléter le tableau des phénomènes organiques, il faut tenir compte d’un dernier fait qui, pour être anormal, n’en joue pas moins un grand rôle. Dans le développement, il peut arriver que certaines cellules soit encore indifférentes, soit ayant subi un commencement de différenciation , se trouvent isolées du groupe dont elles faisaient partie et entraînées dans une position aberrante. Là, elles ne sont point soumises à leurs excitations normales et restent dans un état à demi embryonnaire. Cet état peut être définitif, mais il peut arriver aussi que ces cellules entrent à un moment donné en évolution et forment alors des tissus aberrants avec toute la vigueur de reproduction des éléments embryonnaires. Telle est peut-être l’origine de certaines tumeurs. Nous avons vu que les tumeurs syphilitiques, tuberculeuses ou similaires avaient une tout autre origine 1 2.

La variation embryonnaire peut aussi porter sur de plus grandes masses et donner lieu à des anomalies, mais celles-là ne sont pas fatalement, nuisibles et peuvent, combinées à la sélection naturelle, jouer un grand rôle dans l’évolution générale. C'est à des variations de ce genre, complètes d’emblée, qu’il faut attribuer certains phénomènes dont on ne comprendrait guère le développement progressif. Ainsi, la séparation du canal de W olff en deux pour former le canal de Muller. Mais si le hasard, en quelque sorte, commence ces processus, ce sont les forces normales de l’organisme qui les achèvent. Ce sont les excitations fonctionnelles qui dotent ce nouveau canal de ses couches musculaires et conjonctives et produisent les modifications de structure qu’il présente en ses divers points.

A la variation embryonnaire appartient la première apparition de touslcs organesetdetouteslesdispositionsqui ne résultent pas d’excitations

1 [Cela est très vague et la régénération réciproque des vers inférieurs ne s’explique pas. Où sont les excitations fonction-

nelles qui, dans le bras amputé du triton, font former par les cellules de

la plaie les tissus et organes régénérés?] 2 [Il y aurait des objections à faire à cette théorie. Mais, comme elle est presque étrangère à notre sujet, nous les laisserons de côté].

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fonctionnelles, comme la crête des coqs, celle du dos des tritons, les couleurs et les dessins qui ornent le corps de tant d’animaux, etc. La variation embryonnaire, à l’inverse de l'excitation fonctionnelle, a le champ libre, n’étant déterminée par rien de précis; elle a donc une importance capitale, mais, sans les forces organiques et la sélection naturelle, elle serait impuissante, car si elle peut tout commencer, elle ne peut rien achever.

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