LA CELLULE
thold a très bien montré que l’arrangement de ces parties dans le cytoplasme pouvait s’expliquer par le seul jeu des forces moléculaires émanant d’elles et du protoplasma qui les baigne et, sans accepter la partie insuffisamment fondée de la théorie où il assimile le protoplasme à une émulsion, on doit reconnaître que la distribution des parties dans la cellule s’explique d’elle-mème sans hypothèses spéciales.
Le noyau est pourvu, lui aussi, d’une membrane et renferme le suc nucléaire, les nucléoles et le corps nucléinien qui, selon le moment, se présente sous la forme de réseau, de filament ou des bâtonnets chromatiques. Nous savons que ces diverses parties ne sont que les états successifs d’une même partie que les chromosomes nous présentent sous sa forme la plus remarquable. Les observations de Raiîl sur la structure des noyaux, celles qui depuis 10 ans ont éclairci le phénomène de la fécondation, tendent à montrer que les chromosomes sont permanents et se retrouvent toujours les mêmes à travers les divisions successives. C’est la conclusion vers laquelle tendent les histologistes qui observent sans souci des théories, nous devons donc l’accepter comme la plus probable sans chercher si elle sera commode ou gênante pour la notre.
Nous avons le droit d’admettre aussi que les chromosomes ne sont pas identiques entre eux, car s’ils ne différaient en rien, leur division longitudinale serait inutile et ce processus compliqué ne se serait pas maintenu, comme il l’a fait sans exception, dans la division indirecte. Il suffirait qu’une moitié d'entre eux passât dans chaque noyau, quitte à s’y multiplier ainsi par accroissement et division transversale.
Nous pouvons aller plus loin et dire que les chromosomes ont une constitution différente dans leur longueur, car cela seul rend compte de la nécessité d’une division longitudinale, tandis que la division transversale, processus beaucoup plus simple et plus répandu, eût suffi s’ils eussent été homogènes. Les observations de Boveri sur la segmentation de Y Ascaris unwalens montrent même que les bouts ont une autre composition que le milieu, et il semble légitime d’induire de là que tous les éléments constitutifs des chromosomes, c’est-à-dire les microsomes nucléiniens, sont différents les uns des autres.
On voit que Weismann était bien fondé en attribuant une valeur personnelle à ses idantes et en cherchant dans la division réductrice une cause de variation. Mais ces hypothèses, qui ne pouvaient qu’inspirer de la méfiance lorsqu’elles avaient été faites en vue du but, se justifient d’elles-mêmes lorsqu’elles sont formulées comme conséquence de plié-
LA THÉORIE DES CAUSES ACTUELLES
nomènes positifs sans souci de leurs conséquences théoriques (*).
On n’a observé de membranes, dans la cellule, qu’autour du cytoplasme et autour du noyau. Mais bien des faits autorisent à croire que ces formations (membrane bien individualisée ou simple couche limitante différenciée du reste du protoplasme) sont beaucoup plus nombreuses et que même, sans doute, elles existent autour de toute partie individualisée de la cellule. De Vries a montré l’existence d’une membrane autour des vacuoles et, sans discuter ici si les vacuoles sont, comme il le veut, des formations à individualité permanente, nous pouvons admettre avec lui que toute vacuole a, non pas une membrane isolable, mais une paroi quelque peu différenciée au contact du liquide qu’elle renferme, et peut-être par suite de ce contact.
Nous remarquerons, en outre, que la sphère attractive, Yarchoplasma de Boveri, bien qu’il ne montre pas d’ordinaire de membrane décelable par les réactifs, se comporte comme s’il en avait une. Il ne ditfuse pas dans le cytoplasme, bien qu’il ne soit lui-même que du protoplasma de consistance analogue. On comprendrait difficilement cette conservation de l’intégrité d’une partie non solide, si sa surface n’était pas différenciée en une couche moins miscible aux parties ambiantes, c’est-à-dire en une membrane1.
Cette conclusion peut s’étendre aux autres organites de la cellule, au centrosome, aux chromosomes, microsomes, leucites, etc., et il ne semble pas très aventuré d’admettre que toute partie individualisée dans la cellule est limitée par une membrane qui est formée par la couche périphérique différenciée et rendue un peu plus dense au contact du milieu ambiant. Par suite, les parties contenues sous ces membranes peuvent être liquides ou demi-solides : les microsomes peuvent être aussi bien des parties demi-fluides séparées du liquide ambiant par une couche superficielle un peu plus dense, que des parties solides de consistance homo-
1 Les sphères attractives des plantes On est autorisé à voir en lui l’exsont limitées par un cercle très net tout pression optique d’une différenciation su-
comme serait un petit noyau. perficielle.
(*) Tout ce qui est dit dans ce chapitre sur la permanence et la valeur différentielle des chromosomes a cessé d’être vrai du jour où j’ai montré : 1° par la numération des chromosomes dans la inérogonie et la parthénogénèse expérimentale (Voir p. 83, note), que les chromosomes n’étaient pas permanents; 2° par la critique de la réduction chromatique (Voir p. 148, note) que la division longitudinale était compatible avec une différence qualitative des deux moitiés des chromosomes dédoublés. Il semble que la chromatine doive être considérée comme une substance albuminoïde très complexe, de constitution différente dans chaque espèce et dans chaque sorte de cellule, et peut-être, au moins dans certains cas, dans les différentes parties de sa masse dans une même cellule.
NUTRITION DE LA CELLULE
gène. Il y a là une hypothèse que l'on a droit de repousser si l'on veut se renfermer dans les limites de la stricte observation, mais on doit reconnaître qu’elle n’est ni invraisemblable, ni gratuite, ni illégitime, ni même bien hardie. Cette hypothèse nous sera fort utile plus tard. Mais nous ne péchons pas, en l'admettant, contre notre deuxième règle, car elle a été émise par d’autres que nous et sans souci des conséquences qu’on pourrait en tirer un jour.