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V. LA NUTRITION DË LA CELLULE

La manifestation des propriétés aclives de la cellule ne va pas sans dépense d’énergie. Or l'énergie ne peut être fournie ici que par des réactions chimiques; elle implique donc une usure des substances. Ces substancés doivent être remplacées : c'est le but de la nutrition. Pour l'atteindre, la cellule doit donc former ou trier des substances identiques à celles qu’elle a perdues. Or chaque cellule fait, d’ordinaire, partie d’un organisme qui en renferme beaucoup d’autres. Toutes ces cellules ont des exigences différentes et elles doivent trouver de quoi satisfaire à toutes ces exigences au moyen d’aliments fort différents des substances finales qu’elles doivent recevoir.

Nous allons montrer que les actes multiples dépendant de la fonction ùutritive concourent tous à rapprocher progressivement les substances alimentaires de celles qu’elles doivent remplacer dans les cellules.

Un premier triage est opéré par les moyens dont dispose l’être pour se procurer sa nourriture et par le goût qui détermine son choix. Le carnivore, qui ne pourrait tirer lion parti d’une nourriture végétale, n'a ni les moyens de la brouter et de la mâcher, ni le goût de le faire; l’herbivore ne saurait ni tuer ni déchirer une proie qui d’ailleurs ne lui inspirerait que du dégoût si elle lui était présentée L

Les sucs digestifs opèrent une seconde approximation. La même herbe ne donne sans doute pas le même chyme dans l’intestin du lapin et dans celui du cheval, et il y a vraisemblablement plus d’analogie entre le sang d’un animal et son chyme qu’entre son sang et le chyme d’un autre animal nourri des mêmes aliments.

Ml est, évident que l’herbivore ne donné qu’il ne saurait digérer la viande,

choisit pas les aliments les plus voisins il fait une approximation avantageuse

de sa substance quand il repousse la pour lui en choisissant les herbes qui viande et broute l’herbe mais étant lui conviennent.

LA THÉORIE DES CAUSES ACTUELLES

Les parois que le chyme traverse pour arriver aux veines ou aux vaisseaux chylifères sont aussi de nature diverse chez les différents êtres et très probablement opèrent un nouveau triage et une nouvelle approximation. Tout n’est pas absorbé ou rejeté d’une manière identique chez tous les animaux. Nourris des mêmes aliments, l’homme et le cochon rendent des feces fort différents. Dans celles du premier restent, en particulier, des quantités de matières grasses que le second peut extraire en les mangeant.

Ainsi se constitue le sang qui déjà serait différent dans les diverses espèces, même sans tenir compte de ses modifications ultérieures et par le seul fait de la différence des apports qui l’entretiennent1.

Mais le sang est, en outre, profondément modifié, d’un côté, par les produits de désassimilation sans cesse déversés dans sa masse dans tous les points de l’organisme; d’autre part, par les glandes qui le dépouillent de produits variés, ou lui font subir des modifications chimiques, toujours quelque peu différentes dans les espèces distinctes.

Jusqu’ici, le mouvement de transformation des substances alimentaires en substances cellulaires a suivi une marche convergente. Les aliments de natures variées se sont fondus en une substance complexe mais unique, le sang. Il va maintenant suivre une marche divergente, ce sang unique devant fournir aux cellules différentes les matériaux variés nécessaires à leur nutrition. Mais dans l’une et l’autre de ces phases, il y a toujours approximation progressive et continue.

Les cellules sont baignées par le sang ou plutôt par le liquide plasmatique qui exsude à travers les parois capillaires et occupe les interstices intercellulaires. Ce liquide doit être absorbé et former : de la substance cytoplasmique dans le cytoplasme, de la granulaire dans les granules, de la fibrillaire dans les fibrilles, de l’enchylématique dans le suc nucléaire, de la nucléinienne dans les chromosomes, de la nucléolinienne dans les nucléoles, de la centrosomique dans le centrosome, de l’archoplasmique dans la sphère attractive, sans compter l’amidon, la chlorophylle, la graisse, etc., etc., dans les leucites divers ou les granules graisseux.

Pour expliquer la transformation d’un liquide unique en substances si diverses, on admet en général qu’elle résulte d’une propriété vitale fondamentale commune à tout ce qui est vivant, de transformer en sub-

1 Nous prenons comme exemple un mêmes, mais moins complètes, chez les animal supérieur. Les choses seraient les animaux inférieurs ou chez les plantes.

NUTRITION DE LA CELLULE

stance identique à la sienne les substances de nature différente, mais de composition appropriée. On appelle cette propriété X assimilation (adsimilation). C’est un fait certain qu’il en est ainsi, mais il n’y a là que la constatation d’un fait et sa désignation par un mot. Ce n’est pas une explication.

Peut-être pourrait-on, avec quelques hypothèses simples et vraisemblables, approcher de cette explication.

Le suc nutritif qui baigne la cellule rencontre d’abord la membrane cellulaire qui le sépare du suc cellulaire. Cela constitue un appareil dialyseniLet, comme dans tout appareil de ce genre, la nature des substances .osmosées dépend de trois facteurs : le liquide extérieur, le liquide intérieur et la nature de la membrane. Le liquide extérieur est ici une constante puisqu’il est le même ou à peu près dans tout l’organisme, mais le liquide intérieur varie avec la nature de la cellule et l’on peut bien admettre qu’il en est de même de la membrane. Il est bien probable aussi que ces deux facteurs concourent ensemble à ce résultat : que la membrane laisse passer, et que le suc cellulaire attire, de préférence, les substances analogues à celles que contient la cellule ou aptes à se transformer en substances semblables à celles-ci. Le liquide qui a franchi cette première barrière est donc plus voisin des substances cellulaires que n’était le plasma sanguin ; et là, à l’intérieur de la cavité cellulaire, il subit, en présence des substances qu’il rencontre, des modifications chimiques, et récipro quement modifie ces substances sous quelques rapports.

Ce qui s’est passé là, entre le plasma sanguin et le suc cellulaire par l’intermédiaire de la membrane cellulaire, doit se passer entre le suc cellulaire et le noyau par l’intermédiaire de la membrane nucléaire. 11 n’est pas trop hardi d'admettre que le suc cellulaire est plus analogue au suc nucléaire que n’était le plasma sanguin, ni que la membrane nucléaire trie les substances autrement que n’avait fait la membrane cellulaire et laisse passer de préférence les substances analogues à celles du noyau ou propres à devenir identiques à elles, ni enfin que le suc nucléaire concourt au même triage en attirant les substances convenables de préférence aux autres. Des réactions réciproques se produisent ici aussi entre les substances nouvelles inlroduites dans le noyau et celles qui s’y trouvaient déjà.

Si l’on s’arrêtait là, on n’aurait éclairci en rien le mystère de l’assimilation, car les sucs cellulaires et nucléaires ne peuvent être à la fois et exclusivement formés : celui-ci des substances des chromosomes, des

TIIEOKIES DE L IIEUEDITE.

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nucléoles, et des diamants de linine, celui-là des substances des fibrilles, des granules, du centrosome, de l’archoplasme et des leucites divers. Ils ne peuvent que contenir mélangées les substances nécessaires à ces diverses formations et la difficulté de comprendre l'assimilation ne serait que reculée.

Il en est autrement si l’on admet l'hypothèse formulée plus haut.

Si vraiment toutes les parties différenciées de la cellule sont formées d’une enveloppe relativement solide et d’un contenu relativement liquide, possédant ces qualités physiques à un degré simplement suffisant pour que l’enveloppe puisse accomplir les fonctions d’une membrane osmotique et que la substance intérieure puisse permettre les échanges osmotiques à travers cette membrane dès lors les phénomènes précédemment décrits se poursuivent jusqu’aux derniers éléments et ne laissent point de résidu inexpliqué. Que ce soit le nucléole ou le centrosome, un granule cytoplasmique ou un microsome nucléinien, la chose se passera de la même manière : sous l’action combinée de la membrane qui ne laisse passer que certaines substances et du liquide intérieur qui n'en attire que certaines aussi, il n’entrera dans la cavité de l’organe que ce qui sera exactement convenable pour remplacer ce que l’usure fonctionnelle aura détruit.

Ici, comme dans tous les cas précédents, il n’v a pas seulement dialyse et triage de produits tout formés, mais modification continuelle de ces produits par les réactions qui s’établissent entre les substances nouvellement apportées et les anciennes. Le plasma sanguin contient tous les éléments chimiques nécessaires à la réfection des substances cellulaires, mais mélangées et engagées dans des combinaisons différentes. La cellule est un ensemble d'appareils dialyseurs renfermés les uns dans les autres, dont chacun opère le triage des substances nécessaires dans sa circonscription et prépare celui qu’auront à continuer les dialyseurs situés plus profondément. N’est-il pas à peu près certain qu’un noyau à nu dans le plasma sanguin ne saurait en extraire les éléments de la nucléine comme il les extrait du suc cytoplasmique où il est plongé? S’il peut le faire dans ce second cas, c’est donc parce qu’une première dialyse et une première série de réactions accomplies dans le cytoplasme ont préparé ces substances et les ont mises sous une forme qui permet au noyau de les extraire.

On peut résumer cette conception en disant que l’assimilation se fait par un processus dé approximations progressives.

Pour avoir une vue complète des phénomènes, il faut tenir compte du mouvement d’exosmose, ce suc cellulaire ou partie liquide du cyto-

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plasma ne doit pas seulement sa composition aux substances qu’il reçoit du plasma sanguin à travers la membrane cellulaire ; il est incessamment modifié par les excreta du noyau qui traversent la membrane nucléaire et tombent dans le cytoplasme. De même, le suc nucléaire est modifié parles excreta du nucléole, des microsomes nucléiniens et même des filaments de linine, car tout ce qui vit est soumis à un mouvement de rénovation; et le suc cellulaire l'est aussi par les excreta du centrosome, de 1a, vésicule archoplasmique, des granules, des filaments et des organites accidentels quels qu’ils soient (*).

Enfin, il faut répondre d’avance à une objection qui pourrait se présenter à l’esprit du lecteur.

On semble faire appel à une disposition providentielle en disant que la membrane laisse passer de préférence les substances utiles aux parties contenues dans sa cavité. Mais ce n'est là qu'une forme de langage. La membrane n’a pas été fabriquée en vue d'une fonction. Elle est ce qu’elle est, et fait ce qu’elle peut, en raison de sa constitution physico-chimique. Les membranes sont dues sans doute à la condensation d’une couche superficielle sur upe masse en suspension dans un liquide qui ne la dissout pas, mais qui exerce sur elle une action physico-chimique particulière. Ainsi constituées, elles déterminent nécessairement certains phénomènes osmotiques. Si le triage osmotique est tel que les substances convenables passent et que les nuisibles soient arrêtées, la cellule ou, si l’on veut, le cytode continue à vivre, sinon il est condamné. L’histoire phylogénétique des premiers êtres ou des éléments de nos tissus contient peut-être beaucoup d’essais avortés dus à cette cause. Ceux-là seuls parmi les éléments primitifs ont été conservés et peuvent être observés aujourd’hui qui, de par leur constitution initiale et les conditions ambiantes, se sont d’emblée constitués sous une forme compatible avec la vie et la reproduction. Il en a été de même lorsque, dans le cytode, s’est constitué le noyau et quand, dans le cytoplasme ou le noyau, se sont différenciés les organes de la cellule.

Ici comme partout, la sélection naturelle, en ne laissant vivre que ce i qui est apte à vivre, donne l’illusion du providentiel.

(*) .l’estime aujourd’hui qu’à ce tableau de la nutrition il manque un élément essentiel.

Le propres, des recherches tend à montrer que les ferments solubles sont beaucoup plus répiind rpi’on ne croyait. Outre ceux, bien connus, qui concourent à la digestion, on en a trouvé dans les tissus et les liquides les plus divers et il n’est peut-être pas exagéré de penser qu’il peut y en avoir partout, et que peut-être dans tous ces actes d’assimilation progressive, des ferments spécifiques nombreux et variés jouent un rôle essentiel. La question se pose même de savoir si ces ferments concourent seulement au résultat avec les membranes osmotiques, spécifiques comme eux, ou s’ils ne sont pas suffisants à eux seuls pour le produire, sans le secours d’une action spécifique de ces dernières.

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