VI. LA DIVISION CELLULAIRE
La division cellulaire, qui semblait simple tant que l’on ne connaissait que sa forme directe, a paru se compliquer à tel point par la découverte des phénomènes si singuliers et si multiples de la caryocinèse que Ton a à peu près renoncé à l’expliquer. Mais, en allant au fond des choses, on voit que ce n’est là qu’une apparence.
La division indirecte comprend deux séries de phénomènes bien distinctes. Les uns consistent dans la division des microsomes nucléiniens qui se traduit par la division longitudinale des chromosomes, dans celle du centrosome et enfin dans celle du corps cellulaire. Les autres comprennent tous les mouvements singuliers des diverses parties pour arriver à prendre leurs positions définitives dans les cellules-tilles. Personne n’est en état pour le moment d’expliquer ces derniers dans le détail. Mais on entrevoit la direction générale des explications que fourniront peut-être des études plus approfondies. Il y a là des phénomènes d’attraction et de répulsion physique du même ordre que ceux auxquels Berthold (86) attribue avec raison la disposition régulière des organites dans le corps de la cellule au repos. Il s’y joint sans doute des déplacements chimiotactiques et, peut-être , de la part des filaments du fuseau des phénomènes de contraction de même nature que ceux dont les pseudopodes fournissent des exemples. Cela ne constitue en somme rien de nouveau, rien qui ne nous soit connu sous une forme plus dispersée dans les autres fonctions de la cellule.
Mais ce qu’il faut remarquer, c’est que ces phénomènes sont accessoires au point de vue de la division cellulaire. Ce qui est essentiel en elle c’est la division du centrosome, des microsomes nucléiniens et du corps cellulaire. Or celle-ci appartient à la division directe [.
Ce qui est essentiel dans la division indirecte , c'est la division directe et cette dernière seule est à expliquer.
Mais, par contre, cette dernière est beaucoup moins facile à comprendre qu’elle ne parait. Elle ne se laisse pas aisément réduire à un phénomène purement mécanique, ayant pour cause la distension d’une vésicule sphérique dont la partie centrale s’accroîtrait plus vite que l’enveloppe, car
1 II en est de même des leucites et peut- Tout ce qui se divise dans la cellule être des vacuoles. se divise directement.
LA DIVISION CELLULAIRE
on voit parfois plusieurs divisions successives se produire, avec diminution de volume progressive et sans que l’accroissement nutritif ait pu manifester ses effets.
Il faut l’accepter comme un fait que l’on ne peut encore expliquer par des hypothèses ayant quelque chance d’être justes.
Si la cause même de la division nous échappe, nous pouvons du moins nous former une opinion vraisemblable sur ses résultats.
La manière dont s’accomplit la caryocinèse montre, à l’évidence, que les deux noyaux-filles sont rigoureusement identiques. Toutes les particularités si singulières de ce phénomène semblent n’avoir d’autre but que . d’assurer cetle identité.
C’est donc faire une hypothèse gratuite, invraisemblable, contraire aux données de l’observation, que d’admettre un partage inégal des éléments protoplasmiques du noyau (*).
Par contre, dans le cytoplasme il en est tout autrement.
L’observation banale et journalière nous montre les différences les plus grandes dans les deux masses cytoplasmatiques qui forment le corps des cellules-filles. La segmentation inégale, si commune dans les œufs, en est un des exemples les mieux connus. Cette inégalité se comprend d’ailleurs fort bien, car la division des parties intérieures qui précède celle de la cellule, déplace des masses de substance, modifie la situation desforcesmoléculaires qui émanent d’elles et opère ainsi une redistribution nouvelle de toutes les parties. Les Ph énomènes qui préparent la division déterminent un nouvel état d’équilibre des parties intérieures et les deux moitiés, en se séparant, pourront ainsi recevoir des parties autrement combinées et autrement distribuées dans l’une que dans l’autre, et que dans la cellule-mère.
Il résulte de là que la différenciation cellulaire qui accompagne la division est d’origine cytoplasmique et non nucléaire. C’est par leur cytoplasma que deux cellules-filles issues d’une même cellule-mère diffèrent d’abord et, s’il s’établit des différences dans leurs noyaux, ce ne pourra être que consécutivement aux différences cytoplasmiques, et comme un effet de celles-ci (**).
C’estprécisément l’inverse de ce qu’ont affirmé Strasburger, Weismann,
O .J’ai montré que cette opinion est trop absolue et qu’il y a de bonnes raisons de croire que la division longitudinale des chromosomes n’est pas incompatible avec une différence qualitative des deux moitiés. (Voir la note de lap. 7 S *2 . )
(**) Même observation que ci-dessus.
LA THÉORIE DES CAUSES ACTUELLES
0. Hertwig, Boveri, et tous ceux qui ont attribué au noyau un rôle directeur.
D’ailleurs, il n’y a là que des possibilités et non des nécessités, en sorte que trois cas pourront se présenter : 1° les deux cellules-filles sont identiques entre elles, c’est la division homogène ; 2° elles sont différentes l’une de l’autre par leurs cytoplasmas seulement, c’est la division hétérogène ; 3° les différences cytoplasmiques entraînent consécutivement des différences nucléaires, c’est un degré plus avancé de différenciation, mais il n’accompagne jamais la division.