C. RÈGLES GÉNÉRALES DE LA RÉGÉNÉRATION
Quelques auteurs ont cherché à résumer les faits principaux de la régénération dans quelques propositions générales qu'ils ont décorées du nom de lois 2. Mais peu d’entre elles ont assez de généralité pour mériter vraiment ce nom.
1 Pour les rapports de la régénération avec la tératogénèse, voir p. 192. note.
2 Voici les principales de ces prétendues lois.
La régénération pathologique (accidentelle) n’est qu’une régénération physiologique exaltée par la blessure (Roux). — Elle se rencontre dans toutes les classes du règne animal (Barfurtii) ; dans toutes les sortes de tissu (Fraisse) ; à tous les stades du développement (Barfurtii). Elle se fait suivant les processus histogéniques du développement normal (Roux) ; aux dépens des tissus (et feuillets) similaires et par le moyen d’éléments à caractère embryonnaire (Fraisse); par des divisions d’abord amitosiques puis mitosiques (Arnold) ; par des divisions exclusivement mitosiques (Barfurtii). — La régénération dans les glandes a pour point de départ l’épithélium des tubes vecteurs ( Richert [94]). — Elle reproduit les évolutions qui se seraient produites normalement à ce stade (Barfurtii) ; elle engendre les tissus comme dans le développement normal, c’est-à-dire en commençant par les plus simples; cet ordre
est le suivant : épiderme, moelle, corde dorsale et tissu squelettogène, tissu conjonctif, peau et capillaires, muscles striés, système nerveux périphérique (Barfurtii). — La régénération est d'autant plus facile que l’individu est plus près de l'état unicellulaire, soit phylogénétiquement (c'est-à-dire plus inférieur et voisin des protozoaires), soit ontogénétiquement (c’est-à-dire plus près de l’état d’œuf) (Barfurtii). — - Il n’est pas de tissu, qui dans quelque animal, ne soit capable de se régénérer (Fraisse).
Ribbert (94) a trouvé que la faculté régénératrice était inversement proportionnelle à celle d'hypertrophie compensatrice. Cela veut dire que, lorsqu’on enlève un organe qui n’est pas seul de son espèce, il a d’autant moins de tendance à se régénérer que les organes similaires restants ont plus de pouvoir pour rétablir la fonction. Ainsi quand on enlève un testicule ou un rein, l’organe symétrique s’hypertrophie facilement: aussi la régénération est-elle nulle. Si on n’enlève qu’une partie d’un rein, il se régénère quelques tubes seulement. Au contraire,
LES FAITS
Ces lois, rappelées dans les notes ci-jointes, ont un intérêt secondaire * et en outre ne sont ni rigoureusement vraies ni absolument démontrées. Nous avons fait connaître pour chacune d’elles les faits qui les infirment. Tout ce que l’on peut dire c’est qu’elles existent à l’état de tendances. La régénération tend à reproduire un organe identique à celui qui a été enlevé, mais n’y arrive pas toujours (queue du lézard,, Tubularia à deux têtes) ; elle tend à reproduire chaque tissu par le tissu similaire ou tout au moins par des tissus de même origine blastodermique, mais parfois fait appel à d’autres tissus (bouches du lombric, ligaments de la salamandre) (*). En un mot, elle fait ce qu’elle peut, comme elle le peut, avec ce qu'elle peut. Elle n’est ni une répétition de l’ontogénèse, ni l’effet d’une force spéciale déposée dans certains éléments pour faire face à des besoins accidentels; elle n’est qu’une manifestation des forces d’accroissement de l’organisme qui, n’étant plus contenues par la présence des organes complets, déploient leur énergie suivant les conditions qu’elles rencontrent en chaque point, à chaque moment (**).
quand on enlève une portion d’une glande salivaire , l’hypertrophie compensatrice est nulle mais la régénération est très active.
Il résulte de mes observations que la
faculté régénératrice est, dans une certaine mesure inversement, proportionnelle à la faculté de se greffer. Mais il existe des exceptions.
(*) La prétendue loi de parallélisme de la régénération avec l'ontogénèse a été fortement ébranlée par les observations ultérieures. Le cristallin, d’origine embryonnaire ectodermique, se régénère chez le triton aux dépens de l’iris mésodermique : le fait a été constaté par Wolff (95 : I, 258; 96 : II, 214), par Muller (96 : II, 214) et par Fischel (98 ; IV , 236 . Dans la régénération de la tête du lombric, tout se reforme aux dépens d’éléments d’origine ectodermique d’après Hepke et Michel (96 : II, 215); chez Tubifex d’après Haase (98 : IV, 229) et chez Allolobophora , d’après IIescheler ( ib . , 228) le stomodæum se reformerait de l’endoderme. Mais Wagner (97 : II, 212) le trouve chez les oligochètes régénéré par rectoderme. Chez Balanoglossus, le cœlome de la trompe, endodermique chez la larve, se régénère chez l’adulte sans participation de ce feuillet, d’appès Spengel (96 : 11,207). Par contre, Quénü et Branca (99 : V, 189) voient, dans la régénération de l’épithélium après l’opération de l’anus artificiel, PendodermË et l’ectoderme former chacun leur part, celui-ci pavimenteux, celui-là cylindrique, sans transition. Contre l’hétéromorpliose intervient dans bien des cas une régulation secondaire qui rétablit la condition normale. Les effets sont constatés par Rand (99 : V, 184) chez l’hydre, par Lillie (ib., 185) chez les planaires, par Peebles (ib., 190) qui a vu, chez un hydraire, deux têtes provenant de régénération se fusionner peu à peu en une tète unique.
Il a été question aussi d’un parallèlisme de régénération et de la phylogénèse, mais les faits cités à son appui sont peu significatifs (Verner [96 : II, 217]).
(**) Rievel (96 : II, 217) est d’avis que les organes tendent à se régénérer par la voie la plus rapide, sans souci de répéter l’ontogénèse, et IIargitt (97 : III, 213) admet qu’elle tend moins à reproduire les parties manquantes qu’à rétablir un état d’équilibre conciliable avec la reprise des fonctions. Ainsi, une méduse dont on a enlevé un secteur, fût-il de 180°, se reconstitue d'emblée en un individu entier, en rapprochant et soudant les deux plaies opposées.