‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 56 sur 300 · CONJUGAISON · texte numérisé non relu

CONJUGAISON

les deux gamètes soiit identiques et l’on ne peut dire que l’un soit mâle, et l’autre femelle. Dans la seconde, l’un des deux est plus ou moins assi- * milable à un élément femelle, l'autre à un élément mâle:

Isogamie. — L’isogamie pure est assez rare. Les gamètes identiques peuvent avoir deux formes. Tantôt ils sont l’un et l’autre des cellules ordinaires grosses, immobiles, en tout semblables à leurs voisines qui ne se conjuguent pas. Cela s'observe chez les Zygogonium , les Closterium et quelques autres algues, et, parmi les animaux, chez divers sporozoaires. Tantôt les gamètes sont des zoospores qui ne diffèrent en rien, pour l’aspect et la constitution apparente, des zoospores stériles de la reproduction asexuelle. Les Acetabularia , Bothrydium , Ulothrix et autres algues inférieures en fournissent des exemples.

Cette isogamie pure a un grand intérêt théorique. Elle nous montre ([lie la fusion de deux protoplasmas, d’où- est dérivée la reproduction sexuelle, n’est, dans sa condition primitive, qu’un accroissement brusque et considérable des substances- de la cellule. La plupart des auteurs admettent entre les gamètes isogames une différence invisible. Ils vont au delà des résultats de l’observation, et sans nécessité, car on peut très bien concevoir qu'une augmentation forte et brusqué des substances de la cellule suffise à accroître son énergie vitale comme fait, avec plus de modération, l’assimilation des aliments b

Hétérogamie. — Dans l’hétérogamie la différence entre les deux gamètes peut offrir divers degrés. 11 y en a trois principaux.

Dans le premier, les deux gamètes ne se distinguent en rien à l'origine, mais la manière dont ils se comportent montre en eux une dif-

férence. Chez les Spirogyra, très \ .gamètes d’aspect identique et confor l’un reste immobile dans sa loge et

1 Les Zygogonium sont des algues; ce sont, comme les Spirogyra , des filaments formés d’une seule file de cellules. Deux cellules voisines, de deux filaments parallèles, envoient l'une vers l'autre un petit diverticule. Les deux diverticules se joignent et s’ouvrent l'un dans l’autre au point de contact, mettant ainsi les deux cellules

misms des Zygogonium , des deux més comme des cellules ordinaires, 1 autre quitte la sienne pour passer

en communication. Celles-ci se détachent alors de leur membrane de cellulose, se portent l'une vers l'autre et se rencontrent dans le couloir de communication où elles se fusionnent, les protoplasmas d'abord, Iqs noyaux ensuite. Les Closterium , les grégarinessont unieellulairesetsefusionnent sous une membrane commune (*).

(*) Chez les Grégarincs il y a conjugaison (Cuénot [00]; véritable fécondation (Léger [01 ).

THÉORIES DF, I.’hÉRÉDITÉ.

Siedlesky [01]) et mémo

parfois

LES FAITS

dans celle du premier; il y a là uo faible indice de sexualité, l’un se rapprochant de l’œuf par son inertie, l'autre du spermatozoïde par sa mobilité. Il semble y avoir quelque chose de semblable chez certains foraminifères. Chez les Ectocarpus, Giraudia et quelques autres algues phœosporées , les deux gamètes ont l’aspect de zoospores et sont d’abord également mobiles, mais bientôt l’un s’arrête et se fixe, tandis que l’autre reste mobile et vient se souder à lui b

Dans un second cas, les gamètes sont distincts dès l’origine, mais par leur taille seulement. Ils sont tous deux immobiles et en forme de cellules ordinaires, comme chez les Dictyotes, ou tous deux mobiles et en forme de zoospores, l’une grosse, macrospore , l’autre petite, microspore, comme chez les Zanardinia qui sont des algues phœosporées et chez divers radiolaires parmi les animaux2.

Enfin, le plus haut degré de l’hétérogamie est atteint lorsque les deux gamètes diffèrent à la fois par la taille et par la conformation. Ce n’est déjà plus de la conjugaison et on pourrait tout aussi bien décrire ces cas

1 Chez les Spirogyra on voit en général les cellules successives de deux filaments parallèles se conjuguer ainsi toutes ensemble; et presque toujours, toutes celles d’un même filament sont mâles ou femelles. Les premières se vident dans les secondes. Mais parfois un filament se ploie et les cellules d’une de ses moitiés se conjuguent avec celles de l’autre. Cela semble indiquer que les différences de constitution entre les cellules mâles et les femelles ne sont pas absolues mais relatives, de même qu’un corps peut être électro-positif par rapport à un autre et électro-négatif par rapport à un troisième.

Chez les foraminifères, le phénomène est mal connu et son interprétation n’est pas certaine. On voit souvent deux individus d’aspect identique s’accoler, mais ils se séparent ensuite sans paraître avoir rien échangé de leur substance.

Chez les Arcella on a vu pendant ce rapprochement le contenu de l’un des deux individus passer tout entier dans la loge de l’autre et laisser la sienne vide.

Chez les Ectocarpus, Giraudia , Scytosi- /thon , l’une des zoospores se caractérise comme femelle par le fait qu’elle se fixe

par un de ses deux flagellums et rétracte l’autre dans son corps protoplasmique.

2 La figure ci-dessous (fig. 10), dont les éléments sont empruntés à Reinke, montre la conjugaison des Zanardinia.

Chez les radiolaires, on n’est pas très bien fixé sur la signification relative des

Fig. 10. — Conjugaisons des Zanardinia, d’après Reinke.

a. L’oosphère. — b. L’anthérozoïde. — c. Conjugaison des deux cellules. — d. Produit de la conjugaison.

diverses spores que l’on voit se former. Brandt pense qu’il y en a qui sont de vraies zoospores asexuelles (spores à cristaux) et d’autres qui sont des gamètes, de deux tailles différentes (macrospores et microspores). Mais on ne connaît pas leur évolution ultérieure.

CONJUGAISON NUCLÉAIRE .

comme appartenant à la génération sexuelle. Cela serait (Taillant plus légitime que cette conjugaison a deux formes qui sont calquées, Tune sur la reproduction sexuelle des animaux supérieurs, l’autre sur celle desplantes phanérogames. Chez les Fucus } les Volvox , il y a un véritable œuf, gros, sphérique, immobile, et des zoospores mâles qui ne diffèrent des spermatozoïdes que par le nom; et chez les Peronospora et quelques autres champignons voisins, l’œuf ayant le même aspect, le gamète mâle a la forme d’une petite cellule qui se soude à l’œuf et lui instille son contenu protoplasmique comme un grain de pollen avec son boyau pollinique (*).

I>. Conjugaison nucléaire.

Cette' sorte de conjugaison ne diminue pas le nombre des individus comme faisait la précédente, mais elle ne L’augmente pas non plus et elle est, comme celle-ci, la condition nécessaire de leur multiplication par division. Ici, la chose a même été démontrée rigoureusement pour les infusoires par Maupas (88). Les infusoires mis dans l’impossibilité de retremper leur énergie vitale dans la conjugaison tombent en sénescence et meurent fatalement, incapables de continuer à se diviser (**). Cette forme appartient â T isogamie pure et ne se rencontre que chez les animaux. On Ta observée chez les noctiluques et chez beaucoup d’infusoires. Deux individus identiques se rapprochent, se soudent par leurs membranes, un orifice se perce par où des courants s’établissent entre les cytoplasmas, puis les noyaux se divisent dans chaque individu séparément, l’un des deux demi-noyaux de chacun d’eux passe dans le conjoint et s’unit au demi-noyau resté en place pour former le noyau mixte définitif. Les deux conjoints se séparent alors et bientôt recommencent à se diviser avec une nouvelle ardeur (***).

] La conjugaison des infusoires est sur- Maupas (89). Le schéma d’autre part

tout bien connue depuis les travaux de (fig. 11) aidera à en comprendre la des-

O 11 y a li(‘u do distinguer avec Hartog (95; I, 699), de la conjugaison nécessaire où, ce qui est le cas ordinaire, les gamètes ne peuvent fructifier sans s’être fusionnés, une conjugaison façiiltalive , dans laquelle les gamètes peuvent fructifier isolément comme les spores asexuées, comme c’est le cas pour les spores moyennes et petites d ’Ulolhrix. C’est un degré inférieur de le. sexualité, se révélant encore dans le fait que le caractère nulle ou femelle des gamètes peut n’être que relatif, telle spore pouvant jouer, selon le cas, le rôle de mâle ou celui de femelle. C’est ainsi que, chez Pctndorina, il y a des spores de trois tailles : petites, movennes et grosses; les petites peuvent se conjuguer aussi bien entre elles (isogamie) qu’avec les moyennes et les grosses (hétérogamie), et les moyennes, en se conjuguant avec les petites, jouent le rôle de femelle, en se conjuguant avec les grosses, clui de mâle.

(**) Voir Delagk et Hékouahd, Traité de zoologie concrète, v ol. I.

(*’*) La conjugaison nucléaire est. une conjugaison partielle ; mais la conjugaison par

LES FAITS

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