Chapitre VI. — LE SEXE ET LES CARACTÈRES SEXUELS SECONDAIRES
a) Le sexe. — L’individu né d’un père et d’une mère à sexes séparés est fréquemment intermédiaire à l’un et à l’autre par ses divers caractères, mais par le sexe il ressemble exclusivement à un seul des deux. Pourquoi est-il d’un sexe plutôt que de l’autre? en d’autres termes, quelle est X origine du sexe? voilà une première question qui se pose à ce sujet. Elle se dédouble même en deux autres : 1° quelle est l’origine phylogénétique de la différence des sexes? "2° quelle est l’origine, dans chaque individu, du sexe qu’il a revêtu ? La première est entièrement théorique et sera examinée ailleurs. La seconde a reçu des explications, théoriques également pour la plupart, pour lesquelles nous renvoyons aussi aux 2e et 3e parties de cet ouvrage, nous bornant ici à exposer les quelques faits positifs sur lesquels certaines d’entre elles s'appuient.
Tous les animaux passent par une phase à? indétermination sexuelle , c’est-à-dire que l’on ne peut déterminer leur sexe qu’à un stade relativement avancé de l’ontogénèse. Les cellules germinales sont depuis longtemps reconnaissables comme telles, avant que l’on puisse dire si elles seront mâles ou femelles. Mais, chez un grand nombre, cette indétermination n’est qu’apparente, et il semble que la détermination du sexe soit très précoce et peut-être contemporaine de la conception, car le nombre relatif des individus des deux sexes reste fixe pour l’espèce, quelles que soient les conditions auxquelles on soumette l’embryon en voie de développement. Dans ces cas il est évident que l’œuf est prédestiné, soit
O On a longtemps considéré les larves comme représentant un stade phylogénétique. On tend plutôt aujourd’hui à voir en elles un effet d’adaptations séparées de deux stades de l’évolution à des conditions de vie différentes : voir Lameere (99 : V, 230).
avant, soit à la suite de la fécondation, à donner naissance à un mâle ou à une femelle l.
Dans d’autres cas, au contraire, la proportion des sexes varie selon les conditions auxquelles l'œuf est soumis, et alors il est bien certain que l’œuf n’a pas un sexe prédéterminé.
Au premier rang de ces conditions est la fécondation, le sexe variant selon que l’œuf est ou non fécondé, dans les cas où il peut se développer parthénogénétiquement. On sait que l’œuf non fécondé donne le plus souvent des femelles : chez les pucerons, les daphnies, les artémies et les formes affines. 11 pourrait sembler naturel que l’être qui n’a pas de père ne puisse avoir que le sexe du seul parent qui l’ait engendré. Mais la chose est moins simple que cela, car ces mêmes femelles parthénogénétiques donnent des mâles à un moment donné. Chez les abeilles, l’œuf non fécondé produit toujours un mâle qui a ainsi le sexe du parent qui n’a pas contribué à l’engendrer.
Une autre cause importante est l’abondance de la nourriture. Von Siebold (56) a montré que Ja guêpe Nematus ventricosus , dont les œufs, fécondés ou non, peuvent produire des femelles ou des mâles, engendre plus de femelles quand la nourriture est abondante. Treat (73) a observé un fait analogue chez les papillons, dont les chenilles se développent en papillons mâles ou femelles selon qu’elles ont été soumises au jeune ou largement alimentées. Les femelles parthénogénétiques des pucerons engendrent des mâles quand l’hiver approche et on peut retarder presque indéfiniment la formation des mâles en tenant les animaux en serre et les alimentant avec soin. Born (80) et Ylng (82) en donnant aux têtards une nourriture artificielle, généralement plus abondante et plus riche que celle qu’ils trouvent dans leurs mares, obtiennent de 78 à 95 % de femelles, tandis que la proportion normale varie 54 à 61 %. Maupas (91) est arrivé à faire produire à de pelifs rôti fer es, les Hydatina , à volonté soit des mâles, soit des femelles, en élevant ou abaissant la température. Enfin, en ce qui concerne les plantes, Hoffmann (85) a pu conclure de ses remarquables expériences de semis que les mâles sont des êtres réduits, incomplètement développés,
1 L’existence d’œufs prédestinés avant petits^, formeront des mâles, les autres,
la fécondation à donner des mâles ou pïus gros^ des femelles. Chez beaucoup des femelles est bien certaine. Chez le de rotifères, il y a deux sortes de femelles, phylloxéra la génération ailée pond deux les unes pondeuses d’œufs femelles, les sortes d'œufs très distincts dont les uns, autres pondeuses d’œufs mâles.