LES CARACTÈRES SEXUELS SECONDAIRES
qui prennent naissance quand les conditions sont défavorables 1 (*) .
Quel que soit l’intérêt de ces observations et expériences, elles ne touchent pas au fond de la question, car elles ne disent pas comment la nourriture, la température, la fécondation interviennent pour former soit un sexe, soit l’autre. Nous verrons que les suppositions ne manquent pas pour suppléer tant bien que mal les faits absents.
(2) Caractères sexuels secondaires. — Le sexe consiste essentiellement dans la nature de la cellule germinale qui est un spermatozoïde ou un œuf. Mais il est bien rare que ce caractère soit seul. Le plus souvent, il s'accompagne de différences, non seulement dans les glandes génitales, et dans les appareils annexes destinés à la copulation ou à l’entretien de l’embryon ou du nouveau-né, mais aussi dans divers organes qui n’ont que des relations éloignées ou nulles avec les nécessités de la reproduction 2. Ainsi les ergots, les cornes des mâles, leur servent dans
1 Hoffmann cultive en semis tantôt lâche, tantôt serré, des plantes dioïques et compte les mâles et les femelles obtenus. La nutrition a été large dans le premier cas, restreinte dans le second. Pour de rares plantes, telles que le Cannabis saliva , cette condition est sans influence et Hoffmann en conclut que le sexe est sans doute déterminé dans la graine.
Mais d’ordinaire ( Lychnis , Mercurialis, Rumex, Spinacia) il naît beaucoup plus
de mâles en semis serré; et il ne s’agit pas là d’une faible différence, mais d’une variation du simple au double ou au triple dans la proportion (283/76 de plus en moyenne).
2 Les éponges sont peut-être les seuls animaux chez lesquels les sexes ne se distinguent par rien autre chose que la nature de l’élément sexuel. Chez les échinodermes, les acéphales dioïques, les annélides, etc., mâles et femelles sont aussi
(*) L’influence de l’abondance de la nourriture sur la détermination du sexe femelle et de la première alimentation sur celle du sexe mâle a été maintes lois confirmée : Keriieryé (95: I, 289), Brocadei.lo (97 : 111, 230), Molliard (98 : III, 231), Nussbaum (97 : III, 229) qui montre que la prétendue influence de la température observée chez les hydatines par Maubas est due à ce qu’à température élevée .les euglènes dont se nourrissent les hydatines sont plus abondantes, et surtout par Marchal qui montre : (96 : 11,236) que les guêpes ouvrières, privées de reine, n’ayant plus de couvain à nourrir, se nourrissent plus abondamment et deviennent elles-mêmes sexuées, (97 : 111, 232) qu’inversement la nécessité de nourrir le couvain empêche le développement des organes génitaux des ouvrières et les rend neutres (castration nulriliale), enfin (97 : IV, 261) que, chez les cécydomies, la pénurie alimentaire produit des mâles, mais seulement à la génération suivante. A citer aussi Weelher (96 : II, 235) qui explique la protérandrie dont Cuénot (98 : IV, 262) donne un nouvel exemple chez les Aslerina gibbosa de la Manche par le fait que, pendant la croissance, l’utilisation des aliments par les tissus met les cellules germinales en état de pénurie alimentaire. Par contre, Cuénot (97 : III, 231; 99,00 : V, 212), dans de nombreux groupes, et Maupas (00: V, 217), chez les nématodes, constatent l’absence d’influence de l’alimentation. Blavet (96 : II, 233), Gemmil (96 : II, 231), IIii.debrand (96 : II, 235) obtiennent ou observent une action inverse à celle qui est généralement admise. Sur l’influence des autres agents, voir : Ki.ebs (96 : II, 229) pour la température et la pression, Poisson, IIeim et Souche (96 : II, 232) pour l’àgc de la graine, Molijard (98 : IV, 261) pour la température. Pour une étude générale de la question, voir Coiin (98 : IV, 257).
LES FAITS
leurs combats; mais à quoi servent à 1 homme sa barbe, au lion sa crinière, au triton mâle sa crête dorsale? On a cherché à expliquer ces caractères sexuels secondaires par leur utilité esthétique ou autre, mais c’est là une autre question. Ce qui importe pour le moment, c’est de savoir pourquoi, non dans l’espèce, mais dans l’individu en particulier, ces caractères se montrent quand la cellule germinale devient spermatozoïde et restent absents si elle devient œuf. Le goût des femelles et l’avantage dans le combat n'ont rien à voir à cela.
Cette question nous conduit à une des plus importantes de la biologie générale, celle de la corrélation. Quand une partie se développe dans un certain sens, une autre se développe corrélativement d’une certaine manière, et si la première se fût développée d’une autre façon, autre
aussi eût été le développement de la
presque identiques, mais il y a déjà des glandes d’aspect différent. Chez presque tous, les différences s’étendent au moins aux conduits vecteurs et aux organes de copulation : tels sont la plupart des crustacés, des gastéropodes, céphalopodes, et beaucoup de vers (cestodes, planaires, trématodes, nématodes, ténia, etc.). Très généralement, elles s’étendent à des organes annexes, destinés, chez les mâles, à la rétention des femelles, chez les femelles, à la ponte (armures génitales des insectes, pinces, tarières, oviscaptes) ou à la défense (aiguillons des abeilles), à l’alimentation des jeunes (mamelles), ou à leur protection (poche ventrale des marsupiaux). Enfin, chez un très grand nombre d’animaux, il existe des caractères qui n'ont, qu'une relation éloignée ou nulle, au moins en apparence, avec la reproduction. Ce sont les vrais caractères sexuels secondaires; mandibules énormes de certains coléoptères mâles, plumage des oiseaux mâles (paon, coq, faisan), barbe de l’homme, etc., etc., etc. Dans certains cas, qui seront étudiés ailleurs à propos du dimorphisme, le mâle est si différent de la femelle qu’il semble appartenir à une autre espèce, souvent même à un autre genre ou même une autre classe du règne animal. Tels sont
seconde; et cependant il n’y a ailles mâles de beaucoup d’animaux parasites ( Entoniscus , Sacculina, Scalpellum) ou non parasites ( Bonellia , nombreux rotifères, etc.).
Sans parler de ces cas extrêmes, et si l’on veut aller au fond des choses, on reconnaîtra que, dans les cas moyens, presque tous les caractères sont affectés par le sexe, à un degré si faible que cela n'attire point l’attention mais peut être reconnu à un examen attentif. Si l’on prend l’homme et la femme, par exemple, qui sont les êtres que nous connaissons le mieux, on voit qu’il n’est guère de partie qui ne soit quelque peu différente chez les deux sexes. Cela se remarque surtout si l’on compare, comme le propose Weismann (92), les jumeaux identiques. Si ces jumeaux sont de même sexe, il est très difficile de les distinguer; s’ils sont frère et sœur, tout diffère en eux : la taille, les proportions des membres, la largeur du tronc en ses différents points, la grosseur des articulations, la finesse delà peau, l’abondance et la répartition du tissu adipeux, la voix, le regard, les goûts, instincts, habitudes. Je ne doute pas que si nous connaissions de la même manière les menus caractères des organes internes, nous ne trouvions en eux des différences de même valeur.