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LE PLASMA GERMINATIF

Tous les êtres qui émettent des éléments reproducteurs (spores asexuées ou produits sexuels) meurent tôt ou tard, après s’être perpétués par le moyen de ces éléments. Le fait est si général que la mort est considérée par beaucoup de gens comme la conséquence inévitable de la vie. Gela n’est pas, cependant. Il y a des êtres qui ne meurent pas, et il est forcé qu’il en soit ainsi : ce sont ceux qui n’ont pas d'éléments reproducteurs dis-

et l’absence ou la caducité des dents.

Guignard (93) cite le cas d’une femme dont le tronc se couvrait de poils à chaque grossesse et redevenait glabre après l’accouchement.

Évidemment il n'y a pas là toujours des relations directes de cause à effet : ce sont souvent des effets concomitants d’une cause plus lointaine, mais cela ne supprime pas le fait d’une dépendance dont la cause est à trouver.

Le cas suivant observé par Scholtz (92) est peut-être plus curieux encore.

On sait que le pavot courbe sa tête en apparence sous le poids du bourgeon ou de la fleur. On serait d’autant plus tenté de le croire que, si on coupe l’un ou l’au-

tre, le pédoncule se redresse. En réalité c’est une rotation active dont la condition déterminante réside dans les ovules. En effet, si on coupe la fleur et qu’on la rattache au pédoncule, celui-ci se relève, bien que chargé du même poids, et peut même relever un poids trois fois plus lourd. Si on enlève successivement toutes les parties de la fleur, le pédoncule reste courbé, malgré l’allègement, mais si on enlève les ovules, il se redresse aussitôt. J'ai vérifié cette expérience avec les Fuchsia; les résultats ont été concordants mais beaucoup moins accusés.

Les faits de dichogénie (Voir p. 304 et suiv.) pourraient prendre place ici.

(*) L’influence des sécrétions internes sur la corrélation physiologique est mise en évidence par de nombreux faits.

On en trouvera un certain nombre au chapitre XIV des volumes de l’Année Biologique. Citons-en ici un seulement des plus remarquables. C’est celui relatif à cette mamelle de lapin greffée par Ribbert (Voir p, 113, note) à l’oreille du même animal et qui donna du lait à la parturition, en l’absence de toute relation nerveuse. — Non moins important est le rôle de certaines substances, arsenic, iode, pénétrant dans l’organisme par la voie de l’alimentation et s’éliminant par des émonctoires inattendus : poils, lait, menstrues, fœtus. Par là s’expliquent, ainsi qu’il résulte des recherches de Gautier (00 : V, 242), certaines relations entre les poils et le sexe, l’état de grossesse, etc.

MORT ET PLASMA GERMINATIF

tincts de leur propre corps, qui se reproduisent par la totalité de leur substance, en se divisant en deux parties égales qui se complètent après la séparation. Il n’y a pas de distinction entre partie reproductrice et partie reproduite; si Tune mourait, l’autre mourrait aussi et l’espèce s’éteindrait. Tous les êtres unicellulaires sont dans ce cas, protozoaires et protophytes. Aussi, l’infusoire (c’est lui d’ordinaire que l’on prend pour exemple) ne meurt pas, il est immortel : mais non de cette immortalité idéale des dieux de la Mythologie, comme dit Weismann (84), qui sont immortels parce qu’aucune blessure ne peut les détruire. Il est très fragile au contraire et il en meurt à chaque instant des millions, mais il n’est pas fatalement voué à la destruction par impossibilité de continuer à vivre. Il meurt d’accident souvent, de vieillesse jamais. C’est là un fait positif sur lequel on a épilogué tant et plus, mais en vain.

Maupas (88) a démontré ce fait très intéressant que l’infusoire ne peut se diviser indéfiniment. Après un nombre de divisions variant, selon les espèces, de une à quelques centaines, il montre des traces évidentes d’affaiblissement général, de sénilité, et il meurt s’il ne trouve pas un autre individu dans un état semblable au sien pour se conjuguer avec lui b Mais c’est un pur accident, comme le voyageur du désert meurt s’il ne trouve pas à temps une source. Est-il mortel pour cela? Non, dit Weismann (91), car s’il rencontre cet autre individu, il se conjugue avec lui, échange avec lui une fraction de noyau et se sépare, prêt à recommencer une nouvelle série de divisions agames. Pendant la conjugaison, il n’a pas cessé de se mouvoir, par conséquent de vivre, il n’est donc pas mort et peut recommencer ainsi indéfiniment sans jamais mourir. Il est donc bien immortel. L’homme au contraire (et tous les pluricellulaires) vieillit comme l’infusoire, s’affaiblit, mais il n’y a pour lui aucune possibilité de retrouver la jeunesse et d’éviter la mort. Il est donc mortel.

D’autres ont cherché dans les phénomènes normaux de la vie des infusoires l’équivalent delà mort des métazoaires. Spencer (93) voit cet équivalent dans la conjugaison. Cette assimilation ne peut être discutée que sur le terrain de la métaphysique; elle n’a aucune valeur. Spencer ne

1 Si 1 infusoire ne trouve pas à se conjuguer, les organes reproducteurs s'atrophient d’abord, puis les autres; la taille diminue de plus en plus et l’individu fiait par périr. Maupas part de là pour s’inscrire en faux contre l’opinion de

Minot que la mort consiste essentiellement, pour les cellules, dans la diminution puis la disparition de la faculté de division. D’après lui, toutes les facultés déchoient ensemble dans la cellule quand elle approche de la fin de la vie.

LES FAITS

trouve rien à répondre quand Weismann lui demande où est le cadavre h

Gotte (83) distingue, dans la mort des métazoaires, deux choses, la mort de l’individu et celle de ses éléments anatomiques, et trouve que celle-ci n’existe pas, en effet, chez les infusoires, mais que la première a son équivalent dans Y enkyslement. C’est encore un abus d’interprétation. L’infusoire a l’air mort, en effet, tant qu’il reste informe et immobile sous l’épaisse paroi de son kyste, mais peut-on dire qu’il le soit vraiment lorsqu’on le voit au bout de quelque temps rompre ce kyste et reprendre sa vie accoutumée, sans laisser, ici non plus, comme cadavre, la moindre parcelle de son protoplasme? C’est peut-être une mort psychologique , comme serait celle d’un homme qui sortirait d’une longue catalepsie ayant perdu toute mémoire du passé, mais ce n’est pas une mort physiologique comme celle du métazoaire devenu vieux.

Ainsi il est établi que l’infusoire ne meurt pas.

Pour ce qui est du métazoaire, il n’y a pas à nier qu’il soit mortel, mais on peut se demander si la mort est pour lui une nécessité résultant de la structure même de son protoplasma ou si elle n’est qu’un accident physiologique résultant de ce que les cellules du corps ne sont pas agencées entre elles de manière à continuer à vivre. Spencer (93) a émis l’opinion qu’il n’v a aucune différence constitutive essentielle entre les cellules du corps et celles des produits sexuels et que celles-là, comme celles-ci, pourraient vivre indéfiniment si ou les mettait dans des conditions convenables. Il cite l’exemple des pucerons, dont les générations agamis se continuent pendant si longtemps, et des Eloclea , dont les masses immenses proviennent de la multiplication asexuelle d’un seul individu : il pourrait y ajouter les pommes de terre qui se reproduisent par bouture depuis leur découverte. Il est certain qu’il y a, surtout dans ces dernières, un tel exemple de longévité des cellules somatiques, que l’on peut se demander si l’on a le droit de dire que cette longévité a une limite infranchissable.

En tout cas, son corps fut-il mortel, le métazoaire ne meurt pas tout

1 Gardiner (91) est du même avis et déclare que les seuls protozoaires immortels sont ceux qui n’ont pas de conjugaison, et il cite les bactéries. Or les bactéries sont précisément moins immortelles que les autres, car, lorsqu’elles se reproduisent par spores, elles ne laissent pour les perpétuer qu'une partie très minime

de leur substance et le reste est détruit.

Mais il ne résulte pas de là qu’elles soient fatalement mortelles, car elles ne forment des spores que dans des conditions déterminées, et il n’est pas démontré qu’elles ne puissent se reproduire indéfiniment par simple division.

MORT ET PLASMA GERMINATIF

entier. L’homme laisse des enfants qui sont une partie de sa substance et il continue à vivre en eux. Il ne s’agit pas ici de métaphore mais d’un fait anatomique. L’œuf fécondé est fait tout entier de la substance des parents; or l'enfant n’est que l’œuf grandi et développé. Et, bien qu’en grandissant il ait multiplié des milliers de fois sa substance, il n’a cependant pas pour cela cessé d’être la continuation de ses parents, comme le montre sa ressemblance avec eux, en dépit des conditions de vie différente qu’il a pu rencontrer. En réalité donc, le métazoaire 11e meurt qu’en partie : il se divise en deux parts, l’une qui meurt, l’autre qui continue à vivre et cela indéfiniment. Il y a en lui deux choses, l’une mortelle, le corps, le somct, l’autre immortelle, les cellules germinales, que l’on pourrait appeler dans leur ensemble le germen . Ce germen est immortel, exactement à la manière des infusoires. Comme eux, et bien plus qu’eux, il est fragile; combien d’œufs et surtout de spermatozoïdes meurent ainsi tous les jours. Mais il est pour eux, comme pour les infusoires, une possibilité de continuer à vivre s’ils remplissent la condition nécessaire, qui est de se rencontrer et de se fusionner dans la fécondation.

Quelle est l’origine de cette différence entre le soma et le germen ?

Les anatomistes l’ont depuis longtemps saisie et interprétée d’une façon très acceptable. II. Milne Edwards (63) et, après lui, Kôllikër (86), Huxley et d’autres pensent simplement que le plasma de l’œuf, étant non différencié, est capable, comme il le prouve d’ailleurs, de reproduire l’être entier; qu’en se divisant il fournit deux sortes de cellules, les unes semblables à lui et restant telles, ne se différenciant pas et restant par là capables de reproduire encore l’organisme, les autres qui, d’abord semblables, se différencient peu à peu en cellules de divers tissus et perdent par là le pouvoir de produire autre chose que le tissu dont elles ont pris le caractère.

L’objection à cela est qu’on ne voit pas dans l’ontogénèse les cellules delà lignée ascendante des germinales garder l’aspect de l’œuf; souvent elles subissent une faible différenciation, au moins apparente, en cellules épithéliales.

Aujourd’hui une opinion différente tend à prévaloir.

On admet que les cellules germinales sont faites d’un plasma d’une nature spéciale, immortel par essence, et contenant en puissance l’organisme entier, c’est le plasma germinatif \ et que les cellules du corps sont faites d’un autre plasma mortel, moins noble et moins complet, le

LES FAITS

plasma somatique . Plasma veut dire ici substance vivante, essentielle, sans préciser si elle appartient au cytoplasme ou au noyau.

Nous aurons à discuter ailleurs les théories de la constitution et de la nature du plasma germinatif. Mais, pour le moment, nous pouvons accepter le plasma germinatif comme un fait indéniable, en le définissant : cette partie de la substance des parents qui ne meurt pas avec eux et se perpétue dans leurs enfants. De cette définition même résulte la continuité du plasma germinatif ) qui est moins une théorie qu’une manière d’envisager la filiation des substances dans la génération. Elle consiste à considérer, non pas, comme on fait d’ordinaire, l’individu engendrant l’œuf, qui devient un individu qui engendre un nouvel œuf, et ainsi de suite (Diagramme A) ; mais l’œuf se dédoublant en un corps et

o œuf

+ imago

o œuf | j

h imago

0 oeuf j

Germen 1 o

Germen 2o

Germen 3 0

Germen 4 o

Soma 1

j- Soma 2

Soma 3

Germen 3 0 + Soma 4

un œuf, celui-là mourant, celui-ci se dédoublant en un nouvel œuf et un nouveau corps, et ainsi de suite (Diagramme B) l. C’est Jager (78) qui, le premier, en a eu l’idée et l’a nettement exprimée2; puisNussBAUM (80) l’a développée et enfin Weismann (85) s’en est fait le champion et l a tant creusée, modifiée, adaptée, qu’il l’a faite sienne en quelque sorte2.

1 Thompson assure que la première idée du plasma germinatif appartient à Owen.

2 La différence entre Nussbaum (80) et Weismann (85), dans leur conception de la continuité du plasma germinatif, c’est que, d'après Nussbaum, la séparation des éléments germinatifs a toujours lieu sous forme de cellules spéciales, les cellules sexuelles, et avant toute différenciation ontogénétique. Les cellules sexuelles sont en quelque sorte prélevées, avant

le début du travail embryogénique, sur la masse segmentée dont le reste sert à former l’embryon. Elles proviennent de divisions homogènes de l’oeuf, tandis que le plasma somatique, identique au début au plasma germinatif, détrujt dès l’abord cette identité en se différenciant par des divisions hétérogènes.

Weismann, au contraire, admet qu’il en est ainsi chez quelques animaux (diptères, daphnides), mais que, chez la majorité,

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