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CARACTÈRES INNÉS

D’une manière générale, les caractères innés sont transmissibles . Il est facile de le prouver par des exemples pour chaque sorte en particulier.

a. Caractères anatomiques.

C’est un fait d’observation banale que les particularités anatomiques des parents peuvent passer aux descendants, bataille, la couleur du poil et des yeux, les traits d’où résulte la physionomie, même des particularités minimes et très localisées comme des mèches de cheveux blancs, des nœvus, etc., etc., se montrent très souvent héréditaires. Il est à peine utile

1 Nous proposons cette appellation de caractères innés à la place de celle de caractères congénitaux , habituellement employée : congénital ne saurait, en effet, s’opposer à acquis. Nombre de caractères congénitaux sont acquis. En voici un exemple entre beaucoup d’autres. Lorsqu’un enfant naît avec la petite tare connue sous le nom de pied plat, cela tient, souvent sinon toujours, à ce que les eaux de l’amnios étant peu abondantes, ses

pieds, pendant leur formation, ont appuyé sur le fond de' la matrice.

On distingue souvent ces caractères innés et acquis sous les noms de blastogènes et somatogènes. Ces désignations expriment admirablement leur différence mais elles ont le tort de préjuger de leur origine. Elles indiquent que les premiers résident dans le plasma germinatif , les seconds dans le plasma somatique.

TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES PSYCHOLOGIQUES

de citer des exemples de faits aussi connus. Les caractères anatomiques sont transmissibles 1 (*).

b. Caractères physiologiques.

Tout le monde sait aussi que les particularités physiologiques sont fréquemment héréditaires . La tendance à l’obésité est un vice de certaines familles. La longévité, le timbre de la voix, les tics les plus singuliers, la gaucherie , etc., etc., se retrouvent souvent chez les enfants 2.

1 Certains caractères cependant ne sont presque point héréditaires. Ainsi le frêne pleureur ne donne le plus souvent par graine que des frênes à rameaux dressés. La raison de ce fait est d’autant plus obscure que dans d’autres arbres, comme le chêne, la même particularité est parfaitement transmise.

Nous ne nous étendrons pas longuement sur les exemples d hérédité. 11 nous suffira d’en citer quelques-uns des plus caractéristiques. Qui voudra de longues listes de faits les trouvera dans les ouvrages de Lucas (47 et 50), Roth (85), DÉjefune (80), Ribot (93), Sanson (93), etc. Pour ce qui est des caractères anatomiques, faut-il citer encore le nez des Bourbon et la lèvre des Habsbourg? Chacun sait (pie ce ne sont pas là des faits exceptionnels et qu'il n’est pas de trait de ressemblance qui ne puisse exister entre l’enfant et ses parents.

D’après Galton (89), la taille serait héréditaire de la manière suivante : la taille du produit est la moyenne arithmétique entre celle du père, celle de la mère et la taille moyenne de la race. Mais dans ces calculs, il faut substituer à la taille des femelles, généralement plus petites, ce qu’il appelle la taille corrigée , c’est-àdire celle d’un mâle de même développement. Chez l’homme cette correction

consiste à ajouter à celle de la femme autant de pouces qu’elle a de pieds. C’est une majoration de 1/12.

2 Par gaucherie il faut entendre ici la particularité d’être gaucher. L’imitation ne peut être toujours invoquée pour expliquer la transmission comme le prouve le cas cité à la fin de la note de la page 215.

Darwin (80) cite le cas d’une personne qui tenait de son père l’habitude de lever le bras pendant son sommeil et de le laisser retomber pesamment sur son nez au point de le meurtrir. Lucas (47-50) cite des familles où la calvitie précoce est héréditaire. J’ai remarqué moi-même que beaucoup de filles commencent à être réglées au même âge que leur mère. L'époque précoce ou tardive de la ménopause est aussi héréditaire. La gemmiparité l’est également. Martin (80) mentionne le cas, observé par Osiander, d’une femme qui fit onze couches trigémellaires et qui elle-même était née d’un accouchement trigémellaire et avait 38 frères ou sœurs.

L’hérédité de ces caractères n’est pas exclusive à la femme, car le Dr Martin cite aussi le cas d’un de ses amis qui était jumeau avec son frère, dont la mère avait fait en outre deux jumelles, et qui lui-même engendra deux jumeaux (**).

Les exemples d’hérédité de la longévité

(*) D’après Driesch, chez les oursins, la femelle seule communiquerait sa couleur au produit. [Cela se comprend si le pigment du descendant provient directement du pigment de l'œuf].

(“) Des cas semblables sont cités par von Marchthum (97 : 111, 451). L’hérédité de la tendance fenmllipare est démontrée par Cory (95 : I, 468) et par Màcphall (ibid.).

THÉORIES DE L’HÉRÉDITÉ

LES FAITS

c. Caractères psychologiques.

L'hérédité des goûts, habitudes, tendances, formes du caractère, n'est pas moins certaine. La vertu, le vice, la bonté, la méchanceté, la colère, la luxure, l’orgueil, la dissimulation, la franchise, l’avarice, l’ambition, le goût des choses sérieuses ou frivoles, l’intelligence, le talent, les aptitudes artistiques, etc., etc., sont l’apanage de certaines familles. Le fait brutal n’est contesté par personne. Mais la question n’en est pas moins très délicate, car il est souvent difficile de faire les parts de l’éducation et délimitation dans le résultat. 11 est certain que tous ces caractères peuvent avoir été communiqués dans le jeune âge par les conseils ou par l’exemple. La même objection s’adresse à certains caractères qui sont sur les confins de la physiologie et de la psychologie, tels que les tics, le genre d’écriture, etc. On tique et l’on dirige sa plume autant par son cerveau que par sa moelle ou ses muscles.

Aussi les cas dans lesquels l’enfant qui manifeste une ressemblance héréditaire de ce genre, a été élevé loin de ses parents sont-ils particulièrement instructifs. Malheureusement ils sont très rares. Darwin (74) en cite un irréprochable. Une petite fille née de parents anglais ressemblait étonnamment à un grand-père français quelle n'avait jamais vu. Dès l’âge de 16 mois, elle prit l’habitude de hausser les épaules, geste familier aux Français, mais très rare chez les Anglais, qui le considèrent comme un acte de mauvaise éducation. Sa mère et sa nourrice n’avaient sans doute jamais haussé les épaules et son père ne le faisait que très rarement. Elle avait, en outre, un tic commun avec son grand-père, tic si particulier qu’elle n’avait certainement jamais vu faire la série de gestes qui le constituaient : ce tic consistait à tourner la main en dehors et à frotter rapidement le pouce contre l’index et le médius; elle faisait ce geste, comme son grand-père, quand elle désirait impatiemment

sont innombrables et il ne faut, pas considérer la longévité comineune conséquence nécessaire de la force de la constitution. Pour un centenaire ayant conservé une certaine verdeur, on en comptera dix qui, à 80 ans, n'étaient pas plus robustes que ceux morts de vieillesse à cet âge.

La brièveté de la vie parait héréditaire comme la longévité. On cite d'ordinaire

à ce propos le cas deTurgotqui, sachant que dans sa famille on ne dépassait guère la cinquantaine, commença à 50 ans à mettre ordre à ses affaires, assurant que sa fin était proche, malgré une grande vigueur de tempérament et toutes les apparences d’une robuste santé. Il mourut, en effet, à 53 ans.

TRANSMISSIBILITE DES CARACTERES PSYCHOLOGIQUES. 211

quelque chose h D’ailleurs les traits psychologiques pourraient-ils ne pas être héréditaires quand les caractères anatomiques et physiologiques le sont ? Sont-ils autre chose que la manifestation de certaines combinaisons de structure, surtout des centres nerveux, de vascularité cérébrale, de composition du sang, de fonctionnement des viscères, etc.?

Comment l’irritabilité, la mélancolie, l’ambition folle ne seraient-elles pas héréditaires quand les maladies du foie, de l’estomac et de l’encéphale dont elles sont souvent des symptômes cliniques le sont indubitablement?

Quoi qu’il en soit de ces théories, le psychologiques sont héréditaires 2.

1 Darwin fait remarquer avec raison que son habitude de hausser les épaules ne pouvait provenir de l imitation de ce geste qu'elle avait pu voir quelquefois chez son père, car cette habitude disparut chez elle à 18 mois, âge où l’on ne reçoit et ne comprend guère des leçons de tenue. Mais ce geste n’était-il pas plutôt la manifestation d’un nervosisme pathologique? Un geste n’est guère, à cet âge, un caractère psychologique.

Eimer (88) se cite lui-même comme un exemple de l’hérédité de l’écriture. Il avait la même écriture que son père, bien qu’ayant quitté la maison paternelle trop tôt pour que cela soit dû à l’imitation.

2 On cite d’ordinaire comme exemples d’hérédité psychologique les instincts des animaux et les qualités morales (ou les vices) qui se transmettent régulièrement dans certaines familles : la vertu des Lamoignon, l’intelligence et la fougue des Mirabeau, la criminalité endémique dans certaines familles, que divers auteurs se sont plu à relever dans les annales judiciaires. Il est évident que l’exemple et l’éducation jouent là un rôle important qui laisse très obscure l’influence héréditaire. Même chose a lieu pour certains instincts. Wallace assure (pie les jeunes oiseaux s’accouplent avec des vieux qui leur enseignent la manière de faire le nid ainsi que les autres devoirs de la vie conjugale. J’ai pu constater dans mon pigeonnier que les

fait est indiscutable ; les caractères

jeunes pigeons s’accouplent beaucoup plus vite lorsqu’ils ont sous les yeux l’exemple des vieux que lorsqu’ils sont livrés à eux-mèmes. Même chose arriverait chez les mammifères où les vieux mâles forts prendraient par goût les jeunes femelles et laisseraient les vieilles aux jeunes mâles, en sorte que, dans chaque couple, toujours l’un des deux conjoints aurait l’expérience convenable.

Cela n’empêche pas que deux jeunes, privés de tout exemple, arrivent cependant à s’accoupler et à donner à leurs petits les soins nécessaires. Chacun a pu le constater. Pour d’autres instincts il n’en est pas de même, mais ceux-là sont de purs réflexes, comme l’acte de téter, et sont légués avec les structures organiques qui les commandent.

C’est une notion vulgaire que les maladies du foie engendrent la tristesse, que les gens constipés sont souvent irritables. La forme d’orgueil et d’ambition appelée délire des grandeurs précède la paralysie générale et est engendrée par la périencéphalite diffuse ; et les accès alternatifs de confiance dans l’avenir et de profond découragement sont un symptôme de cette maladie. La neurasthénie s’accompagne de symptômes analogues et souvent c’est la dilatation stomacale qui l’engendre par l’intermédiaire des toxines fabriquées dans l’estomac et que le foie ne suffit pas à détruire. L’ambition des ambitieux bien portants, l’irritabilité des

LES FAITS

«1. Caractères pathologiques.

Les caractères pathologiques sont héréditaires . Ce n’est pas à dire que toutes les maladies se transmettent : une gastrite, une néphrite, survenant accidentellement, ne passent pas aux descendants; mais c’est encore ici un fait banal que les diathèses se transmettent dans les familles : F arthritisme, l'hémophilie, la syphilis, la tuberculose, la scrofule, et aussi les affections nerveuses de tout ordre, depuis le nervosisme léger jusqu’à la démence, la manie aiguë, l’impulsion au suicide ou au crime1. Mais une analyse attentive des formes et des modes de cette transmission, éclairée à la lumière de la microbiologie, montre que les maladies ne se transmettent pas comme des entités indépendantes. Deux choses seulement se transmettent : les dispositions anatomiques déterminant à elles seules la maladie ou favorisant son développement, et les microbes des maladies infectieuses. La plupart des transmissions de diathèses ont été réduites positivement à ces deux éléments et on peut affirmer d’avance que toutes le seront. Comme termes extrêmes, nous citerons d’un côté les maladies mentales, de l’autre la syphilis, les premières purement anatomiques ou physiologiques, la seconde purement microbique, et entre les deux, la tuberculose qui tient

gens dont les digestions sont irréprochables, la tendance à voir tout en mal ou tout en bien, pour ne pas être accompagnées de symptômes cliniques, n'en sont pas moins le résultat de la constitution physicochimique des organes et des tissus.

Cependant Weismann (90s) a été amené, par des raisons théoriques, à nier l'hérédité du talent artistique. Il ne songerait pas à le faire si ce caractère psychologique pouvait résider dans son plasma germinatif. Mais il n'y peut résider, selon ui, parce qu’il n’aurait pu y être introduit ou du moins porté à un haut degré que par la sélection. Or la sélection ne s’exerce pas sur des qualités intellectuelles de cet ordre parce qu’un homme ne meurt pas de faim faute d’être grand peintre ou grand musicien. 11 admet dès lors que ce qui s’hérite dans les familles d’artistes ce sont seulement les qualités géné-

rales de l'esprit, l’imagination et la sensibilité, sans lesquelles on ne serait être artiste, et que tout le reste est acquis, chaque fois à nouveau et au complet. Mais toute l’argumentation de l’auteur démontre tout au plus que le talent musical peut ne pas être héréditaire, ce qui n’est pas suffisant pour autoriser à faire une exception pour ce genre de caractères. Nous aurons à revenir sur cette discussion (Voir p. 235, note).

1 L’hérédité des maladies nerveuses a été mise hors de doute par les grands médecins du milieu de ce siècle, surtout Morel (87) et Moreau de Tours (59).

Ici encore nous nous bornerons à renvoyer aux ouvrages de ces auteurs et à ceux de Lucas (47, 50), Déjerine (86), Ribot (93), Sanson (93) où l’on trouvera une série interminable d’exemples parfaitement démonstratifs.

TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES PATHOLOGIQUES

de celle-ci et de celles-là. Dans les maladies mentales, ce qui se transmet c’est une disposition ou une constitution des éléments nerveux, ou une excitabilité spéciale qui dépend elle-même de l’un des deux éléments précédents. Les conditions ambiantes ont une influence secondaire à titre de causes occasionnelles. La syphilis, au contraire, est une maladie certainement infectieuse et presque certainement microbique. Son microbe n’a pas été vu, sans doute parce qu’il est trop petit, et c’est cette petitesse qui lui permet de trouver asile dans l’ovule et même dans le spermatozoïde. On a des observations absolument positives de syphilis héréditaire v/ venant du père sans contagion de la mère (*). La maladie est transmise effectivement et directement plus encore que dans le cas précédent, car les conditions ambiantes n’ont aucune action sur le résultat. D’une manière analogue s’explique la transmission par la mère au foetus, de l’immunité vaccinale. On a quelques exemples très probants. Pour la tuberculose, le cas est différent. Son microbe ne pourrait trouver place dans une tête de spermatozoïde, aussi sa transmission, au moins par le père, n’est-clle démontrée par aucun fait positif et il est presque certain qu’elle n’a pas lieu.

Mais ce qui se transmet, c’est l’étroitesse d’épaules, la faiblesse constitutionnelle, la qualité chimique des plasmas et humeurs qui les rendent moins résistants aux attaques du microbe, en sorte que le fils de tuberculeux a toutes chances d’être victime des causes de contagion qu’il est presque impossible d’éviter. Ces chances sont en outre doublées pour lui lorsqu’il est élevé dans sa famille.

Toutes les maladies jadis appelées diathésiques ou générales, entrent dans l’une ou l’autre de ces catégories; l’asthme, la maladie calculeuse du foie ou des voies urinaires appartiennent sans doute à la première et V hémophilie , sûrement 1 ; le rhumatisme appartient peut-être à la seconde; et très grand est le nombre de celles qui appartiennent à la troisième, car on sait que, dès la naissance, la réceptivité pour les maladies infectieuses varie beaucoup suivant les familles 2.

‘ L'hémophilie ou tendance aux hémorragies incoercibles est une affection, chose singulière, spéciale au sexe masculin. On l’aurait cependant observée quelquefois chez la femme. Elle est due

soit à un vice de structure des parois vasculaires. soit à un vice de constitution du sang, soit peut-être à l’un et à l’autre.

2 Nous pourrions parler ici de la scrofule, mais elle tend à disparaître du cadre

O M. Régnault me l'ait remarquer que la mère est dans ce cas syphilisée, car l'inoculation reste chez elle sans résultat et on a vu, ultérieurement, se montrer chez elle des accidents secondaires ou tertiaires d’emblée. Mais rien ne dit que la mère n’a pas été contagionnée par l’enfant.

LES FAITS

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On voit tout de suite qu’il y a une différence capitale entre ces deux sortes de transmissibilité. Pour les maladies du premier type, c’est-àdire les maladies vraiment constitutionnelles, c’est la substance héréditaire elle-même qui est vicieuse; pour celles du second, c'est-à-dire les maladies infectieuses, le vice n’est pas dans la substance elle-même, mais à côté d’elle, et les produits sexuels servent seulement de véhicule à un parasite capable d’engendrer plus tard une maladie générale (*).

e. Caractères lératologiciues.

Comme tous les précédents, les caractères tératologiques sont héréditaires. Les annales de la médecine fourmillent d’exemples de polydactylie (doigts surnuméraires), de syndactylie (doigts soudés généralement en deux masses de manière à simuler une pince de homard ), cl’ectromélie (portions de membre absentes), etc., etc. h La condition pour qu’ils soient sûrement transmissibles, c’est qu’ils appartiennent vraiment à cette catégorie, c’est-à-dire qu’il s’agisse de monstruosités (ou plutôt éé hémité rie s) vraiment innées et non simplement congénitales, comme il peut s’en trouver, soit par traumatisme intra-utérin, soit par arrêt de développement causé par une condition extérieure 2.

nosologique, scindée en deux parts dont l’une va grossir le nombre des affections syphilitiques et l’autre celui des maladies tuberculeuses.

1 Voici un des cas les plus remarquables de cette catégorie. Martin (80) le cite comme relaté dans les Archives générales de médecine. Il se serait passé à la fin du siècle dernier. Les habitants du village d’Eycaux s’unissaient toujours entre eux depuis un temps très reculé, et ils présentaient presque tous, hommes et femmes, un 6e doigt aux pieds et aux mains. Mais peu à peu les alliances s’étendirent aux villages voisins et la difformité finit par disparaître. — Ceux qui croient aux effets pernicieux de la con-

sanguinité pourraient chercher là un exemple à l’appui de leur opinion. Mais il est plus probable qu’il n’y a là qu’un fait de persistance d’hémitérie dans un milieu non renouvelé par le croisement.

Les hémitéries ne sont cependant pas toujours héréditaires sous leur forme exacte. Féré (94) cite de nombreux exemples de particularités tératologiques chez les fils de personnes atteintes d’hémitéries toutes différentes, comme si c’était simplement la tendance à la malformation qui fût héréditaire. Cette observation plaide contre l’idée de la représentation des caractères par des particules spéciales dans le plasma germinatif.

2 Ainsi 1 epied plat congénital est, comme

{*) Chakrin (00 : V, 337) trouve dans les toxines formées par suite delà maladie la cause des tares anatomiques observées chez les produits de mères malades. 11 fait intervenir là une action hypothétique de ces toxines sur les gemmules et plastidules, bien inutilement puisqu'il n’y a pas ressemblance entre la maladie de la mère et la tare du produit. C’est ici qu’il convient de placer, depuis qu’on sait ses rapports avec la sécrétion interne de l’hypophyse, l’acromégalie, dont la transmissibilité est mentionnée par Schwoner (97 : III, 458).

TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES LATENTS

D’ailleurs, si l’on veut bien y réfléchir, on verra que toute cette démonstration était à peu près inutile. Les caractères innés sont, par définition, ceux qui existaient en puissance dans l’ovule fécondé qui a produit le parent; ils ont donc été transmis au parent par ses parents à lui. S’ils ont été transmis c’est qu’ils étaient transmissibles, et s’ils ont été transmissibles, une première fois pourquoi ne le seraient-ils pas une seconde?

Les caractères tératologiques, et tous ceux dus à la variation brusque, proche parente de la tératologie, sont héréditaires en totalité ou pas du tout. On ne voit guère le fds présenter une fraction seulement de la particularité du père. Ces variations se transmettent irrégulièrement pendant quelques générations, puis disparaissent. brusquement.

f. Caractères latents.

Un individu peut-il transmettre des caractères qu’il n’a pas lui-même mais qui existaient chez lui à l'état latent? Plusieurs faits prouvent que cela est possible et même très habituel. Le taureau peut transmettre aux génisses qu’il engendre les qualités de bonnes laitières des vaches de sa race. Il en est de même de tous les autres caractères sexuels. Lucas (50) cite une femme qui, appartenant à une famille d’hypospades, transmit cette infirmité à ses fils. D’autre part, il est fréquent de voir des enfants ressemblera quelque ancêtre par des caractères que ses propres parents n’avaient pas. Cette petite Anglaise citée par Darwin (74) (p. 210) tenait son tic de son grand-père par son père qui lui-même n’en était pas atteint. Donc les caractères latents sont héréditaires

nous l’avons expliqué (p. 208, note, à la tin), une déformation acquise et. à ce titre, généralement non transmissible comme on le verra plus loin. Mais il pourrait être héréditaire d’une manière détournée, par l’intermédiaire de la tendance à produire un amnios trop étroit.

Par une exception bizarre et fort rare, la surdi-mutité qui est un vice de conformation, et se rapproche à ce titre des hémitéries autant que des maladies, n’est presque point héréditaire. A l’institut des sourds-muets de Londres, sur 148 enfants, pas un n'avait eu üe parents sourdsmuets. En Irlande, sur 203 parents sourds-muets, un seul eut un enfant sourd-

muet et, sur quarante-sept couples où les deux époux étaient sourds-muets à la fois, deux seulement eurent un enfant atteint de la même infirmité.

1 Comme exemples de transmission de caractères latents, on peut citer les maladies spéciales a un sexe et qui sont transmises cependant par le sexe opposé.

Ainsi l'hémophilie est presque spéciale à l’homme; le daltonisme est infiniment plus fréquent chez l'homme que chez la femme. Cependant la fille d’un hémophile ou d’un daltonien transmet à ses fils la tare de leur grand-père. Il en est de même pour la goutte si rare chez les femmes.

En voici un autre cas plus frappant

LES FAITS

g. Transmissibilité du sexe.

La transmissibilité des caractères latents prouve que Ton ne saurait affirmer que l’enfant tienne son sexe du parent de même sexe que lui, car, si chaque parent peut transmettre des caractères sexuels secondaires qu’il n’a pas, pourquoi ne transmettrait-il pas aussi le caractère primaire, c’est-à-dire le sexe qui n’est pas le sien? Lucas cite une femme qui transmet à ses fils le vice hypospadiaque de son père : pourquoi ne leur pourrait-elle transmettre la conformation génitale de celui-ci? Les rudiments des organes génitaux sont identiques jusqu’à un moment assez avancé de l’ontogénèse dans les deux sexes; leur différenciation est déterminée par le choix d’une tendance évolutive entre deux possibilités. Pourquoi chaque sexe ne pourrait-il transmettre Lune et l’autre comme il transmet les autres caractères de ses ascendants de sexe opposé? Dans les cas de parthénogénèse, il est certain qu’il en est ainsi pour tous les produits mâles. Quand une abeille pond des œufs non fécondés d’où sortent des mâles, elle transmet bien un sexe qui n’est pas le sien. Même dans certains cas de génération amphimixique, le sexe n’est pas transmissible; ce qui est transmis est alors un état neutre que les conditions ambiantes façonneront en un sexe ou en l’autre, selon la direction de leur influence, comme le prouvent les expériences où on détermine par l’alimentation ou la température (Voir p. 182) le sexe du produit.

Nous avons la preuve formelle que, même lorsque le sexe du produit est déterminé d’avance dans l’élément sexuel, il n’est pas pour cela héréditaire, en ce sens que l’œuf n’est pas prédestiné à donner des femelles et le spermatozoïde des mâles, le sexe du produit résultant d’une lutte entre ces deux tendances opposées; or c’est cela qu’il faudrait pour que le sexe fût héréditaire, pour que tout garçon tint son sexe de son père et toute tille lésion de sa mère. Nous avons vu que les œufs parthénogénétiques donnent tantôt des mâles, tantôt des femelles, tantôt l’un ou l’autre selon les conditions. Il existe des espèces de rotifères où il y a deux sortes de

encore. Il est donné par Lucas. Un gaucher a des enfants gauchers et un droitier; celui-ci se marie avec une droitière et a des enfants tous gauchers. L’un d’eux se montre même gaucher dès le

berceau, ce qui élimine toute idée d’imitation, dans le cas où le grand-père gaucher aurait vécu avec la famille de son fils droitier, ce qui n’est pas mentionné.

TRANSMISSIBILITÉ DES CARACTÈRES ACQUIS

femelles, les unes sont pondeuses de femelles, les autres pondeuses de mâles. Il existe donc des œufs prédestinés à former des mâles, indépendamment de toute condition ambiante.

En résumé : le sexe n’est pas héréditaire (*).

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