SUBSTANCES INTRODUITES DANS L’ORGANISME
Dans les unions croisées, les nègres, les Chinois, les Juifs montrent d’ordinaire une force héréditaire plus grande que leurs conjoints 1 (*).
En appendice à la question de la transmissibilité des caractères, nous devons examiner les faits relatifs à quelques questions qui s'y rattachent et qui sont en outre intimement unies entre elles. D’abord, l’état passager dans lequel peuvent se trouver les parents au moment de la conception, ou la mère pendant la grossesse, peut-il avoir quelque influence sur le produit? Secondement, les substances introduites dans leur organisme peuvent-elles réagir sur le produit? Enfin, que sont ces faits, paraissant dépendre d’une influence mystérieuse de l’élément fécondateur, que l’on désigne sous les noms de télégonie et de xénie ?
(). INFLUENCE HÉRÉDITAIRE DES SUBSTANCES INTRODUITES DANS L’ORGANISME DES PARENTS.
Personne ne conteste que certaines substances nocives, introduites dans l’organisme, n’influencent le produit dans ses caractères anatomiques et physiologiques ou psychologiques. Le fait est démontré surtout pour l’alcool. Les alcooliques engendrent une plus grande proportion d’enfants monstrueux ou hémitériques que les gens sains, et les expériences de Féré (93) montrent qu’il ne s’agit pas là de simples coïncidences, car les œufs de poule incubés dans des vapeurs d’alcool donnent aussi une forte proportion d’hémitéries et d’arrêts de développement.
L’est là d’ailleurs de la tératogénèse et non de l’hérédité, car il n’y a aucune ressemblance entre la modification acquise par le parent et celle héritée par le produit. Mais il n’en est pas de même pour les afleccions nerveuses ou mentales.
Les enfants d'alcooliques sont souvent des dégénérés, des idiots, des maniaques ou des épileptiques; ils sont relativement inféconds. Or l'abus de l'alcool conduit le parent parfois à la manie ou à l’épilepsie, à l’impuissance, et produit, en tout cas, chez lui une déchéance intellectuelle et
1 D’après Verner (79), la force héréditaire d’un individu dépendrait de son degré d’adaptation avec les conditions de vie et de la manière dont ses carac-
tères s’accommodent avec ceux du conjoint. J'ai peine à trouver là l’explication du nez bourbonien.
(*) D’après Vernon (98 : IV, 415), chez l’oursin, la force héréditaire serait plus grande chez la femelle que chez le mâle.
LES FAITS
génitale profonde. Il y a assez de ressemblance entre les états du parent et de l’enfant pour que l’on puisse appeler cela de l’hérédité, surtout si l’on admet la notion des transformations d’hérédité démontrée par tant d’autres exemples (Voir p.243). En tout cas, il y a un fait indéniable : c’est le même système que frappe l’alcool chez le parent et chez l’enfant, et cependant il n’y a pas plus de système nerveux dans la cellule germinale pour fixer les effets de l’alcool qu’il n’y a de queue pour recevoir les effets de l’amputation de cet appendice. Des faits semblables sont démontrés pour la morphine et la cocaïne. Cela nous autorise à conclure que : des systèmes, des tissus, des organes même , peuvent être spécialement influencés dans la cellule germinale , bien gu’ ils ne soient, représentés en elle par aucun rudiment déterminé visible.
Les substances fabriquées par les microbes exercent une influence analogue. Les études de Bouchard et surtout de Charria (94) ont démontré que l’immunité conférée par les substances vaccinantes sécrétées par les microbes survit longtemps à l’élimination complète de ces substances. On sait, d’autre part, que cette immunité acquise est parfois héréditaire. Or l’immunité, qu’elle s’exerce par phagocytose, par un état bactéricide des humeurs ou par une résistance du plasma cellulaire aux atteintes des toxines, se traduit toujours par une qualité physicochimique du protoplasma. Il faut donc que la modification physicochimique nécessaire ait été produite sur l’élément sexuel et qu elle ait été susceptible de se maintenir malgré la différenciafion cellulaire et l’accroissement colossal que subit la substance de l’œuf fécondé pendant l’ontogénèse 1 (*).
Il semble qu’il y ait une ditférence considérable entre ces cas et ceux d’hérédité vraie, car l’hérédité ici ne se maintient pas longtemps et le plasma germinatif semble empoisonné ou médicamenté, plutôt que modifié et placé dans un nouvel état d’équilibre où il puisse se maintenir seul. Mais d’abord il y a quelque chose de plus qu’un simple empoisonnement ou qu’une action médicamenteuse, car le spermatozoïde de l’acoolique ou du vacciné ne contient plus trace d’alcool ou de substance immunisante, ou ce qu’il en contient se perd absolument dans l’accroissement
1 Ici pourraient prendre place tous les que lorsque greffon et porte-greffe sont de faits d’influence du greffon par le sujet. races différentes, nous les examinerons à Mais comme ces faits ne se manifestent propos du croisement (p. 277 et suiv.).
(*) Voir ici Charrin et Gley (95 : I, 479; 96 : II, 453) et De.moor (86 : II, 452).