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CHAPITRE VIII

l’hérédité et le caractère national.

Nous venons de courir à travers l’histoire, err notant . quelques cas importants d’hérédité mentale, dans des familles d’artistes, de savants, de littérateurs, d’hommes de guerre, ou d’hommes d’Etat. Les considérations de cette nature sont si étrangères à la plupart des historiens, que leurs ouvrages ne sont qu’un médiocre secours pour les étudier. Peu soucieux des détails, a indignes de la majesté de l’histoire, » ils ont négligé le petit fait précis, trivial, mais qui en apprend plus long sur un caractère que dix pages de phrases vagues. Les biographies et les mémoires enseignent mieux, tout en négligeant beaucoup les données physiologiques. Peut-être, un jour, cette façon d’écrire l’histoire sera-t-elle moins dédaignée et moins rare, quand on aura compris que les infiniment petits jouent, dans l’évolution de l’humanité, le même rôle latent et incessant que dans l’évolution de la nature ; et alors l’histoire, sans négliger l’étude des grands faits et de leur enchaînement, ce qui est son but, offrira au psychologue des renseignements nombreux et précis. En l’absence de pareils travaux qui nécessiteraient des

l’hérédité et le caractère national. loi

recherches longues , minutieuses , et souvent infructueuses, nous n’avons pu montrer ici que d’une façon bien grossière le rôle de l’hérédité dans l’histoire, comme loi physiologique et psychologique. On a dû se borner à la constater ; car nous sommes incapables de dire, autrement que d’une manière vague, dans quelle mesure telle qualité a été transmise d’une génération à l’autre, si elle a varié, et pourquoi elle a varié.

Il s’agit maintenant de l’influence de l’hérédité, non plus sur les individus, mais sur les masses. Nous allons voir comment elle transmet et fixe certains caractères ' psychologiques, dans un peuple comme dans une famille.

On s’habitue de nos jours à considérer l’État comme un organisme. M. Herbert Spencer a meme montré que ce rapprochement est vrai de tout point ; qu’il y a dans la nature une série hiérarchique des organismes parallèle à la série hiérarchique des États ; l’une, allant du protozaire à l'homme ; l’autre, allant des tribus sauvages d’Australie aux nations les plus civilisées de l’Europe ; et que dans l’organisme, comme dans l’État, le progrès consiste dans la division du travail, et dans la complexité croissante des fonctions. L’organisme ne subsiste que par une assimilation et une désassimilation continuelle de molécules ; l’État, par une acquisition et une déperdition continuelle d’individus. Mais au milieu de ce tourbillon incessant qui constitue leur vie, il reste un je ne sais quoi fixe qui est'la base de leur unité et de leur identité. Chez un peuple, cette somme de caractères psychiques qui se retrouvent dans toute son histoire, dans toutes ses institutions, à toutes les époques, s’appelle le caractère national.

Le caractère national est l’explication dernière, la seule vraie, des vices et des vertus d’un peuple, de sa bonne

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et de sa mauvaise fortune. Cette vérité si simple est à peine reconnue, en France du moins. Les succès elles revers d’un peuple ne dépendent pas de la forme de son gouvernement ; ils sont l’effet de ses institutions. Les institutions sont l’effet de ses mœurs et de scs croyances religieuses. Ses mœurs et ses croyances religieuses sont l’effet de son caractère. Si tel peuple est actif, tel autre indolent, si l’un a une religion intérieure et morale, l’autre une religion extérieure et qui s’adresse aux sens, il faut en chercher la cause dans leur manière habituelle de penser et de sentir, c’est-à-dire dans leur caractère. Le caractère, à son tour, est-il un effet ? On n’en peut guère douter. Il est extrêmement probable que tout caractère, individuel ou national, est le résultat très-compliqué des lois physiologiques et psychologiques. Mais la science des caractères est si p’eu avancée, qu’on ne peut rien hasarder sur les causes de leur formation et que l’on doit considérer provisoirement le caractère, comme une cause irréductible. Ceci posé, examinons quel rôle joue l’hérédité dans la formation du caractère national.

Ordinairement, on explique l’histoire d’un peuple par ses institutions, ce qui est vrai en un sens, quoique les institutions ne soient qu’un effet. Dans l’ordre social et politique, les effets et les causes ne se présentent pas sous la forme d’une simple série comme dans l’ordre physique ; il y a plutôt entre eux une réciprocité d’action. Le caractère produit ses institutions qui, à leur tour, forment le caractère ; si bien qu’après plusieurs siècles, les deux ne font qu’un, les institutions n’étant que le caractère rendu visible et permanent. Mais il ne faut pas oublier que les institutions ne sont qu’une cause extérieure, qui est soutenue par une cause intérieure, le caractère, qui se

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transmet lui-même par hérédité. Prenez un peuple à son début (les Romains à l’époque royale, les Gaulois avant César), les grands traits de son caractère sont déjà tracés. ïl.<? résultent pi'obablement de sa constitution physique et du climat ; et comme un peuple se perpétue parle moyen de la génération ; comme c’est une loi de la nature que le semblable produise le semblable ; comme les exceptions à cette loi tendent à s’effacer à mesure qu’on examine de grandes masses et non des cas particuliers, on voit par des faits palpables comment le caractère national se conserve par l’hérédité.

Au reste, que venons-nous de faire sinon de rappelerque la transmission physique a lieu pour les individus obscurs tout comme pour les hommes illustres ? Dans les précédents chapitres, nous avons emprunté nos exemples à l’histoire, parce que seuls ils sont connus de tous. Mais chacun sait que les divers modes de l’imagination, de l’intelligence et de la sensibilité peuvent se conserver héréditairement dans les familles médiocres ou ordinaires. Chacun possède, dans son expérience personnelle, un grand nombre d’exemples à l’appui. La permanence du caractère national est le résultat, et en même temps la preuve expérimentale de l’hérédité psychologique dans les masses.

Si nous possédions quelque bonne psychologie ethnographique, nous verrions plus clairement le rôle de l’hérédité, dans la formation du caractère d’un peuple. On peut espérer qu’elle existera quelque jour ; nous n’en avons maintenant que des fragments. En France, M. Taine a rattaché à la loi de l’hérédité ses études sur la littérature, la constitution et les mœurs de l’Angleterre, considérées comme expression du caractère national ; il a

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montré combien le vieux fond germanique et Scandinave est demeuré solide, et il retrouve dans lord Byron un vrai descendant des Bersekirs. En Allemagne , Lazarus et Steinthal ont jeté les bases d’une Psychologie des peuples « qui a pour but de déterminer la nature de l’esprit d’un peuple, et de découvrir les lois qui règlent son activité interne ou spirituelle, ou idéale, dans la vie, l’art et la science'. » Même en l’absence de ces travaux scientifiques, fondés sur une critique exacte, les historiens ont fait depuis longtemps des remarques décisives sur le caractère des peuples et l’impossibilité de le transformer. Ainsi, le Français du xix* siècle est au fond le Gaulois de César. On trouve dans les Commentaires,' dans Strabon et Diodore, tous les traits essentiels de notre caractère national : l’amour des armes, le goût de tout ce qui brille, l’incroyable légèreté d’esprit, la vanité incurable , la finesse, une grande facilité à parler et à se laisser prendre par les mots. Il y a dans César des réflexions qui sembleraient dater d’hier, a Les Gaulois, dit-il, ont l’amour des révolutions (novis rebus student) ; ils se laissent, sur de faux bruits, emporter à des actions qu’ils regrettent et décident des affaires les plus importantes ; un revers les abat ; ils sont aussi prompts à entreprendre des guerres sans motif, que mous et sans énergie à l’heure des désastres *. »

' Zeitschrift fiir ViUkerpsychologieund Sprachivissenschaft. 1" Bd.

® Csasar, inflrmilatem Gallorum veritua, quod simt in coiisiliis capiendis mo- ' bilea, et novis picrumque rebus sdident, nihil bis coinmittendum cxistimavit. Est autem boc pallicæ consuetudinis uti et viatores etianu invites consistere cogant et quod quisque eorum de quaque re audierit aut cognoverit quærant etc.

(Cæsar, De Bello GaUico, IV, 5.)

Voir aussi IV, 13; Strabon, lY, i; Diodore de Sic. V ; Michelet et H. Martin, toæ. I, et les réflexions de Carlyle, French Révolution, tom. 11, liv. m, ch 2.

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Mais peut-être est-ce chez ce peuple, qui a porté successivement les noms de Grecs anciens, Byzantins, Grecs modernes, qu’il faut chercher l’exemple le plus frappant de la ténacité du caractère, a A travers tant de vicissitudes, dit Ampère, le fond du Grec n’a pas changé ; il •a les mêmes qualités et les mêmes défauts qu’autrefois. » Pouqueville a retrouvé en Morée les modèles d’Apelles et de Phidias, et, ce qui nous intéresse davantage, il a constaté la transmission des traits principaux du caractère et des habitudes : ainsi les Arcadiens mènent encore la vie pastorale, et les habitants de Sparte, leurs voisins, ont la passion des combats, l’humeur irritable et turbulente. Au moyen âge, le Byzantin a conservé tous les traits essentiels de ses ancêtres. Quand on s’enfonce, comme nous l’avons fait, dans les in-folio peu fréquentés de l’histoire du Bas-Empire, on est étonné de voir combien ce peuple, qui s’appelait Romain malgré scs traditions latines, son fonctionnarisme impérial, ses mœurs importées d’Orient (les eunuques, le souverain paré et adoré comme une idole) et son christianisme étroit, est resté Grec au fond. Il y a là une curieuse étude de psychologie historique que nous essayerons peut-être un jour. Le Byzantin a gardé du Grec, outre la langue et les traditions littéraires, une finesse qui, n’ayant plus de force pour soutien, dégénéra en ruse mesquine. L’amour du Grec pour le beau langage et les discussions brillantes devint le bavardage byzantin ; la subtilité sophistique des philosophes, la scolastique vide des théologiens; et la souplesse du Grœculus, la diplomatie perfide des empereurs. C’est le Grec de Périclès, mais desséché et à l’état sénile. ■

< Ot 'Po)(xa(oi ' c’est ainsi que les Byzantins se désigent toujours.

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Autant pourrait-on en dire de chaque peuple ; mais c’est assez pour solliciter la réflexion du lecteur sur ce sujet. En résumé, tout peuple a sa physionomie et elle résulte : 1° de certains caractères primitifs, qui pour nous sont irréductibles ; 2“ des circonstances extérieures ou des influences de milieu ; 3® de l’hérédité qui main- * tient les caractères primitifs. C’est sur ce troisième facteur, trop souvent oublié, que nous voulions appeler l’attention.

Remarquons de plus qu’entre les diverses nations, il y a des croisements et des alliances, à leur grand bien, disent les uns, à leur grand mal, disent les autres. Ce qui n’est pas douteux, du moins, c’est que les mélanges de sang doivent modifier à certains égards le caractère national, tandis qu’il a dû se conserver intact, chez ceux qui sont restés purs de tout mélange. Mais ils sont trèsrares les peuples qui ont pu, sans croisements, durer et se civiliser. Bien qu’on ait soutenu que les races supérieures sont celles qui sont restées complètement fermées (question que nous examinerons plus tard en détail), on ne voit pas comment, dans des conditions pareilles, un peuple parviendrait à cette variété et à cette complexité d’éléments, sans lesquelles toutecivilisation estimpossible. Une grande civilisation simple est une contradiction dans les termes, en sorte que notre recherche a peu de chances d’aboutir, puisqu’il a dû arriver, ou bien qu’un peuple est resté intact, mais alors s’est peu développé ; ou bien s’est développé, mais en subissant des mélanges.

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Cependant, après avoir parlé des peuples chez qui le caraetère national primitif, en lutte contre des éléments étrangers, a dû être modifié en une certaine mesure, nous voudrions en montrer quelques-uns qui soient restés fermés au moins relativement. Si la Chine était mieux connue, elle nous offrirait probablement un curieux sujet d’étude. Nous donnerons comme exemple les Juifs, les Bohémiens et les Cagots.

LES lülFS.

Le peuple juif est peut-être le seul qui ait joué un rôle dans l’histoire, tout en gardant avec un soin jaloux la pureté de sa race. Encore est-il certain qu’il n’est point sans mélange. Sous le rapport psychologique, il est bien difficile de dire jusqu’à quel point son caractère a été modifié par les doctrines persanes, après la captivité de Babylone ; par les mœurs grecques et égyptiennes, depuis Alexandre jusqu’à l’époque de Philon; et au moyen âge, par les conditions d’existence très-dures qui lui ont été faites. D’après M. Munck, «l’esprit commercial des Juifs modernes ne serait point un héritage de leurs pères, mais une suite de l’oppression qu’ils éprouvèrent et de leur exclusion de toute autre industrie. » Je crois cependant qu’on admettra généralement que, malgré quelques variations physiques etmôrales, auxquelles rien de ce qui vit ne peut échapper, le peuple juif a conservé mieux qu’aucun autre son caractère propre ; en d’autres termes, que l’action de l’hérédité se fait mieux sentir chez lui qu’ailleurs.

Cependant, quand on essaye de déterminer les carac-

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tères physiques et moraux de cette race, non par des phrases vagues et générales, mais des traits précis, on est assez embarrassé. En voici pourtant quelques-uns.

Au physique, les Juifs se font généralement remarquer par la couleur noire de leurs cheveux et de leur barbe, leurs longs cils, leurs sourcils épais, saillants et bien arqués, leurs yeux foncés grands et vifs, leur teint mat, leur nez fortement aquilin. Dans l’Est, il y a des Juifs blonds ou roux; on les désigne sous le nom de Juifs allemands. Ils semblent venir du croisement des races germaniques ou slaves avec les anciens Juifs*. Il y a aussi des Juifs noirs établis depuis un temps immémorial dans l’Inde : ils ont pris une bonne partie de la complexion des Hindous, par suite de l’influence du climat, du milieu, peut-être de croisements; mais ils conservent une ressemblance éloignée avec les Juifs d’Europe. Nott et Gliddon, après une longue étude de la question, concluent « que tous les Juifs ont des traits identiques. »

On a cru aussi pouvoir attribuer à cette race une longévité remarquable, d’après les relevés statistiques faits en France, en Algérie et en Prusse Dans les divers pays d’Europe, leur nombre s’accroît plus rapidement que celui des chrétiens. Ainsi, en Allemagne, un quart des chrétiens succombe avant 6 ans onze mois, un quart des Juifs avant 28 ans trois mois ; la moitié des chrétiens meurt avant 36 ans six mois; la moitié des Juifs dépasse 53 ans.

Au moral, la*race juive se présente dans l’histoire avec des caractères tranchés: prédominance du sentiment et de l’imagination, ce qui l'a rendue si apte aux créations

* Bulletins delà Société d'Anthrof,, I. I!. ['. .)89.

- IbùL, tom. I, p. 180.

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religieuses, poétiques et musicales. Il est inutile d’insister sur l’importance religieuse d’un peuple d’où sont sortis le judaïsme et le christianisme, et qui, seul dans l’antiquité, s’est élevé jusqu’au monothéisme. Sa valeur poétique 'n’est pas plus contestable, quoique cette race ait une poésie à elle, ardente, convulsive, coupée, exubérante d’images. Tandis qu’on ne trouve chez les Juifs que très-peu de peintres et de sculpteurs, leur aptitude pour la musique est remarquable : aucune race n’a fourni une si forte proportion de musiciens : citons seulement Meudelssohn, Halévy, Meyerbeer.

En revanche, ils ont été assez mal doués pour tout ce qui touche à la culture scientifique, a Race incomplète par sa simplicité même, elle n’a ni arts plastiques, ni science rationnelle, ni philosophie, ni vie politique, ni organisation militaire. La race sémitique n'a jamais compris la civilisation, dans le s^s que nous attachons à ce mot; on ne trouve dans son sein ni grands empires organisés ni esprit public. Les questions d’aristocratie, de démocratie, de féodalité, qui renferment tout le secret de l’histoire des peuples indo-européens, n’ont pas de sens pour les Sémites. Leur infériorité militaire tient à cette incapacité de toute discipline et de toute organisation. » (Renan.)

A ces considérations générales, joignons quelques faits plus précis. L’hérédité paraît avoir eu sur la race juive une influence fâcheuse en amenant, par suite des mariages consanguins, bon nombre d’infirmités mentales. Il y a chez eux une quantité énorme de sourds-muets. L’idiotie et l’aliénation mentale seraient aussi très-fréquentes. D’après des relevés fournis par la statistique allemande, on compte un idiot :

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