SECTION III
, DE l'iIËHËDITÉ indirecte.
L’hérédité indirecte est « la représentation des collatéraux dans la nature physique et morale du produit. » On observe souvent entre des parents fort éloignés et en dehors de la ligne directe, entre les oncles et les neveux, les nièces et les tantes, les cousins, les cousines, les arrière-neveux et même les arrière-cousins, des rapports saisissants de conformation, de figure, d’inclinations, de passions, de caractère, de monstruosité, de maladie.
Mais, tandis que les deux formes de l’hérédité étudiées jusqu’ici, l’hérédité directe et l’atavisme, ont été généralement admises, celle-ci a excité beaucoup de méfiance et rencontré beaucoup de sceptiques. Au siècle dernier, Wollaston ' dans son Ébauche de la religion naturelle, après avoir constaté qu’un enfant ressemble quelquefois plus à son oncle ou à sa tante, à son cousin ou à sa cousine, qu’à son père ou à sa mère, ajoute : « Ni l’oncle, ni le cousin, ni la cousine n’ont, par la supposition, aucune
‘ Cité (lar Lucas, 11,30.
DES LOIS DE l’hÉIIÉDITÉ, ^37
part à la génération ; donc la ressemblance ne procède pas du fait de la génération. » Dans notre siècle, l’hérédité indirecte a été plusieurs fois niée, ou révoquée en doute. Piorry, dans son Traité sur l’hérédité des maladies (iSiO), la tient pour suspecte. Baillarger, dans le travail que nous avons déjà cité, a recueilli 147 cas de maladies mentales dues à l’hérédité collatérale ; mais il a cru devoir les distraire de ses calculs « parce que l’hérédité sous cette forme indirecte, bien que probable à ses yeux pour la plupart des cas, ne lui a pas paru incontestable. »
Pour expliquer ces faits, si bien constatés qu’il est impossible.de ne pas les admettre, ces auteurs ont eu recours à diverses raisons. Les uns allèguent des influences de milieu, d’autres des causes accidentelles, d’autres n’y voient que des coïncidences fortuites. Tous s’accordent à ne voir là, en dernière analyse, qu’un effet du hasard.
Nous avons déjà vu,en parlant de l’objection de Buckle, ce que vaut une pareille explication, combien elle est peu vraisemblable et justifiable. Mais fa doctrine qui soutient l’hérédité collatérale peut donner mieux que ces raisons négatives. Pour se justifier, elle n’a qu’à faire remarquer que l’hérédité indirecte n’est qu’une forme de l’atavisme, forme plus rare, moins facile à saisir que l’atavisme direct, mais différant de lui seulement en apparence. Le neveu ressemble à son oncle, le cousin à sa cousine,parce que tous deux tiennent ce caractère d’un ancêtre commun qui l’a transmis à des générations intermédiaires, qui l’ont gardé à l’état latent. Les travaux faits sur la génération, depuis près d’un demi-siècle, la découverte des générations alternantes, ont singulièrement élargi la manière de concevoir l’hérédité, et cette transmission en ligne collatérale n’a plus rien qui nous étonne. Aussi cette forme de
238 LES LOIS
rbéré4ité, dpjà admise par Biirdach, justifiée par P. Lucas, ne rencontre plus de contradicteurs aujourd’hui. On n’y voit qu’un cas d’atavisme un peu complique ; ni plus ni mpins. Si nous en traitons ipisous un titre spécial, c’est ^jptplemept pour uq motif de clarté : au fond nous continuons l’étude de l’iiérédité en retour. Quelques faits, au reste, inpntreront l’identité de l’atavisme direct et de l’hérédité collatérale.
fc Je connais, ditM. de Quatrefages [loe. cit.), une famille dans laquelle est entrée une petUe-nièce de l’illustrp bailli de Suffren Saipt-Tropez, le derniep qui ait fait çpntre les 'Anglais Ips grandes gperres de l’Inde, avec Pyder Ali pour allié. Cette dame a eu deux fils, dont le cadet, d en juger par pn très-beau portrait, ressepiblait d’une pianière frappante à son arrière-grand-oncle ; nullement à son père ni à sa mère. Le célèbre marin pt son arripre-petit-fils ont par conséquent reproduit, à qpatre générations d’intervalle l’un de l’autre, les traits d’un ap: eptre ponanaun. Eyidemipent, c’est l’atavisme qui a agi d^ns les deux branphes, car pp ne peut inypquer ici l’hérédité directe, y
Un bpmme biep conformé avait deuîc dp spp ppeptp atteints de bec de lièvre ; il eut d’une prepaièrp femme onze enfants dont dppx avec un bec de lièvre, et d’une seconde, dpux quj ptaipnt affectés de la nappae (|ifforniitc. — Upe femape dont la famille renfermait plusieurs ipembres pttpints de dureté d’oreille, donna le jour à deiix garçons SQurds-nuiets. — Un homme dont le frère et la tante étaient sourds-muets, eut cinq enfants dont un sourdi-papet. U y a plusieurs faits analogues pour la surdimutité. — Un c^s encore plus curieux ppt celui d’unp feminp qui, pé ç d’i^d® fapajlle où il y avait ep plusjpurs
DES LOIS DE l’hérédité. 230
hypospadias, mit au monde deux garçons affectes de cette anomalie'.