‹ L'hérédité étude psychologiqueChapitre 36 sur 63 · fille · texte numérisé non relu

fille

DES LOIS DE l’hérédité.

Si l’on rapproche ce tableau de celui qui a été donné plus haut^our les salpas, il est impossible de n’être pas frappé de la ressemblance.

Cependant il reste encore une difficulté. Dans les cas d’hérédité en retour, quand le petit-fils ressemble au grand-père, le petit-neveu au grand-oncle et que les intermédiaires sont totalement dissemblables, comment expliquer cette ressemblance? Comment dire surtout, ainsi que nous l’avons fait, que ces cas se ramènent û l’hérédité immédiate? Pour répondre à cette question, il n’y a que deux hypothèses à faire : ou bien admettre que ces ressemblances sont fortuites, ou bien admettre qu’elles ont été conservées à l'état latent, dans les générations intermédiaires, et que par suite l’hérédité médiate, en apparence, est immédiate en réalité, La première hypothèse est inaceeptable; il faut donc s’en tenir à la seconde. Ceci nous conduit à rechercher ce qu’il faut entendre par « caractères latents. »

L’un des meilleurs exemples qu’on en puisse donner, dit Darwin', ce sont les caractères sexuels secondaires. Dans chaque femelle, tous les caractères secondaires mâles, et dans chaque mâle tous les caractères secondaires femelles existent à l’état latent, prêts à se manifester dans certaines conditions. On sait qu’un grand nombre de femelles d’oiseaux revêtent partiellement les caractères secondaires mâles de leur espèce, après l’ablation des ovaires ou lorsqu’elles vieillissent. Watterton rapporte le cas curieux d’une poule qui, après avoir cessé de pondre, prit le plumage, la voix, les ergots et le naturel belliqueux du coq et se montrait toute prête à combattre l’adversaire qu’on lui montrait. Tous les caractères, y

' Pour l'étude lies caractères latents, V. Darwin, Variation, II, p. ôi-ôU.

lÆS LOIS.

compris l’instinct du combat, étaient donc restés assoupis chez cette poule, tant que ses ovaires avaient rempli leurs fonctions. On voit des faits analogues dans l’espèce humaine ; nous en parlerons ailleurs.

On sait d’autre part que, chez les animaux mâles, les caractères sexuels secondaires disparaissent plus ou moins à la suite delà castration, comme cela se voit en particulier chez le chapon.

Ainsi, les caractères de chaque sexe demeurent à l’état latent chez le sexe opposé, prêts à se développer dans certaines circonstances particulières. Cela nous explique « compient une vache bonne laitière peut transmettre par sa progéniture mâle ses bonnes qualités aux générations futures : nous devons croire que ces qualités sont présentes, mais à l’état latent, chez les mâles de chaque génération. Il en est de même du coq de combat qui transmet à sa progéniture mâle, par la femelle, sa vigueur et sa supériorité de courage. »

Ces divers faits, comme le dit Dar\vin, nous obligent à admettre que certains caractères, aptitudes et instincts, peuvent demeurer à l’état latent dans un individu et même dans une série d’individus, sans qu’il nous soit possible de découvrir aucune trace de leur présence ; et dans cette hypothèse, la transmission d’un caractère du grand-père à son petit-fils, avec omission apparente dans le parent intermédiaire du sexe opposé, devient très-simple.

Nous rapprocherons de ce qui vient d’être dit sur les caractères latents, une forme de l’hérédité dont nous n’avons pas encore spécialement parlé : c’est l’hérédité aux époques correspondantes ; elle nous paraît s’expliquer aussi par l’hypothèse des caractères latents, contenus dans l’individu à l’état de germes, mais qui ne se produisent au

Diÿt:/.;"by Cookie

DES LOIS DE l’hi'iRÉDITÉ.

jour que dans des conditions déterminées, à un moment précis de son développement ; et ce moment précis correspond à un même moment chez les ascendants. Les maladies héréditaires fournissent un excellent exemple de l’hérédité aux époques correspondantes. Ainsi, la chorée apparaissant d’ordinaire dans l’enfance, la phthisie dans l’âge moyen, la goutte dans la vieillesse, sont naturellement héréditaires aux mêmes époques.

La eécité fournit des exemples encore plus frappants. Dans une famille, elle fut héréditaire pendant trois générations, et 37 enfants et petits-enfants devinrent tous aveugles entre dix-sept et dix-huit ans. Dans un autre cas, un père et ses quatre enfants furent atteints de cécité à vingt et un ans. De même pour la surdité: deux frères, leur père et leur grand-père paternel devinrent tous sourds à l’Age de quarante ans '. Esquirol donne quelques exemples d’aliénation mentale qui s’est déclarée au même âge dansdiverses générations, entre autres celui d’un grand-père, d’un père et d’un fils, qui se suicidèrent aux environs de leur cinquantième année ; et celui d’une famille entière dont tous les membres furent atteints de folie à quarante ans.

Tous les faits de cette nature, et ils sont nombreux, constituent un apport considérable en faveur de l’hypothèse des caractères latents, et celle-ci aide beaucoup à entreprendre les bizarreries apparentes de l’hérédité , comme nous pouvons 1e montrer maintenant, en passant en revue tous les cas énumérés.

Le cas où l’enfant tient également de son père et de sa

' D' Sedgwick. British and Foreign. Med. chir. Rewieu', 1861, p. 485. Sur retteformede rherédité, V. Lucas, II, 739, et Darwin, Variation, 11,80.

Page 1