‹ L'hérédité étude psychologiqueChapitre 4 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'hKRÉDITK des K.XCfl.TK.-^ SK.NSi tRIKf.r.RS.

La perception est un tait d’une nature mixte, à la fois physiologique et mental : il commence dans les organes, il s’achève dans la conscience. Quoique l’opinion commune considère nos sensations comme des phénomènes simples, irréductibles, derniers, qui nous font connaître le monde matériel tel qui est, rien n’est plus douteux. Nous n’avons pas à traiter ici cette grosse question. Bornons-nous à rappeler, qu’en s’appuyant sur les découvertes de la physique et de la physiologie, de récents travaux psychologiques, notamment ceux de Bain et de Herbert Spencer en Angleterre, d’Helmholtz et de Wundt en Allemagne, de M. Taine en Ffance, ont montré qu’il faut traiter les sensations, prétendues simples, comme la chimie, à son début, à traité les corps également prétendus simples. Ces psychologues ont fait voir que les couleurs, les sons, la température, les formes, bref, la plupart des qualités du monde extérieur, sinon toutes, ne ressemblent nullement aux idées que le vulgaire s’en fait ; que' la perception est un état de conscience qui correspond en nous à des réalités hors de nous, mais ne leur ressemble pas ; en sorte que cette totalité d’attributs que nous appelons le monde extérieur, et que par une illusion universelle, nous croyons

LES FAITS

saisir tel qu’il est en réalité, est pour une bonne part l’œuvre de notre esprit, une création dont le inonde externe ne fournit que les matériaux bruts et que nos sens élaborent et achèvent à leur manière.

Quoique, pour nous, il n’y ait aucune hésitation possible entre ces récentes doctrines sur la perception extérieure et l’opinion courante — celle des Ecossais et du sens commun, — dont le moindre défaut est de ne rien expliquer, nous ferons remarquer qu’en ce qui concerne rhérédité, la question est sans intérêt. Que le monde matériel soit perçu immédiatement tel qu’il est ou autrement qu’il n’est, par une synthèse de la conscience, il n’importe ici. Le seul problème à résoudre est celui-ci : Les facultés perceptives, les modes d’activité sensorielle de l’ètre, sont ils soumis à l’hérédité ?

Remarquons d’abord qu’en tout ce qui touche aux qualités spécifiques, la réponse n’est pas douteuse. Parcourez l’échelle animale, depuis les organismes infimes qui n’ont qu’un toucher passif et obtus, jusqu’aux animaux les mieux doués sous le rapport des sens ; l’observation montre tout de suite que chaque animal tient de ses parents un certain nombre et une certaine nature de sens. L’hérédité régit la quantité comme la qualité des facultés perceptives, en ce qui’ concerne ces caractères généraux que nous appelons spécifiques.

L’hérédité régit également tout ce qui tient à la race ou à la variété. Ainsi le chien n’héritc pas seulement d’un odorat très-fin, mais de telle variété de l’odorat qui le rend propre à une chasse déterminée. Chez le nègre, la subtilité du même sens caractérise cette variété ‘de l’espèce humaine.

Le doute ne peut donc porter que sur les différences

r/HÉRÉltlTÉ nES FACULTÉS SENS0R1ELLP;S.

individuelles, et ainsi la question posée au début se transforme en celle-ci: L’hércdilc qui régit la transmission des facultés perceptives, en ce qu’elles ont d’essentiel et de fondamental, régit-elle aussi la transmission des caractères secondaires, propres aux individus? Les faits vont y répondre. Nous allons voir que, même pour ce qui est individuel, anomal, bizarre, l’hérédité se vérifie le plus souvent.

Nous passerons successivement en revue les cinq sens admis par tout le monde De nos jours, on s’accorde généralement à reconnaître sous le nom de sensvital, sens organique, sens interne, un mode de la sensibilité, sans organe spécial, diffus dans tous le corps et qui est comme un tact intérieur, par lequel nous sentons ce qui se passe en nous. Mais comme ce sens est tout personnel, qu’il nous fait connaître notre corps et non le monde extérieur, qu’il tient de très-près à nos plaisirs, nos douleurs, nos ‘ instincts, nos passions, nous en parlerons plus loin en traitant des modes de l’activité sentimentale et de leur hérédité.

Page 1