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DU TOUCHER

Le toucher est le sens général, primitif, celui dont aucun animal sentant n’est dépourvu. Tous les autres sens n’en sont qu’une modification, disait un ancien.^M. Herbert Spencer a montré comment, par évolution et spécialisation, les autres sens, vue, ouïe, odorat, goût, ont pu soi tir du toucher ; comment le toucher est une langue

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générale dans laquelle les autres sens, qui sont des langues spéciales, ont dû être traduits à l’origine pour être compris. Dans ce sens fondamental , à la fois le plus essentiel et le plus grossier, on distingue les sensations tactiles proprement dites (dur, mou, élastique, etc.) et les sensations de température (chaud et froid). L’hérédité gouverne les unes et les autres.

On a souvent fait remarquer l’extrême différence qui existe entre la sensibilité tactile des peuples du Midi et celle des races du Nord. Chez les premiers, elle est exquise et raffinée ; chez les seconds, obtuse, au moins imparfaite. Lapon qui boit de l’huile de tabac pour calmer une colique, n’a proprement pas la peau plus irritable. Là, comme le dit Montesquieu, « il faut écorcher l’homme pour le faire sentir. »

Il est d’observation^ dit P. Lucas, que les parents transmettent à leurs enfants les perfections et les imperfections les plus singulières du toucher. La peau n’a point de modes d’hyperesthésie ou d’anesthésie qui semblent devoir faire exception à cette règle. Une femme, dont la sensibilité tactile est d’une exaltation qui transforme en supplice la plus petite blessure, s’est mariée à un homme doué au plus haut degré de la qualité contraire. Chez lui, l’intelligence ne manque pas d’activité, mais le cœur et la peau sont impassibles. Ils ont donné le jour à une fille aussi dure à la douleur externe que peut l’être son père. , Nous l’avons vu supporter, sans se plaindre et sans paraître presque s’en apercevoir, des douleurs qui eussent été pour nous très- sensibles.

Une famille du Midi, dit le même auteur qui l’a connue^ s’est depuis très-longtemps transportée à Paris. Plusieurs des enfants sont nés à Paris même ; mais ceux qui y sont

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nés, comme ceux jqui n’y ont été que transportés, sont, dans leur première enfance, de la plus extrême sensibilité à l’impression du froid. Une des filles s’est alliée à un individu, originaire du Nord et insensible au froid, quand il n’est pas extrême. L’enfant né de cette union est encore plus frilçux peut-être que sa mère ; il frissonne comme elle au moindre abaissement de température, et il redoute au point de craindre de sortir l’impression de l’air sitôt qu’il devient vif ‘ ^

Un des modes les plus connus de l’hyperesthésie du toucher, c’est la sensibilité au chatouillement. Des familles presque entières y sont insensibles ; d’autres se montrent sensibles au moindre attouchement, jusqu’à la syncope.

On sait qu’il y a des personnes qui ne peuvent supporter le simple contact ou même l’approche d’objets, comme la soie, le liège. Cette sensibilité maladive provient souvent du père ou de la mère, ot Nous savons une famille, dont plusieurs membres, tant filles que garçons, éprouvent instinctivement, au toucher du liège ou du velouté des pêches, une telle sensation de frémissement interne et d’hoiripilation, que la vue même de ces fruits leur est insupportable; il faut les leur servir dépouillés d’enveloppe*. »

Rappelons en passant certaines anomalies héréditaires, comme la polydactylie, la membrane verrqqueuse d’Édouard Lambert, dont on a déjà parlé, qui tiennent plutôt au côté physiologique.

L’organe tactile par excellence, la main, est modifié par l’hérédité. « C’est une opinion établie que les hommes

' l* Lucas, I, 481,

^ Lucas. Ibid.

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et les femmes dont les ancêtres ont mené une vie laborieuse, ont de grandes mains, et qu’au contraire ceux dont les ascendants ont été, pendant plusieurs générations, déshabitués du travail manuel, ont communément la main petite »

De même pour les gauchers. Il y a des familles où l’usage spécial de la main gauche est héréditaire. Girou en a connu une, dans laquelle le père, les epfants et la plupart des petits-enfants sont gauchers. L’un d’eux le fut dès le berceau, malgré le soin qu’on avait pris de lui emmaillolter la main gauche.

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