‹ L'hérédité étude psychologiqueChapitre 43 sur 63 · I.KS EXCEPTIONS A EA LOI I>’nÉRÉmTK · texte numérisé non relu

I.KS EXCEPTIONS A EA LOI I>’nÉRÉmTK

une surveillante qui ne les quittait point. Elles vécurent en dépit de ces désunions jusqu’à l’àge de 22 ans

Comment, a-t-on dit, douter de la loi d'innéité, quand on voit les grands hommes renaître dans des fils indignes d’eux? Par quel singulier jeu de la nature, du sage Périclès peut-il sortir deux sots, comme Paralos etXantippos, un furieux comme Clinias? de l’intègre Arislippe, un infâme Lysimachos ? du grave Thucydide, un inepte Milésias, un stupide Stephanos? de Phocion le tempérant, un disolu comme Phocus? de Sophocle, d’Aristarque, de, Socr.Tte, de Thémistocle, des fils indignes? On a parcouru aussi l’histoire romaine en notant les memes différences: Cicéron et son lils, Germanicus et Caligula, Vespasien et Domitien, Marc Aurèle et Commode. Dans l’histoire moderne, dit P. Lucas, « les lils de Henri IV, de Louis XIV, de Cromwell, de Pierre le Grand, comme ceux de La Fontaine, de Crébillon, de Godhc et de Napoléon, dispensent de tant d’autres noms qu’on pourrait citer

Pour notre part, nous n’acceptons pas ces exemples comme des faits probants d’innéité. La plupart sont douteux et beaucoup sont faux. Il ne suffit pas de dire : Tel homme illustre a des fils médiocres, pour conclure de là que l’hérédité est en déhiut. Le fils qui ne tient pas de son père, peut parfaitement hériter de sa mère. Nous avons vu que ce cas est si fréquent, que des auteurs en ont fait une règle.

Parmi les exemples cités par P. Lucas, il y en a chez qui l’héritage maternel n’est pas douteux : Commode, Louis XIII, Goethe, Napoléon II. II est probable que pour bon nombre d’autres, particulièrement pour ceux qui

< P. Lucas, I, 153.

sont empruntés à Hiistoire grecque, si nous avions des données exaetes sur les femmes de ces grands hommes ou sur leurs aseendants immédiats, il nous serait facile de montrer dans ces personnages obscurs ou dissolus les héritiers de leur mère, de leurs grands parents. Ainsi l’hérédité reprendrait un grand nombre de faits qu’on lui soustrait à tort.

Toutefois, nous ne voulons pas nier qu’il n’y ait des exceptions et de très-graves. Mais une façon concluante de les établir, c’est de faire remarquer non pas qu’un grand homme a des enfants médiocres, ce qui ne prouve rien, mais que dans des familles obscures éclate tout à coup un grand homme. Or ce cas n’est pas rare. « Souvent, dit Burdach, les parents ont des facultés intellectuelles trèsbornées et tous leurs enfants annoncent les plus heureuses dispositions. C’est fréquemment de parents simples que sortent ces hommes supérieurs, ces esprits dont l’influence se fait sentir pendant des milliers d’années, et dont la présence était un besoin pour l’humanité, au moment où ils sont entrés dans la vie. Les plus grandshommes appartenaient à des familles vulgaires, pauvres ou inconnues ' . »

Dans la race nègre, dont l’incapacité est si justement reconnue, les anthropologistes ont fait connaitre les noms d’individus doués de facultés remarquables. Toussaint Louverture n’était certainement pas un politique ordinaire. D’après Pritchard, il n’est pas même Jusqu’aux stupides Esquimaux, jusqu’aux Groenlandais, qui ne puissent produire des hommes intelligents.

La conformation particulière de certains organes des

' Burdach, II, 245.

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sens ou leur manf|ue absolu sont des laits d’innéité, à la fois physiologique et psychologique. Il y en a chez qui les yeux sont inhabiles à distinguer une couleur déterminée, le bleu, le rouge, le jaune. D’autres naissent aveugles de parents qui voient clair. — La surdi -mutité, dans un grand nombre de cas, n’a rien qui l’explique de la part des auteurs de la génération. Les médecins ont cité plusieurs cas de familles où les parents, entendant et parlant très-bien, donnaient naissance à des enfants tous sourds-muets. — Enfin, le goût et l’odorat sont atteints quelquefois soit d’anesthésie, soit d’insensihilité absolue, sans qu’aucune transmission héréditaire puisse expliquer ce phénomène.

Mentionnons, pour finir, les idiosyncrasies psychologiques, et les faits d’exception dans l’ordre mental. f.a psychologie, comme la physiologie, a ses cas rares; malheureusement on n’a pas pris autant de soin pour les mentionner et les décrire. Sans parler de la folie, de l’idiotie, de l’hallucination, qui peuvent se produire, en apparence au moins, sans aucun antécédent visible chez les ascendants, il y a des états purement moraux qui se rencontrent dans une certaine classe de criminels, homicides, voleurs, incendiaires, et qui, pour ceux qui se placent en dehors des préjugés et des opinions reçues, ne peuvent être considérés que comme des accidents psychologiques plus tristes et non moins incurables que la surdi-mutité et la cécité. Nous avons donné plusieurs exemples de ces anomalies et de leur hérédité; mais elles se présentent aussi souvent à l’état de cas isolés et non transmis de monstruosités morales. Ces êtres; comme le dit le D' Lucas, n’ont de l’homme que la figure; il y a du tigre et de la brute dans leur sang, ils sont inno-

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cemmenl coupables et quelquefois capables de tous les crimes*.

Après avoir montre par des faits de tout ordre qu’il existe des exceptions graves à la loi d’hérédité, il reste à expliquer ces exceptions. Nous avons vu qu’il est parfaitement clair et incontestable que l’hérédité c’est la loi ; que cela ne peut être révoqué en doute, que même dans les cas que nous qualifions d’exception, l’exception n’est jamais que partielle, parce que, quand par hasard l’hérédité ne transmet pas les caractères individuels, elle transmet au moins les caractères spécifiques. La question n’est donc pas de savoir si l’hérédité est une loi biologique, mais si cette loi est absolue. Comme les exceptions ne sont pas plus contestables que la loi et qu’elles doivent nécessairement avoir une cause, on ne peut faire que l’une de ces deux hypothèses ;

Dire qu’il existe dans la nature une cause essentielle, permanente dont les phénomènes d’innôité sont les effets, en d’autres termes, que le fait biologique de la génération est régi par deux lois : l’une d’innéité, l’autre d’hérédité, la loi n’étant que l’expression de ce qu’il y a de constant dans la production des phénomènes, le rapport invariable qui existe entre la cause et l’effet : c’est la thèse qu’à soutenue le D' P. Lucas.

Ou bien dire qu’il n’y a que des causes accidentelles d’innéité, qu’elle n’est jamais qu’un hasard, qu’un résul-

' On trouvera un grand nombre d’exemples de ces monstruosités morales dans l’ouvrage déjà cité du D' Despine, tome II et III.

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tat du jeu et du concours fortuit des lois naturelles, mais qu’elle n’est l’effet d’aucune loi distincte et spéciale; en sorte qu’il y a une loi d’hérédité avec ses exceptions, et non pas deux lois, l’une d’hérédité et l’autre d’innéité : cette seconde thèse est la nôtre. Mais avant de l’exposer, nous devons discuter l’opinion contraire.

Le D’ Lucas en a donné une exposition complète en la rattachant à des principes philosophiques. Pour lui, tout être vivant considéré dans son origine, c’est-à-dire dans sa génération, est le produit de deux lois qu’il place sur le même plan et au même niveau*. L’une est la loi d’innéité, par laquelle la nature crée et invente sans cesse. L’autre est la loi d’hérédité, par laquelle la nature s’imitc et se répète continuellement. La première est le principe du divers; la seconde le principe du semblable. Si l’une existait seule, il n’y aurait dans le monde de la vie que des différences infinies en nombre; si l’autre existait seule, il n’y aurait que des ressemblances absolues. Mais, pris ensemble, ces deux principes expliquent comment tous les êtres vivants de la même espèce peuvent être à la fois semblables entre eux par leurs caractères spécifiques, et différents entre eux par leurs caractères individuels.

Si, en se plaçant à un point de vue métaphysique, on examine la question ici posée, on ne peut nier qu’elle soulève un problème difficile, probablement insoluble. Le moyen âge l’a vivement agitée sous les noms bizarres de « problème de l’individuation, » de 1’ « hoccéité, » de r « hœccéité. » On s’est beaucoup moqué de ce jargon barbare ; mais si on laisse les mots pour les choses, on ne peut nier que ce problème s’imposait aux scolastiques et avait une importance capitale. A ce qu’il nous semble, la

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philosophie moderne s’est beaucoup plus préoccupée du général, des lois, des genres et des espèces que de l’individu. Or, si l’on en vient à considérer le général comme la réalité véritable^ on en devra logiquement conclure que l’individu n’est plus qu’un phénomène passager et sans valeur, résultat éphémère de lois qui se croisent et se combinent de mille manières, dans le déroulement infini du monde : et pour parler avec P. Lucas, on affirmera le semblable en niant le divers ; l’hérédité sera la loi, l’innéité, l’exception. — Si, au contraire, on regarde l’individu comme une réalité, comme une sorte de monade que les lois de la nature gouvernent et pressent de toute part, mais sans pouvoir entamer ce qu’il y a en elle d’essentiel, d’impénétrable, alors dn placera le divers au-dessus du semblable et l’on sacrifiera l’hérédité à l’innéité.

Nous n’avons entrepris ici qu’une étude de psychologie expérimentale : nous n’avons donc pas à discuter ce redoutable problème de métaphysique. Il suffit en passant de le noter : si nous redescendons sur le terrain de l’expérience, il est impossible de nier assurément l’existence du divers, car il est donné à titre de fait. Dans la nature, il n’existe pas deux êtres semblables. Quand nous considérons un grand troupeau de moutons, si nous ne voyons entre eux pour la plupart aucune différence, l’œil exercé du berger peut distinguer chacun d’eux. On sait que les cotirtisans d’Alphonse X cherchèrent en vain deux feuilles semblables. Mais si le divers existe, n’est-il explicable que par une loi spéciale? Nous ne le croyons pas.

Si nous concevons l’acte de la génération dans des conditions aussi simples que possible, un être unique engendrant un autre être, en dehors de toute cause perturbatrice, il nous est absolument impossible de concevoir

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comment le produit différerait du producteur; car il n’y a pas de raison pour admettre telle déviation plutôt que telle autre : cette déviation serait un effet sans cause. L’aphorisme de Linné ; Le semblable produit le semblable, s’impose donc à nous avec l’évidence d’un axiome. Mais, en réalité, tout ne se passe pas avec cette simplicité idéale. D’abord, dans l’acte de la génération, il y a d’ordinaire deux sexes, par conséquent deux hérédités en lutte ; première cause de diversité.- Il y a aussi des causes accidentelles agissant au moment même de la génération : autre cause de diversité. Enfin il y a les influences internes ou externes postérieures à la conception.

Il est évident, dit M. Quatrefages, que dans toute procréation, les parents apporteront des influences qui se rattacheront aux trois ordres de faits suivants ; leurs caractères pourront être analogues, opposés ou différents. Dans le premier cas, il y aura persistance ou exagération des caractères transmis. Dans le second, amoindrissement ou neutralisation réciproque. Je suppose, par exenqilc, l’un des parents presbyte et l’autre myope; le fils aura des chances pour avoir une bonne vue résultant du conflit d’influences opposées. — Dans le troisième cas, si les caractères sont simplement diflérents, le produit est une résultante entre le père et la mère, c’est-à-dire qu’il apparaît un caractère nouveau, différent des deux premiers, quoique dû à l’hérédité. Ainsi, lorsque chez les animaux les parents sont de couleur uniforme différente, leur union donne assez souvent naissance à des rejetons dont le pelage est tacheté, marqué de plaques, zébré, par conséquent très-différent de celui du père et de la mère.

Ainsi l'hérédité peut jouer, en vertu même de la loi fondamentale, le rôle de cette force d’innéité, imaginée

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par P. Lucas. Pour nous, il y a des faits d’innéité dus à des causes accidentelles; il n’y a pas de loi d’innéité. Bien mieux, l’hypothèse de P. Lucas est contradictoire. En effet, pour comprendre combien l’innéité a peu le caractère d’une loi, qu’on remarque que la loi est identique aux phénomènes qu’elle régit , puisfiu’elle n’est que l’expression de ce qu’il y a en eux de permanent et d’essentiel, et qu’elle permet de les prédire. Si vous supposez la loi d’hérédité seule à l’œuvre, sans influences perturbatrices, vous pouvez prédire que le produit ressemblera à l’un de ses parents ou aux, deux. Mais supposez une loi d’innéité, il n’y a plus aucune prédiction ni prévision possible, puisque tout peut se produire, puisque la diversité est la règle : c’est le désordre en permanence. Or, on ne pourra jamais de là tirer une loi. Une loi se découvre par un travail d’abstraction et de généralisation qui ne peut s’appliquer à des cas totalement divers, puisqu’on sc propose justement de chercher les ressemblances et d’éliminer les différences. Tous ces cas épars, toutes ces diversités qu’on ne peut réunir en un faisceau, on les appelle des ano?nalies, c’est-à-dire des faits sans lois. Qu’on parle donc de faits d’innéité, c’est fort bien, mais une loi d’innéité est une contradiction dans les termes. Là, où par hypothèse il n’y a pas deux effets qui SC ressemblent, on peut à la rigueur admettre l’intervention arbitraire d’une puissance créatrice, mais nullement l’action régulière et constante d’une loi.

Il est donc impossible de reconnaître deux lois antagonistes, dont l’une serait l’hérédité, et l’antre l’innéité. Ajoutons que les doctrines contemporaines sur l’origine des espèces et leur évolution, n’admettent rien qui ressemble à une loi d’inncitc. Outre la sélection et l’hérédité.

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