‹ L'hérédité étude psychologiqueChapitre 44 sur 63 · I.ES EXCEI'TIONS A LA IA3I d’iIÊHEUITÉ · texte numérisé non relu

I.ES EXCEI'TIONS A LA IA3I d’iIÊHEUITÉ

qui sont les facteurs principaux de cette transformation, elles supposent bien ce que Wallace appelle « la tendance des variétés à s’éloigner indéfiniment du type originel; » mais cette tendance qui est la source première de toute variation, est duc à des actions de milieu, c’est-à-dire à des causes accidentelles et fortuites, nullement à une entité inintelligible, à la loi hypothétique de P. bucas.

Si donc il n’existe pas de loi d’innéité, il no reste plus qu’à voir, dans les faits précités, des exceptions à la loi d’hérédité. Comment les expliquer? En les attribuant non à une cause, mais à des causes. Assurément, il est beaucoup plus simple de dire, toutes les fois que l’hérédité est en défaut ; Ceci est un résultat de l’innéité ; c’est l’innéité qui fait que tel grand homme ou tel grand criminel se produit brusquement dans telle famille; — mais il importe peu que l’explication soit simple, si elle est chimérique. Et c’est qu’en réalité il n’y a pas de problème plus difficile, plus compliqué, que de rendre compte de ces exceptions, et de montrer comment l’hérédité peut se transformer au point de devenir méconnaissable. Dans l’état actuel de la physiologie et de la psychologie, il est impossible d’expliquer ces cas exceptionnels d’une manière complète, satisfaisante. On ne peut qu’entrevoir les . explications.

La doctrine qui considère l’hérédité comme la règle absolue, hors de laquelle il n’y a que des anomalies, est trèsancienne. .\ristote la professait sous sa forme la plus rigoureuse. « Celui (]ui ne ressemble pas à scs parents.

LES LOIS

dit-il, est une sorte de monstre, car la nature s’écarte en lui de son espèce : c’est un premier degré de dégénération » Les auteurs qui, dans les temps modernes, ont adopté la même opinion, ont attribué ces exceptions à diverses causes qu’on peut ranger sous trois titres, selon qu’elles agissent après la naissance, avant la naissance, ou à l’instant de la conception.

r Nous n’attachons pour notre part qu'un intérêt trèsmédiocre aux causes qui agissent après la naissance, comme le régime, le climat, le milieu, l’éducation et toutes les influences physiques et morales. Elles ont souvent des effets graves, mais il ne leur est pas possible de produire ces transformations radicales qui nous occupent ici. Cette thèse, soutenue par Bonnet, Helvétius et le xvm' siècle, découlait de la philosophie de l’époque. Mais aujourd’hui il est superflu de prouver que ce ne sont pas des causes extérieures et tardives qui expliquent l’innéité, et nous ne croyons plus avec Helvétius qu’il soit possible par l’éducation de confectionner des grands hommes.

2" Les causes anterieures à la naissance, mais postérieures à la conception, sont tous les troubles physiques ou moraux de la vie utérine ; toutes les influences qui, par le moyen de la mère, peuvent agir sur le fœtus, pendant la période de gestation : impressions, émotions, vices de nutrition, effets de l’imagination. — Ces causes sont très-réelles, quoi qu’en dise P. Lucas, qui les attaque pour établir sa loi d’innéité. Nous verrons même plus loin, par des exemples, qu’il y a entre des causes légères et leurs effets une disproportion étonnante.

' .\rislote. Üe Gener. animal, IV, 3.

. LES EXCEPTIONS A LA LOI d’hÉRÉDITÉ. 283

3" Enfin, il y a les causes antérieures à la vie intra et extrautérine, qui agissent au moment même de la conception. Elles dépendent encore moins de 1a nature physique et morale des parents, que de l’état particulier où ils se trouvent au moment de la procréation. « Un fait qui met en pleine lumière la généralité de la loi d’hérédité, dit M. de Quatrefages, est la transmission fréquente des parents à l’enfant d’un état actuel et momentané des premiers à J’instant de la conception. Ce fait avait attiré l’attention des médecins et des philosophes; mais il avait été exagéré. On était allé jusqu’à dire que le passé des parents n’était pour rien dans la constitution du fils, qui dépendait tout entière de l’état des parents au moment de la procréation. En revanche, les modernes avaient perdu de vue cette ordre de phénomènes.... . P. I.ucas a eu raison d’appeler de nouveau l’attention de ce côté et de citer plusieurs faits.

a Depuis longtemps on a remarqué que les cnfant.s engendrés pendant l’ivresse, présentent souvent en permanence certains signes caractéristiques de cct état : des sens obtus et des facultés intellectuelles presque milles. Or, à Toulouse, pendant ma courte carrière médicale, j’ai eu l’occasion d’observer un fait de ce genre. Deux artisans, le mari et la femme, appartenant à des familles dont tous les membres avaient été sains de corps et d’esprit, avaient quatre enfants. Les deux premiers étaient vifs et intelligents; le troisième à demi idiot et presque sourd ; le dernier ressemblait aux aînés. Des détails que me donna la mère, dont cet enfant dénué d’intelligence faisait l’affliction, il résulta qu’il avait été conçu dans un moment où son père était abruti par l’ivresse. Isolé, ce fait n’aurait que peu ou point de signification : rapproché de ceux

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qu’ont fait connaître Lucas, Morel, etc., il en a au contraire une très-grande ' . » Il nous fait comprendre, en effet, (juc ces états passagers qui existent au moment de la conception, peuvent avoir une influence décisive sur la nature de l’être procréé ; en sorte que souvent, où nous voyons de l’innéité, une connaissance plus complète des causes nous montrerait de l’hérédité.

Toutefois, on peut soutenir que les causes classées sous les titres précédents, n’expliijuent les exceptions que d’une manière insuffisante. On peut dire : Nous vous accordons sans hésiter que l’hérédité est soumise comme toute loi à des conditions ; que ces conditions étant nomtfreuses cl délicates, il est impossible de les réaliser parfaitement, et (|ue, par suite, la transmission héréditaire reste toujours bien au-dessous de son idéal. Mais n’y a-t-il pas abus à prétendre, comme vous le faites, que des causes passagères, accidentelles, puissent amener dans les êtres procréés des métamorphoses radicales? Nous comprenons, à la rigueur, que de parents médiocres d’esprit sorte un enfant plus intelligent qu’eux; mais un homme de génie? Comment de gens honnêtes un scélérat consommé? Et il y a une foule de cas analogues.

Sans prétendre à une réponse péremptoire, nous allons mettre sous les yeux du lecteur un certain nombre de faits et de réflexions qui nous paraissent de nature à faire rentrer les cas les plus réfractaires, les exceptions les plus formidables, sous la loi d’hérédité. En pénétrant plus intimement dans le dynamisme vital et mental de l’homme, peut-être pourrons nous soupçonner, entrevoir par quelle élaboration mystérieuse l’unité produit la diversité.

' lie Qualrcfage.c. Um'Ié de l’espèce humaine.

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