PRÉFACE
L'hérédité morbide est un facteur dont l'importance en pathologie, en hygiène, en médecine sociale, ne saurait être trop hautement affirmée. L'hérédité gouverne le monde : les vivants agissent, mais en eux les morts parlent et les font ce qu'ilâ sont. Nos ancêtres revivent en nous; nous leur devons nos qualités et nos défauts, notre santé robuste ou délicate. Quelques maladies n'ont aucune autre raison d'être que l'hérédité ; les autres, dites accidentelles, reconnaissent d'autres causes immédiates : intempéries, fautes alimentaires, intoxications, actions microbiennes, mais de l'hérédité dépend le plus souvent la façon dont notre organisme leur résiste, les combat, les terrasse^ ou au contraire succombe à leurs assauts.
Dans l'imposant mouvement actuel en faveur de la santé publique, peut-être n'apprécie-t-on pas à sa valeur la considération de l'hérédité morbide*
Pourtant, du fait des circonstances, l'importance de cette hérédité morbide va croître de plus en plus. Autrefois, une mortalité énorme, inhérente aux eonditions défectueuses de vie, à l'ignorance, à la
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6st-il bon que le public ait d'avance quelque idée des cas où Vhérédité peut jouer un rôle et où les conseils du médecin pourront être efficaces. Trop souvent les médecins sont appelés uniquement en cours de maladie aiguë et cessent de voir leur malade dès que la convalescence commence. Aussi certains praticiens arrivent-ils à se désintéresser des questions plus générales où leur intervention n'est susceptible d'efficacité que pour un avenir éloigné. Peut-être cela tient-il aussi à ce que ces questions d^hérédité morbide n'ont guère fait l'objet de publications faciles à lire et que les acquisitions nouvelles qui les concernent sont restées éparses dans des articles de revues ou des chapitres d'encyclopédies. En les vulgarisant ici, je crois faire œuvre intéressante et utile. L'extension des connaissances sur l'hérédité morbide, non seulement dans le monde médical, mais aussi dans le grand public, peut puissamment aider au bon développement de la nation, à la reconstitution dans de bonnes conditions de la jeunesse française si gravement éprouvée par la terrible agression qu'elle vient de repousser avec tant de vaillance. Contrairement à des prévisions pessimistes, il est à croire que cette épreuve ne fera que mieux tremper la race; encore faut-il que la lutte contre les grands fléaux : tuberculose, syphilis, alcoolisme, soit menée, non pas à l'aveugle, mais avec la conscience claire des résultats à obtenir et des procédés par lesquels ils peuvent être obtenus ; encore faut-il que les causes de dégénérescence soient connues et combattues, non seulement d'une façon vague et générale, mais dans Tapplication concrète à chaque cas particulier.