Darwin, Delà variatio?}, etc., t. II, ch. XVII
nos idées de grandeur et de petitesse étant purement relatives. Si l'on remarque que l'ascaride peut produire environ 64 000 000 d'œufs, une seule orchidée à peu près autant de millions de graines, que les parcelles organiques émises par les animaux odorants, que les molécules contagieuses de certaines maladies doivent être d'une ténuité excessive, l'objection ne paraîtra pas d'un grand poids.
Ainsi, « il faut considérer chaque être vivant comme un microcosme, un petit univers , composé d'une foule d'organismes aptes à se reproduire par eux-mêmes, d'une petitesse inconcevable, et aussi nombreux que les étoiles du firmament. »
Cette hypothèse permet à Darv^rin d'expliquer un grand nombre de phénomènes fort différents en apparence, mais que la physiologie considère comme identiques, quant au fond. Tels sont la gemmiparité ou reproduction par bourgeons, la fissiparité, où l'être est reproduit par division spontanée ou artificielle, la génération sexuelle, la parthénogenèse, les générations alternantes, le développement de l'embryon, la réparation des tissus, la croissance de nouveaux membres. qui remplacent les membres perdus, comme cela arrive à l'écrevisse, à la salamandre, à la limace, bref, tous les modes de reproduction, quels qu'ils soient, tous les modes et toutes les variétés de l'hérédité.
Nous avons vu qu'il y a lieu de distinguer les caractères aéveloppés des caractères simplement transmis j la transmission peut avoir lieu sans le développement, ainsi que le prouvent les faits extrêmement nombreux d'atavisme, d'hérédité en retour, sous forme directe ou collatérale. Ce phénomène s'explique très bien dans l'hypothèse de Darwin. Le fait fréquent qu'un grand-père transmet à son petit-fils, par sa fille, des caractères que celle-ci n'a pas
OU ne peut pas avoir, ne peut se comprendre qu'en admettant qu'ils restent chez la fille à l'état latent, c'est-àdire pour donner une base physiologique à cette idée, qu'il y a des gemmules transmises à la deuxième génération et conservées par elle, mais qui ne se développent qu'à la troisième.
Darwin explique aussi comment des modifications, dans les habitudes corporelles ou mentales, peuvent être héréditaires. « Selon notre manière de voir, nous n'avons qu'à supposer que certaines cellules finissent par se modifier, aussi bien dans leur structure que dans leurs fonctions, et qu'elles émettent alors des gemmules similairemeut modifiées.... Quand un attribut psychique, une habitude mentale ou la folie sont héréditaires, nous admettrons qu'il y a réellement eu transmission de quelque modification effective, ce qui, selon notre hypothèse, impliquerait que des gemmules, dérivées de cellules nerveuses modifiées, se transmettent à la descendance. » On ne s'étonnera pas que ces habitudes modifiées ne se fixent qu'à la longue, si l'on remarque que l'organisme doit être placé dans des conditions nouvelles, assez longtemps pour que celles-ci agissent sur lui, modifient ses cellules et rendent possible la transmission d'un nombre de plus en plus grand de gemmules modifiées
Dans tout ce qui précède, on n'a raisonné que sur des données physiologiques. Mais nous savons que, dans la question de l'hérédité, l'antithèse du psychologique et du physiologique est une simple différence de point de vue. Ces cellules et ces gemmules ne sont pas de la matière brute, inanimée -, il y a en elles de la force, de la vie, des tendances; nous avons vu qu'il est aussi difficile de con-