RESUME
caractères psychiques, généraux et indivItUiels, anciens et nouvellement acquis (loi de l'hérédité directe et immédiate) .
2° L'un des parents peut avoir une influen :e prépondérante sur la constitution mentale de l'enfant (loi de prépondérance dans la transmission des caractères).
3° Les descendants héritent souvent des qualités physiques et mentales de leurs ancêtres et leur ressemblent, sans ressembler à leurs parents (atavisme).
4° Certaines dispositions physiques et mentales, très nettement déterminées, se manifestent chez les descendants au même âge que chez les ascendants (loi d'hérédité aux époques correspondantes).
Nous avons essayé enfin de montrer que toutes les exceptions ne sont que des apparences et que l'hérédité est la loi.
L'étude des conséquences nous a conduit aux questions pratiques. L'hérédité transmet, conserve, accumule. Qu'en résulte-t-il? Qu'elle crée des habitudes intellectuelles et morales, que tout progrès prépare un progrès, toute déchéance une déchéance. Deux solutions s'offraient à nous sur les conséquences générales de l'hérédité : l'une radicale, hypothétique, l'autre positive. La première, qui attribue à l'hérédité un rôle 'de création, explique par elle la genèse même de nos facultés; la seconde, qui lui attribue un rôle de conservation, explique par elle le développement de nos facultés. Nous avons montré tout ce qu'il y a de séduisant dans la première, tout en ne la donnant que pour une hypothèse. Nous avons insisté sur la seconde.
Au fond, la question des conséquences nous a paru dommée par cette loi générale, que l'expérience vérifie • La transmission des modifications acquises a lieu ou peut avoir lieu. Quand le fait de l'hérédité mentale sera
mieux connu, quand nos vagues intuitions sur ce sujet seront devenues des vérités claires, alors son importance sociale, qu'on entrevoit à peine aujourd'hui, sera mieux comprise, et bien des questions qu'il serait oiseux de débattre à présent se poseront et peut-être se résoudront d'elles-mêmes. Il n'est guère possible cependant que les esprits les plus inatteutifs ne se demandent pas si, les lois de l'hérédité psychologique étant connues, l'homme ne pourrait pas les employer à son perfectionnement intellectuel et moral , plier à ses desseins, ici comme ailleurs, une force de la nature. Il y a une quarantaine d'années que Spurzheim et d'autres se demandaient si l'on n'en viendrait pas un jour à prévoir le caractère intellectuel des enfants, la constitution psychologique de leurs parents étant connue, et « si l'on ne pourrait pas facilement créer des races d'hommes à tdlent, en employant les mêmes moyens qu'on a adoptés pour produire différentes espèces d'animaux. »
Nulle réponse catégorique n'est possible, quant à présent. Jusqu'ici, l'homme s'est montré soucieux de la perfection des autres races plus que de la sienne, peut-être par ignorance des lois naturelles. On peut dire cependant, en se fondant sur un calcul de probabilités incontestable, que des parents bien doués d'esprit ont des chances d'avoir des enfants spirituels; que quelque nombreuses que soient les déviations et les anomahes (et nous avons vu qu'elles doivent l'être), comme c'est une nécessité que parmi des faits de même ordre , dépendant en partie de causes constantes et en partie de causes variables, la loi finisse pas l'emporter, une sélection consciente, pratiquée longtemps, aurait de bons résultats. Mais la race ainsi formée ne pourrait jamais être abandonnée à elle-même; car, sans parler de l'atavisme qui ramènerait brusque-
RÉSUMÉ 'ils
ment des formes mentales en apparence éteintes, nous savons que l'hérédité a toujours une tendance à retourner au type primitif ou, pour parler sans métaphore, que ce qui est acquis depuis peu, a peu de stabilité. Peui-etre aussi ces constitutions d'éUte ressemblent-elles à des composés très instables qu'il est bien difficile de fixer. La puissance bienfaisante de l'hérédité aurait ainsi des limites infranchissables et il faudrait beaucoup en rabattre de la chimère optimiste d'un progrès sans fin.
Nous ne savons pas bien sûrement ce que fut l'homme à l'origine, et nous ne pouvons dire ce qu'il sera. Mais rapprochons un instant l'état de nature de l'extrême civilisation : comparons le sauvage presque nu, avec son cerveau plein d'images et vide d'idées, sa langue informe et ses fétiches, associé étroitement à la nature, vivant de sa vie et ne faisant qu'un avec elle; avec l'homme très éloigné de la nature, très civihsé, très raffiné, initié à toutes les finesses des arts, de la littérature ou des sciences, à toutes les élégances ou à toutes les complications delà vie sociale et pratiquant le précepte de Gœthe : Tâche de te comprendre et de comprendre les autres choses. Entre ces deux extrêmes, la distance paraît infinie, et pourtant elle a été parcourue pas à pas. Sans doute cette évolution, résultat du jeu complexe de causes nombreuses, n'est pas due tout entière à l'hérédité; mais nous aurions bien mal réussi dans notre tâche si le lecteur ne comprenait pas maintenant qu'elle y a largement contribue.