‹ L'hérédité psychologique [electronic resource]Chapitre 19 sur 113 · Darwin, Variation, II, p · texte numérisé non relu

Darwin, Variation, II, p

Sur le daltonisme, voir l'important travail de MM. Delbœuf et SprioR Bévue scientifique, 23 mars 1878. ® 3. Darwin, Descendance de L'homme, I, 126.

tique. Évidemment , c'est là une qualité acquise , accumulée et fixée par l'hérédité.

On a souvent noté, d'après le voyageur Pallas, la perfection étonnante des sens chez les Mongoliens des plaines du Nord : ils pouvaient voir à l'œil nu les satellites de Jupiter.

Il est presque inutile de faire remarquer que l'hérédité régit toujours la vision sous sa forme spécifique et que le doute n'était possible que pour les variétés individuelles. Ainsi, toutes les espèces animales, depuis l'aigle jusqu'à la chouette, depuis le ver avec ses points oculaires jusqu'à l'araignée avec ses yeux à facettes, ont un appareil visuel d'une structure, d'une puissance optique qui leur est propre, et que l'hérédité conserve et transmet comme tous les autres caractères spécifiques.

De l'ouïe.

Sans avoir l'importance scientifique et esthétique de la vue, l'ouïe est encore l'un de nos principaux sens. Il sert de base à une science, l'acoustique, à un art, la musique; enfin, ce qui est encore plus important, il rend possible le langage articulé, la parole, et par suite la pensée réfléchie. Supprimez l'ouïe, vous supprimez la parole; supprimez la parole et vous supprimez la pensée, avec tout ce qui en résulte.

L'ouïe peut avoir, comme la vue, son hyperestbésie, son anesthésie partielle et son anesthésie totale, la surdité. Nous avons vu qu'il y a des yeux qui ne peuvent distinguer certaines couleurs ; de même, il y a des oreilles qui ne peuvent percevoir certains sons. Wollaston a vu

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des individus insensibles à tous les sons placés au-dessus et au-dessous de l'échelle diatonique.

La surdi-mutité congénitale a, sur le développement de l'intelligence, une influence dont les effets funestes sont bien connus et auxquels l'emploi des signes artificiels peut seul remédier. Si cette infirmité est transmissible, on peut dire que par elle l'hérédité pénètre dans ce que l'intelligence a de plus essentiel. Mais cette forme de l'hérédité a été contestée.

Le docteur Ménière, dans un travail spécial sur la question, tout en reconnaissant qu'on a pu constater un certain nombre de fois Thérédité directe et immédiate de la surdi-mutité, ajoute : « On doit dire cependant que ces faits constituent une rare exception, et qu'habituellement les sourds-muets mariés à des sourdes-muettes ont des enfants qui entendent et qui parlent. Gela est vrai à plus forte raison quand le mariage est mixte, c'est-à-dire quand un des époux seul est sourd-muet; et cependant, même dans cette occurrence, il y a des exemples d'hérédité bien avérés K » Darwin dit de même : « Lorsqu'un sourd-muet de l'un ou de l'autre sexe se marie avec une personne saine, il est rare que les enfants présentent l'infirmité. En Irlande, sur 203 enfants dont les parents étaient dans ce cas, un seul se trouvait muet. Et même, dans les cas de surdi-mutité chez les deux parents, sur 41 mariages dans les États-Unis et 6 en Irlande, il ne naquit que d^ux enfants sourds-muets l M. Sedgwick, qui, en Angleterre, a longuement étudié la question d'hérédité, commentant ce fait, croit pouvoir attribuer la non-transmission de la surdimutité en ligne directe « à co que son excès même renverse l'action de quelque loi naturelle de développement. »

l' nZ'^l'fv ^« ^« surdi-mulité, par le docteur Ménière

'i. uarwin, Variations, II, 23.

lliDOT. — Hérédité.

bO LES FAITS

Par contre, certains auteurs admettent que la surdimutité est sept fois plus fréquente quand le père et la mère sont tous deux sourds-muets que lorsqu'un seul parent est atteint de cette affection *.

Nous ferons remarquer que les relevés faits à l'Institution des sourds-muets de Londres, lors de sa fondation, sont assez concluants en faveur de l'hérédité. Sur 148 élèves qui s'y trouvaient, on en comptait un dans la famille duquel il y avait cinq sourds-muets, un autre d'une famille où il y en avait quatre, onze dans la famille de chacun desquels il en existait trois , dix-neuf dont la famille en renfermait deux.

Dans une famille que nous connaissons personnellement, les deux parents sourds-muets ont donné naissance à des enfants sains ; mais la surdi-mutité a reparu à la génération suivante, chez les petits-enfants.

Il est possible d'ailleurs que dans le cas qui nous occupe la loi d'hérédité soit moins en défaut qu'il ne semble d'abord. La surdi-mutité des ascendants peut se métamorphoser chez les descendants en une infirmité dhone autre forme : la dureté d'oreille, l'obtusion des facultés mentales oa même l'idiotie. L'anatomiste Menckel en a donné plusieurs exemples. Mais nous étudierons plus loin ce point obscur des métamorphoses ou transformations de l'hérédité.

Il nous a semblé plus naturel d'exposer, sous le titre de l'imagination, l'hérédité des facultés musicales. Nous verrons qu'il n'y a peut-être pas de talent artistique qui offre des cas plus concluants de transmission héréditaire (les trois Mozart, les deux Beethoven, plus de cent vingt membres dans la famille de Bach). Mais, en faisant la part

1. Dictionnaire de médecine et de chv-urgie pratiq., art. Hérédité, p,

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aussi large qu'on voudra à l'influence de rimagination et des facultés intellectuelles , il faut bien accorder que le talent musical n'existe pas sans une certaine disposition de l'ouïe. L'éducation n'y peut rien ou peu de chose : c'est la nature qui donne une oreille juste. L'incontestable hérédité de l'aptitude pour la musique , implique donc forcément l'hérédité de certaines qualités de l'ouïe. Remarquons que notre conclusion s'étend aux exécutants aussi bien qu'aux compositeurs.

De l'odorat et du goût.

Il n'est guère possible de séparer ici ces deux sens, qui sont si intimement liés qu'on a pu dire que l'odorat n'est qu'un goût qui s'exerce à distance.

L'homme se trouve certainement placé au-dessous des animaux, sous le rapport de la finesse de l'odorat. Il n'est pas possible de trouver, même chez les nègres, une subtilité égale à celle du chien, des carnassiers en géuc'ral et de certains insectes. Gratiolet , dans son Anatomie comparée du système nerveux, raconte qu'un vieux morceau de peau de loup, usé jusqu'au cuir, présenté à un petit chien, le jetait par son odeur affaiblie dans des convulsions d'épouvante : ce petit chien n'avait jamais vu de loup ; comment donc expliquer cette terreur, sinon par une transmission héréditaire de certains sentiments, Hés à une certaine perception de l'odorat ?

« Je tiens des gardiens d'une ménagerie, dit Laycock, que la paille employée pour servir de litière aux hons et aux tigres ne peut servir pour les chevaux, parce que, dès qu'on l'apporte dans l'écurie, l'odeur les terrifie. Et

cependant bien des générations se sont succédé, vivant de la vie domestique, depuis l'époque où le cheval sauvage, duquel l'on suppose que nos chevaux domestiques sont descendus, était exposé aux attaques de ces félins K » Tout le monde sait que, dans l'espèce canine, c'est à la sagacité native, et par conséquent héréditaire, de l'odorat que tient en grande partie la valeur de la race et de l'individu.

Si dans ce monde de l'animalité, si bien doué à cet égard, nous pouvions noter les différences individuelles, il est probable que nous verrions l'hérédité les transmettre : malheureusement, nous ne pouvons les étudier que sous la forme spécifique. Mais là, du moins, le doute n'est pas possible, l'hérédité les transmet sans exception.

Dans l'espèce humaine, les races sauvages ont une finesse d'odorat qui les caractérise, en les rapprochant de l'animal. Dans l'Amérique septentrionale, les Indiens peuvent poursuivre leurs ennemis ou leur proie à la piste; aux Antilles , les nègres marrons distinguent au nez la trace d'un blanc de celle d'un noir \ Toute la race nègre est douée à cet égard d'une pénétration inconcevable. Qu'elle résulte d'un plus grand développement de la membrane olfactive, ou d'un plus grand exercice de ce sens, toujours est-il que l'hérédité conserve cette faculté innée ou acquise.

Les variétés spécifiques et individuelles du goût sont transmissibles, comme celles de l'odorat. L'hybridité en donne chez les animaux de curieux exemples. « Le cochon, dit Burdach, a un goût très prononcé pour l'orge; le sanglier la dédaigne et se nourrit d'herbe et de feuilles. On a

1. Laycock, A Chapter on some organic laws of personal and ancestrat

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