Les maladies de la mémoire, cliap
l'hérédité de la mémoire et des habitudes S7 venir clair et exact est le dernier terme d'une longue évolution et comme une efflorescenc'e dont les racines plongent bien avant dans la vie organique ; en un mot, que la mémoire est par essence un fait biologique, par accident un fait psychologique. Cette position admise, la mémoire étant considérée comme une propriété vitale, comme une aptitude du système nerveux à conserver certains états et à les reproduire, le rôle de l'hérédité devient plus facile à étudier. 11 serait hors de propos de montrer ici par quelles étapes successives la mémoire s'élève des manifestations les plus simples aux plus complexes. Il suffit à notre but de la considérer sous deux formes principales, l'une organique, l'autre consciente.
Le vrai type de la mémoire organique doit être cherché dans ce groupe de faits qu'on a appelés actions automatiques secondaires, par opposition aux actes automatiques primitifs ou innés. Ce sont les mouvements acquis qui conshtuent le fond même de notre vie journalière. D'une manière générale, on peut dire que les membres de l'adulte et ses organes sensoriels ne fonctionnent si facilement que grâce à cette somme de mouvements acquis et coordonnes qui constituent pour chaque partie du corps une mémoire spéciale, le capital accumulé sur lequel il vit et par lequel il agit, tout comme l'esprit vit et agit au moyen de ses expériences passées.
Cette mémoire des mouvements qm, notons-le en passant, a ete accompagnée à l'origine de conscience et d'eflort volontaire, qui a été psychique, est-elle transmissible par hérédité? Cette question est très délicate et a soulevé beaucoup de controverses. Les adversaires du transfor-
misme font remarquer qu'il y a, chez l'homme au moins, très peu d'exemples incontestables d'habitudes transmises. Ses partisans objectent que cette transmission n'est possible qu'avec le temps, qu'elle implique un exercice continu pendant plusieurs générations et l'élimination de toute influence antagoniste.
Yoici en faveur de l'hérédité des habitudes quelques faits inégalement probants.
Le plus ancien, le plus souvent cité, est dû à Girou de Buzareingues. J'ai connu, dit-il, un homme qui avait l'habitude, lorsqu'il était dans son lit, de se coucher sur le dos et de croiser la jambe droite sur la gauche. Une de ses filles a apporté en naissant la même habitude ; elle prenait constamment cette position dans son berceau, malgré la résistance des langes. « Je connais, ajoute-til, plusieurs filles qui ressemblent à leur père et en ont reçu des habitudes extraordinaires qu'on ne peut rapporter ni à l'imitation ni à l'éducation ; et de même pour des garçons à l'égard de leur mère. Mais les bienséances m'empêchent d'entrer dans aucun détail là-dessus K y On a objecté que chez les descendants, comme chez l'ascendant, cette habitude pourrait être le résultat d'une disposition particulière où l'hérédité n'aurait rien a voir. Cette explication est peu satisfaisante. D'ailleurs, d y a d'autres faits analogues. ^ Darwin transcrit une observation de Galton relative a une habitude qui s'est rencontrée dans trois générations consécutives et qui, ne se produisant que pendant un profond sommeil, ne peut être attribuée à l'imitation. Il s agit d'un homme qui, « lorsqu'il était étendu sur le dos dans son lit et profondément endormi, élevait le bras droit lentement au-dessus de son visage jusqu'au front, puis par une