FEMMES
Sur 1 000 cas.
130 venant de la mire.
100 — du pire.
26 — des deux.
On voit que ce tableau conduirait à des conclusions analogues.
La prépondérance d'un sexe sur le sexe de même nom se révèle à chaque instant dans l'histoire.
Hérédilé du père au fils. — Nous en avons donné tant d'exemples dans la première partie qu'il est inutile de les répéter ici. Rappelons ces familles de savants, de musiciens, de peintres, d'hommes politiques ou d'hommes de guerre, dont quelques-unes conservent l'hérédité d'un même talent pendant plusieurs générations consécutives : les Rernoulli, les Gassini, les Mozart, les Beethoven, les Van der Velde, les Téniers, les Guise, les Pitt, les Herschel, les Candolle, etc., etc.
Hérédité de la mère à la fille. — On ne s'étonnera pas qu'ici nous n'ayons pas beaucoup d'exemples à donner. Il est probable que tous ceux qui recueilleront un peu leurs souvenirs en trouveront dans les familles ordinaires. Dans l'histoire, les sciences et les lettres, c'est plus difficile. Les
femmes n'y ayant joué qu'un rôle très restreint, il est naturel que les cas d'hérécULé entre une mère célèbre et une fille célèbre soient assez rares. En voici pourtant quelques-uns
L'empereur Auguste, qui se maria plusieurs fois, eut de Scribonia sa célèbre fille Julie. Celle-ci, mariée à Agrippa, donna naissance à une autre Julie. Toutes deux firent son désespoir, par l'infamie de leur conduite. « Julias, (iliam et neptem,d\l Suétone (c. 65), omnibus probris contaminalas relegavit. »
Remarquons en passant que , d'après le même historien, César eut de Cléopâtre un fils « similem Cœsaris forma et incessu ». Il s'appelait Césarion et mourut très jeune.
Agrippine, femme de Germanicus, « la Mère des camps, » femme résolue, héroïque, pervicax irœ, disait Tacite. Fille d'Agrippa, elle a conservé dans les traits quelque chose de l'air farouche de son ])ère. « Ma fille, lui disait Tibère, tu te plains toujours, si ta ne règnes pas. -» Elle fut mère de la fameuse Agrippine, qui s'asservit Claude et fit de Néron un empereur.
Au moyen âge, on peut citer : Marozia, mère du pape Jean XL Cette femme, célèbre au siècle par ses richesses, son influence et ses déportements, tenait ses vices de sa mère Théodora et les transmit à son fils.
Michelet signale la ressemblance de Marie Leczinska avec, sa fille Adélaïde. « La reine, avant le mariage, avait ' des tendances à l'épilepsie. Même mariée, la nuit, agitée de peurs vaines, elle se levait, allait, venait. Madame Adélaïde semble avoir hérité beaucoup de cette agitation. Elle était courageuse, avait l'audace de sa race, avec certaines peurs enfantines, du tonnerre par exemple.... La reine aimait son père (Stanislas) et en était aimée extre-
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mement, rendait sa- mère jalouse. Adélaïde eut d'elle encore cela, aima éperdûment son père, sans mesure ni raison. » (H. de F., tome XVI.)
Pour nous résumer sur le sujet de l'hérédité directe et immédiate, disons : En fait, l'enfant hérite de ses deux parents. L'un des deux n'a jamais une action exclusive. L'un des deux a toujours une action prépondérante. Cette prépondérance a lieu de deux manières : d'un sexe au sexe du même nom ; d'un sexe au sexe de nom contraire. Nous avons vu que l'une et l'autre sont très fréquentes.
La seule question qu'on puisse poser serait donc celleci': Laquelle des deux est la plus fréquente ?
La réponse à cette question est impossible, et, si elle était possible, serait oiseuse. Il faudrait, pour être strictement exact, rassembler tous les cas d'hérédité directe, en faire deux groupes : d'une part le croisement, d'autre pari le non-croisement, et comparer les deux sommes. Et tout ce travail, impossible d'ailleurs, ne mènerait à rien. Il y aurait probablement entre les deux sommes si peu de différence qu'on ne pourrait dire : Celle-ci exprime la loi, celle-là les exceptions. Toutes les fois que ce cas se présente, et il n'est pas rare, on peut dire que les deux partis ont raison et tort; que chacun ne tient qu'un fragment de la loi, en croyant posséder la loi tout entière. D'ailleurs, ce qui diminue beaucoup l'intérêt de cette question, c'est que la transmission héréditaire n'est pas restreinte aux deux générations qui se touchent : elle les dépasse. Pour la bien comprendre, il faut la suivre dans toute son évolution. C'est ce qui apparaîtra plus clairement après que nous aurons étudié les phénomènes d'atavisme.
LIÎS LOIS
SECTION 1I
LOI DK l'hérédité EN RETOUR OU ATAVISME
Toutes les fois que l'enfant, au lieu de ressembler à ses parents immédiats, ressemble à l'un de ses grands-parents, ou à q-uelque ancêtre encore plus reculé, ou à quelque membre éloigné d'une branche collatérale de la famille, — ce qui doit être attribué à ce que ses membres descendent d'un ancêtre commun à tous, — on dit que c'est un fait d'atavisme. Lucas l'appelle hérédité en retour. Les expressions anglaises de reversion ou Ihrowing-back, les termes allemands Riïckschlag et Rikkschrilt traduisent sous des formes diverses la même. idée.
Ce fait était connu de l'antiquité : Aristote, Galien, Pline en parlent. Plutarque raconte qu'une femme grecque ayant mis au jour un enfant noir, et étant appelée en justice pour adultère, il se trouva qu'elle était en la quatrième ligne descendue d'un Éthiopien. Montaigne s'en émerveille : « Quel monstre est-ce que cette goutte de semence de quoy nous sommes produicts, porte en soy les impressions non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et inclinations de nos pères ? Cette goutte d'eau, où loge-t-elle ce nombre inhny de formes? et comme porte-t-elle ses ressemblances d'un progrez si téméraire et si desréglé que l'arrière-pelit-fils respondra à son bisaïeul, le nepveu à l'oncle ? »
On a déjà trouvé dans la première partie de ce travail un grand nombre de cas d'atavisme ; il suffira de s'en
tenir ici à quelques faits curieux, propres à nous faire
saisir la marche de l'hérédité.
LES LOIS DE l'hérédité 193
Le phénomène du retour est très fréquent dans les races végétales et animales. On en trouvera un grand nombre d'exemples dans l'ouvrage de Darwin sur la variation des animaux et des plantes (t. II, ch. XIII).
Pour nous en tenir aux animaux, Girou de Buzareingues a raconté longuement l'histoire d'une famille de chiens croisés de braque et d'épagneul ; la voici en quelques mots. A la première génération, le produit est un épagneul; croisé avec un braque pur, il en résulte un métis mâle qui a tous les caractères extérieurs du braque; mais si on l'accouple avec une femelle de braque pur, on obtient des épagneuls, et, si on le marie avec une épagneule, on obtient des braques présentant les caractères des braques purs. C'est donc par des phénomènes d'hérédité alternante et d'atavisme, que se révèle tour à tour et d'une génération à l'autre la nature mixte du métis.
Des faits de même nature se rencontrent dans beaucoup d'autres races domestiques. P. Lucas rapporte qu'une jument métisse d'arabe ne trahissait en aucune façon sa noble origine : croisée avec un cheval de race inférieure, elle a donné un produit remarquable par sa ressemblance avec ses ancêtres maternels. Souvent, c'est le contraire qui a lieu, et dans des races améliorées par le croisement, les éleveurs voient souvent reparaître, après une assez longue période, des échantillons du type inférieur. Chez le ver à soie, l'atavisme se présente après plus de cent générations.
D'après l'expérience des éleveurs, il faut en moyenne de six à huit générations pour fixer un caractère et être garanti contre les chances d'hérédité en retour.
Il y a chez les animaux croisés (et ceci tient directement à notre sujet) une tendance h recouvrer les instincts aussi bien que les autres caractères perdus. « Certaines races
RicoT. — Héréditéi 13
de poules, dit Darwin, ont perdu tout instinct d'incubation, au point qu'on a cru devoir, dans les ouvrages spéciaux, consigner les rares cas où l'on a vu pondre des poules de ces races. Cependant l'espèce originelle était nécessairement bonne couveuse, car, dansl'état de nature, il est p,eu d'instincts plus énergiquement développés que celui-là. Or, on a enregistré tant de cas de poules issues du croisement de deux races l'une et l'autre incapables d'incubation et devenues des couveuses de premier ordre, qu'il faut attribuer la réapparition de cet instinct perdu à un retour par croisement. Un auteur va même jusqu'à dire qu'un croisement entre deux variétés non couveuses donne presque invariablement un oiseau capable de couver. »
« Les parents de tous nos animaux domestiques devaient évidemment avoir à l'origine un naturel sauvage; or, quand on croise une espèce domestique avec une autre espèce domestique ou simplement apprivoisée, les hybrides sont souvent fort sauvages, — fait qui n'est compréhensible que si l'on admet que le croisement a dù causer un retour partiel à la disposition primitive \ »
Chez l'homme, c'est un fait vulgaire que certaines affections, telles que le rhumatisme et surtout la goutte, vont du grand-père au petit-fils. Dans les galeries de portraits des anciennes familles et dans les bronzes monumentaux des églises voisines , on voit souvent des types de figures qui se répètent encore de temps en temps dans les membres de ces familles 2.
11 est fréquent de rencontrer chez les enfants le nez ou
1. Accouplement du faisan apprivoisé avec la poule, du canard sauvage domestiqué avec la cane, du sauglier apprivoisé avec le Porc eic^ Pour les détails, voir Darwin, Vanatzon t. II, p. '*6-48- Da. . ^ «rdre purement physiologique, ces cas d'hérédité en retour sont fréquents.