Lucas, t. II
2. Sur cette forme d'hérédité, voir Darwin, Variation, II, 80; Descendance de Vhomme, I, 303, et Lucas, II, 739.
taie qui s'est déclarée au même âge dans diverses générations, entre autres celui d'un grand-père, d'un père et d'un fils, qui se suicidèrent aux environs de leur cinquantième année; et celui d'une famille entière dont tous les membres furent atteints de folie à quarante ans.
En traitant de l'hérédité du suicide, nous avons vu que « l'homochronie » est presque une règle.
Moreau rapporte, dans sa Psychologie morbide, qu'un homme, effrayé de la révolution de 1789, devint fou, s'enferma dans son appartement et, pendant dix ans, refusa d'en sortir. Sa fille, vers le même âge que lui, tomba dans le même état, s'enferma aussi, en refusant de sortir sous aucun prétexte.
Au fond, cette hérédité « homochrone » ne diffère en rien de l'hérédité ordinaire. Mais il n'y a guère de fait qui montre sous une forme plus saisissante le caractèrefatal de la transmission héréditaire. Un déterminisme latent amène chez le père ou la mère une infirmité physique, une disposition organique qui se traduit par le suicide ou par quelque forme de folie. L'enfant est sain, adulte; qu'a-t-il à craindre? Mais le legs fatal était en lui bien avant qu'il s'en révélât chez les parents la moindre trace. 11 était dans cet ovule fécondé d'où il est sorti. Depuis l'instant où le vitellus s'est segmenté, à travers l'évolution de l'oeuf, la vie embryonnaire^ l'enfance, ladolescence, un déterminisme inexorable où chaque état commande celui qui suit , mène insensiblement à la date fatale. Est-il rien qui montre mieux combien l'hérédité pèse sur nous de tout son poids, même quand nous n'en avons nulle conscience et nul souci?
Eérédité d'influence. — Dans une étude psychologique, cette forme de l'hérédité pourrait être omise sans grand
inconvénient. Je ne la mentionne que pour être complet. Elle consiste dans l'influence qu'un premier générateur peut avoir sur les enfants issus d'une seconde union.
Le fait paraît complètement extraordinaire. L'atavisme, en effet, malgré ce qu'il offre d'étrange au premier abord, trouve son explication dans la communauté de sang et d'origine; si le père et la mère restent étrangers en apparence à la nature ..e leur enfant, s'ils sont de simples conducteurs de quelque qualité ou de quelque trait des aïeux, du moins entre les ascendants et les descendants, il y a une chaîne continue qui explique la transmission. Ici, rien de semblable. L'enfant tient d'un être qui n'a rien de commun avec lui que d'avoir été uni à sa mère antérieurement.
Cependant il y a, chez les animaux supérieurs, des faits qui prouvent que l'hérédité d'influence n'est pas très rare. D'anciens auteurs (Van Helmont^ Haller) l'avaient déjà notée. Burdach * en donne l'exemple suivant :
Lorsqu'une jument s'est accouplée avec un âne et a mis au monde un mulet, si plus tard elle est fécondée par un étalon, le cheval qu'elle met bas cette fois a quelques trai-fs de ressemblance avec Fàne.
Le cas le plus souvent cité est celui d'une jument anglaise qui en 1815 s''accoupla une seule fois avec un couagga , âne moucheté d'Afrique , produisit ainsi un mulet marqué de taches; elle ne revit plus ce mâle. Fécondée en 1817, 1818 ët l'823 par trois étalons arabes, elle mit au monde "trois poulains, bruns tachetés comme le couagga.
Une truie qui avait eu d'un sanglier des petits, chez
l. Burdach, Traité de physiologie, II, 2i3.
LES LOIS DE l'hérédité 207
lesquels dominait la couleur brune du père, s'accoupla longtemps après la mort de celui-ci avec des verrats domestiques : parmi les petits de la seconde et de la troisième portée, il s'en trouva plusieurs ayant des taches de la même couleur que celles du sanglier.
Quand une chienne a été fécondée une première fois par un chien de race étrangère, toutes les fois qu'elle met bas ensuite, chacune de ces portées offre un petit appartenant à cette race étrangère, quoiqu'elle n'ait été couverte depuis que par des mâles de la sienne.
Houzeau a cité un assez grand nombre d'autres faits constatés dans diverses espèces d'animaux domestiques *.
« De même, dans l'espèce humaine, nous voyons quelquefois les enfants d'un second lit ressembler au premier époux, mort depuis longtemps, et avoir plus de rapport avec lui , même au moral , qu'avec leur véritable père. » Burdach se contente d'ailleurs de cette affirmation, sans en citer aucun exemple.
P. Lucas fait de même. Il se borne à remarquer judicieusement que le fait d'enfants adultérins ressemblant à leur père putatif n'est, guère probant, vu que le père putatif peut très bien aussi être le père véritable; et que ce serait dans le seul cas de mort, ou d'absence prolongée du mari, que le fait serait concluant.
Depuis la publication de son grand ouvrage sur VHérédité naturelle, il a cru pouvoir signaler comme un cas d'hérédité d'influence le fait suivant ^ : Une femme, devenue aliénée à la suite d'excès alcooliques, est affectée
1. Houzeau, Etudes des facultés mentales des a?7imaicx comparées à celles de l'homme, t. II, p. 412-413. Pour les faits relatifs à l'hérédité d'influence, .voir Lucas, II, B8; Darwin, Variation, I, 428, et une discussion sur ce sujet. Bulletins de la Société d'anthropologie, t. I, p. 291,
2. Clinique de Sainte-Anne, 28 juin 1878. Trousseau, II, 139, rapporte des faits pathologiques curieux.
depuis sa naissance d'un tremblement général. Sa mère, qui avait des rapports intimes avec son médecin, fut prise, durant l'acte du coït, d'une grande terreur de l'arrivée de son mari, qui se traduisit par un tremblement. Une seconde fille, née plus tard, est affectée de la même infirmité, mais à un degré moindre *.
Je trouve dans Miclielet, et je donne sous toute réserve, une assertion qui, si on l'accepte, serait un cas d'hérédité d'influence au point de vue psychologique, — le seul d'ailleurs que je connaisse. « Mme de Montespan, ditil, avait déjà eu un fils de M. de Montespan. Le premier enfant du roi, le duc du Maine, ne rappela que le mari. Il en eut l'esprit gascon, la bouffonnerie. On l'aurait cru de ce côté petit-fils du bouffon Zamet \ »
Tenons-nous-en donc à ce qui vient d'être dit, et, sans nier un fait qui n'a rien d'impossible et" qui ne serait peut-être pas inexplicable, nous pouvons le considérer comme si rare, si difficile à constater psychologiquement, qu'il est inutile d'y insister dans une étude sur l'hérédité mentale.
En résumé, le cas où l'enfant tient également de son père et de sa mère (s'il se rencontre) n'a pas besoin d'explication, étant la loi idéale réalisée dans la mesure possible.
i Ce fait est bien plutôt uii exemple des inauences qui agissent an moment de la génération : nous en parlerons plus loin. Les auteurs qm ont essayé d'expliquer l'hérédité d'influence Yoieut dans 1 imprégnation du mâle par la femelle une sorte d'inoculation, « quelque chose danalo'^ue à la communication de la syphilis constitutionnelle. « Voir Houzeau loc cit — Cl Bernard explique les faits dont nous venons de parler par imë fécondation incomplète. « La quantité de sperme qui descend audessous d'un certain minimum ne donne lieu qu'à une fécondation incomp été Je pense qu'un certain nombre d'oeufs reçoivent une im- SatVon nsuffisante pour se développer en un être nouveau sulhsaute ïéanaîoins pour laisser une empreinte à l'ovule, qu'un complément de fécondation développera plus tard. »