Gall, Fonctions du cerveau
en dépit de ces désunions jusqu'à l'âge de vingt-deux ans.
Gomment, a-t-on dit, douter de la loi d'innéité, quand on voit les grands hommes renaître dans des fils indignes d'eux? « Par quel singulier jeu de la nature, du sage Périclès, peut-il sortir deux sots, comme Paralos et Xantippos, un furieux comme Clinias? de l'intègre Arislippe, un infâme Lysimachos? du grave Thucydide, un inepte Milésias, un stupide Stephanos? de Phocion le tempérant, un dissolu comme Phocus? de Sophocle, d'Aristarque, de Socrate, de Thémistocle, des fils indignes? » On a parcouru aussi l'histoire romaine en notant les mêmes différences : Cicéron et son fils, Germanicus et Galigula, Vespasien et Domitien, Marc Aurèle et Commode. Dans l'histoire moderne, dit P. Lucas, « les fils de Henri IV, de Louis XIV, de Cromwell, de Pierre le Grand, comme ceux de La Fontaine, de Grébillon, de Gœthe et de Napoléon, dispensent de tant d'autres noms qu'on pourrait citer ^ »
Pour notre part, nous n'acceptons pas ces exemples comme des faits probants d'innéité. La plupart sont douteux et beaucoup sont faux. 11 ne suffit pas de dire : Tel homme illustre a des fils médiocres, pour conclure de là que l'hérédité est en défaut. Le fils qui ne tient pas de son père peut parfaitement hériter de sa mère. Nous avons vu que ce cas est si fréquent, que des auteurs en ont fait une règle.
Parmi les exemples cités par P. Lucas, il y en a chez qui l'héritage maternel n'est pas douteux : Commode, Louis XIII, Gœthe, Napoléon IL II est probable que pour bon nombre d'autres, particuHèrement pour ceux qui sont empruntés à l'histoire grecque, si nous avions des données exactes sur les femmes de ces grands hommes ci
j; p. Lucas^ I, 153.
LES EXCEPTIONS k LA LOI D'HÉRÉDITÉ 231
sur leurs ascendants immédiats, il nous serait facile de montrer dans ces personnages obscurs ou dissolus les héritiers de leur mère, de leurs grands-parents. Ainsi l'hérédité reprendrait un grand nombre de faits qu'on lai soustrait à tort.
Toutefois, nous ne voulons pas nier qu'il n'y ait des exceptions et de très graves. Mais une façon plus concluante de les étabhr, c'est de faire remarquer non pas qu'un grand homme a des enfants médiocres, ce qui ne prouve rien, mais que dans des familles obscures éclate tout à coup un grand homme. Or ce cas n'est pas rare. « Souvent, dit Burdach, les parents ont des facultés intellectuelles très bornées, et tous leurs enfants annoncent les plus heureuses dispositions. C'est fréquemment de parents simples que sortent ces hommes supérieurs, ces esprits dont l'influence se fait sentir pendant des milliers d'années, et dont la présence était un besoin pour l'humanité, au moment où ils sont entrés dans la vie. Les plus grands hommes appartenaient à des familles vulgaires, pauvres ou inconnues ^ »
Dans la race nègre, dont l'incapacité est si justement reconnue, les anthropologistes ont fait connaître les noms d'individus doués de facultés remarquables. Toussaint Louverture n'était certainement pas un politique ordinaire. D'après Pritchard, il n'est pas même jusqu'aux stupides Esquimaux, jusqu'aux Groënlandais, qui ne puissent produire des hommes intelligents.
La conformation particulière de certains organes des sens ou leur manque absolu sont des faits d'innéité, à la fois physiologique et psychologique. Il y en a chez qui les yeux sont inhabiles à distinguer une couleur déterminée,
1. Burdach, II, 243. Nous verrons plus loia en quelle mesure ce fait est explicable:
le bleu, le rouge, le jaune. D'autres naissent aveugles de parents qui voient clair. — La surdi-mutité, dans un grand nombre de cas, n'a rien qui l'explique de la part des auteurs de la génération. Les médecins ont cité plusieurs cas de familles où les parents, entendant et parlant très bien, donnaient naissance à des enfants tous sourds-muets. ' — Enfin, le goût et l'odorat sont atteints quelquefois soit d'anesthésie partielle, soit d'insensibilité absolue, sans qu'aucune transmission héréditaire puisse expliquer ce phénomène.
Mentionnons, pour finir, les idiosyncrasies psychologiques et les faits d'exception dans l'ordre mental. La psychologie^ comme la physiologie, a ses cas rares; malheureusement on n'a pas pris autant de soin pour les mentionner et les décrire. Sans parler de la folie, de l'idiotie, de l'hallucination, qui peuvent se produire, en apparence au moins, sans aucun antécédent visible chez les ascendants, il y a des états purement moraux qui se Tencontrent dans une certaine classe de criminels, homicides^ voleurs, incendiaires, et qui, pour ceux qui se placent en dehors des préjugés et des opinions reçues, ne peuvent être considérés que comme des accidents psychologiques plus tristes et non moins incurables que la surdimutité et la cécité. Nous avons donné plusieurs exemples de ces anomalies et de leur hérédité; mais elles se présentent aussi souvent à l'état de cas isolés et non transmis de monstruosités morales. Ces êtres, comme le dit Lucas, n'ont de l'homme que la figure; il y a du tigre et de la brute dans leur sang, ils sont innocemment coupables et quelquefois capables de tous les crimes *.
i. On trouvera un grand nombre d'exemples de ces monstruosité morales dans l'ouvrage déjà cité du D'' Despine, t. Il et III.
Après avoir montré par des faits de tout ordre qu'il existe des exceptions graves à la loi d'hérédité, il reste à expliquer ces exceptions. Nous avons vu qu'il est parfaitement clair et incontestable que l'hérédité dest la loi; que cela ne peut être révoqué en doute, que, même dans les cas que nous qualifions d'exceptions, l'exception n'est jamais que partielle, parce que, quand par hasard l'hérédité ne transmet pas les caractères individuels, elle transmet au moins les caractères spécifiques. La question n'est donc pas de savoir si l'hérédité est une loi biologique, mais si cette loi est absolue. Gomme les exceptions ne sont pas plus contestables que la loi et qu'elles doivent nécessairement avoir une cause, on ne peut faire que l'unede ces deux hypothèses :
Dire qu'il existe dans la nature une cause essentielle, permanente, dont les phénomènes d'innéité sont les effets, en d'autres termes, que le fait biologique de la génération est régi par deux lois : l'une d'innéité, l'autre d'hérédité, la loi n'étant que l'expression de ce qu'il y a de constant dans la production des phénomènes, le rapport invariable qui existe entre la cause et l'effet : c'est la thèse qu'a soutenue P. Lucas et qui depuis est devenue presque classique.
Ou bien dire qu'il n'y a que des causes accidentelles d'innéité, qu'elle n'est jamais qu'un hasard, qu'un résultat du jeu et du concours fortuit des lois naturelles, maisqu'elle n'est l'effet d'aucune loi distincte et spéciale; en sorte qu'il y a une loi d'hérédité avec ses exceptions, et non pas deux lois, l'une d'hérédité et l'autre d'innéité. Cette seconde thèse est la nôtre. Mais avant de Texposer, nous devons discuter l'opinion contraire.
Le Lucas en a donné une exposition complète en la
rattachant à des principes pliilosophiques. Pour lui, tout être vivant considéré dans son origine, c'est-à-dire dans sa génération, est le produit de deux lois qu'il place sur le même plan et au même niveau. L'une est la loi d'innéiié, par laquelle la nature crée et invente sans cesse, L'autre est la loi d'hérédité, par laquelle la nature s'imite et se répète continuellement. La première est le principe du divers; la seconde, le principe du semblable. Si l'une existait seule, il n'y aurait dans le monde de la vie que des différences infinies en nombre; si l'autre existait seule, il n'y aurait que des ressemblances absolues. Mais, pris ensemble, ces deux principes expliquent comment tous les êtres vivants de la même espèce peuvent être à la fois semblables entre eux par leurs caractères spécifiques, et différents entre eux par leurs caractères individuels.
Si, en se plaçant à un point de vue métaphysique, on examine la question ici posée, on ne peut nier qu'elle soulève un problème difficile. Le moyen âge l'a vivement agité sous le nom de « problème de l'individuation ». En deux mots, voici l'allernative qui se pose : si l'on en vient à considérer le général comme la réalité véritable, on devra logiquement conclure que l'individu n'est plus qu'un phénomène passager et sans valeur, résultat éphémère de lois qui se croisent et se combinent de mille manières, dans le déroulement infini du monde : et, pour parler avec P. Lucas, on affirmera le semblable en niant le divers; l'hérédité sera la loi; l'innéité, l'exception. — Si, au contraire, on regarde l'individu comme une réaUté, comme une sorte de monade que les lois de la nature gouvernent et pressent de toute part, mais sans pouvouentamer ce qu'il y a en elle d'essentiel, d'impénétrable, alors on placera le divers au-dessus du semblable et l'on sacrifiera l'hérédité à l'innéilé.
Nous n'avons entrepris ici qu'une étude de psychologie expérimentale; nous n'avons donc pas à discuter ce problème de métaphysique. Il suffit en passant de le noter : si nous redescendons sur le terrain de l'expérience, il est impossible de nier assurément l'existence du divers, car il est donné à titre de fait. Dans la nature, il n'existe pas deux êtres semblables. Quand nous considérons un grand troupeau de moutons, si nous ne voyons entre eux pour la plupart aucune différence, l'œil exercé du berger peut distinguer chacun d'eux. On sait que les courtisans d'Alphonse X cherchèrent en vain deux feuilles semblables. Mais, si le divers existe, n'est-il explicable que par une loi spéciale? Nous ne le croyons pas.
L'hérédité peut jouer, en vertu même de sa loi fondamentale, le rôle de cette force (Vinnéité, imaginée par P. Lucas. Pour nous, il y a des faits d'innéité dus à des causes accidentelles; il n'y a pas de loi d'innéité. Bien mieux, l'hypothèse de P. Lucas est contradictoire. En effet, pour comprendre combien l'innéité a peu le caractère d'une loi, qu'on remarque que la loi est identique aux phénomènes qu'elle régit, puisqu'elle n'est que l'expression de ce qu'il y a en eux de permanent et d'essentiel, et qu'elle permet de les prédire. Si vous supposez la loi d'hérédité seule à l'œuvre, sans influences perturbatrices, vous pouvez prédire que le produit ressemblera à l'un de ses parents ou aux deux. Mais supposez une loi d'innéité, il n'y a plus aucune prédiction ni prévision possible, puisque tout peut se produire, puisque la diversité est la règle : c'est le désordre en permanence. Or on ne pourra jamais de là tirer une loi. Une loi se découvre par un travail d'abstraction et de généralisation qui no peut s'appliquer à des cas totalement divers, puisqu'on so propose justement de chercher les ressemblances et d'éli-
miner les différences. Tous ces cas épars, toutes ces diversités qu'on ne peut réunir en un faisceau, on les appelle des anomalies, c'est-à-dire des faits sans lois. Qu'on parle donc de faits d'innéité, c'est fort bien; mais une loi d'innéité est une contradiction dans les termes. Là où par hypothèse il n'y a pas deux effets qui se ressemblent, on peut à la rigueur admettre l'intervention arbitraire d'une puissance créatrice, mais nullement l'action régulière et constante d'une loi.
Il est donc impossible de reconnaître deux lois antagoi.istes, dont l'une serait l'hérédité et l'autre l'innéité. Ajoutons que les doctrines contemporaines sur l'origine des espèces et leur évolution n'admettent rien qui ressemble à une loi d'innéité. Outre la sélection et l'hérédité, qui sont les facteurs principaux de cette transformation, elles supposent bien ce que Wallace appelle « la tendance des variétés à s'éloigner indéfiniment du type' originel; » mais cette tendance, qui est la source première de toute variation, est due à des actions de miheu, c'est-à-dire à des causes accidentelles et fortuites, nullement à une entité inintelligible, à la loi hypothétique de P. Lucas.
Si donc il n'existe pas de loi d'innéité, il ne reste plus qu'à voir, dans les faits précités, des exceptions à la loi d'hérédité. Gomment les expliquer? En les attribuant non à une cause, mais à des causes. Assurément, il est beaucoup plus simple de dire, toutes les fois que l'hérédité est en défaut : Ceci est un résultat de l'innéité; c'est l'innéité qui fait que tel grand homme ou tel grand criminel se produit brusquement dans telle famille; mais il importe peu que l'explication soit simple, si elle est chimérique. C'est qu'en réalité il n'y a pas de problème plus difficile, plus compliqué, que de rendre compte de ces exceptions et de montrer comment l'hérédité peut se
transformer au point de devenir méconnaissable. Dans l'état actuel de la physiologie et de la psychologie, il est impossible d'expliquer ces cas exceptionnels d'une manière complète, satisfaisante. On ne peut qu'entrevoir les explications.
Les exceptions à la loi d'hérédité me paraissent réduc libles à deux catégories :
1° Celles qui viennent de l'hérédité elle-même et qa par conséquent ne sont qu'apparentes;
2° Celles qui résultent de causes étrangères à l'hérédité.
SECTION I
EXCEPTIONS DÉRIVANT DE l'hÉRÉDITÉ ELLE-MÊME.
Si nous concevons l'acte de là génération dans des conditions aussi simples que possible, un être unique engendrant un autre êf.re, en dehors de toute cause perturbatrice, il nous est absolument impossible de concevoir comment le produit différerait du producteur ; car il n'y a pas de raison pour admettre telle déviation plutôt que telle autre : cette déviation serait un effet sans cause. L'aphorisme de Linné : Le semblable produit le semblable, ou plus exactement, comme le dit Hseckel : « L'analogue produit l'analogue, » s'impose donc à nous avec l'évidence d'un axiome. Mais, en réalité, tout ne se passe pas avec cette simplicité idéale. D'abord, dans l'acte de la génération, il y a d'ordinaire deux sexes, par conséquent deux hérédités en lutte : première cause de diversilé. il y a aussi des causes accidentelles agissant au moment même de la génération : autre cause de diversité. Enfin il y a les influences internes ou externes postérieures à la conception.
Laissons pour le moment ces dernières causes, afin d'étudier la seule influence des parents.
On sait depuis longtemps que la transmission héréditaire est bien plus sûre par la génération asexuée que par la génération sexuée. Si, dans un végétal, quelque caractère nouveau se produit par variation spontanée, l'horticulteur pour le fixer se sert de boutures et non de graines. Mais les êtres sentants et pensants, les seuls qui nous occupent ici, sont soumis à la génération sexuée; nous avons donc toujours en jeu deux hérédités antagonistes.
.Un peu de réflexion montre que l'action unique de ces deux facteurs peut donner lieu aux résultats les plus dissemblables : moyenne entre les deux parents, prépondérance du père à tous les degrés possibles, prédominance de la mère à tous les degrés possibles, naissance de qualités nouvelles grâce à des combinaisons mentales que nous ignorons, ou grâce à des transformations dont nous parlerons dans la suite.
Ce n'est pas tout : les parents transmettent des quahtés anceslrales qui sont restées en eux à l'état latent. Nous avons vu que l'atavisme est possible aubout.de cent générations et que, chez les animaux supérieurs, l'expérience des éleveurs fixe à huit ou dix générations le temps nécessaire pour éliminer les chances de retour. Remarquons que dix générations (c'est-à-dire pour l'homme environ trois siècles) représentent 2048 générateurs dont l'influence plus ou moins marquée est possible.
Pour ôter à ces considérations ce qu'elles ont de vague, il est absolument nécessaire de soumettre à une analyse précise un cas quelconque d'hérédité. A cette condition seule, le lecteur pourra entrevoir la complexité du problème et comprendre comment la plupart des exceptions à l'hérédité viennent de l'hérédité elle-même.
Dans un mémoire peu connu, un physiologiste distingué, le professeur Lemoigne (de Milan) a fait ce travail avec tant de soin que nous nous bornerons à en traduire la plus grande partie. Les formules employées par l'auteur sont nécessairement schématiques; mais leur usage était indispensable pour guider l'esprit pas à pas dans cette analyse :
« Tous les biologistes et les zootechniciens sont d'accord sur deux lois également fondamentales. La première, c'est que, si grande que soit la ressemblance du produit avec l'un de ses parents immédiats, il présente toujours quelques traces des caractères de l'autre parent. La seconde, c'est que le degré de ressemblance n'atteint jamais l'identité.
« Partant de ces principes et représentant par le chiffre 100 le nombre des ressemblances ou des caractères que chacun des producteurs peut transmettre au produit, et par le chiffre 100 le maximum des ressemblances que le produitpuisse hériterde ses deux parents, la ressemblance maxmia du produit avec le père pourra se représenter ainsi :
et la ressemblance maxima d'un auLre produit avec la mère sera :
Ces formules satisfont aux lois sus-énoncées. Mais, la ressemblance avec le père pouvant avoir lieu à des degrés moindres, on peut poser les formules suivantes :
98P + 2M; 97P + 3M, etc.,
et on peut par suite établir la progression arithmétique :
09P + 1M, 98P + 2M, etc., 50 P + 50 M, etc., 99 M + 1 P,
dans laquelle le terme 50 P + 50 M exprimerait chez le produit un degré de ressemblance égale aux deux parents et les deux termes extrêmes le maximum de ressemblance avec l'un ou l'autre des parents.
« D'une pareille progression ressort le peu de validité du principe d'égale participation des deux sexes dans la transmission héréditaire, dès qu'on veut donner à cette égaUté le caractère d'une loi générale. En fait, le cas d'égalité.se réduit au terme ;du milieu 50 P + 50 M, en supposant qu'il se produise. L'égalité des deux sexes dans la transmission héréditaire doit être bien plutôt exceptionnelle à cause des nombreuses causes qui rendent inévitable la prépondérance de l'un ou l'autre parent.
« En définitive donc, la formule représentant en thèse générale la quantité des caractères hérités chez le fils (F) ne peut pas être :
mais bien, en indiquant par p les qualités propres au père
6t si l'on veut, comme nous l'avons fait plus haut, restreindre il 100 le maximum des caractères héréditaires, la formule pourra être ainsi modifiée :
■et par p' les qualités propres à la mère :
lUU X — ^yy
ou, pour généraliser la formule et la rendre applicable à toutes les possibilités numériques :
Los éléments de la formule ont été réduits à leur plus grande simplicité, afin de faire mieux comprendre les combinaisons possibles dans la transmission héréditaire. En fait, une cause nouvelle et importante vient compliquer la question : c'est l'atavisme. L'influence de ce nouveau facteur à travers les générations explique la permanence des caractères des races pures de tout mélange et maintenues dans des conditions identiques, ce qui a fait dire que dans de telles races chaque individu n'est qu'une épreuve tirée une fois de plus d'une page stéréotypée pour toujours.
« n est certain que les quahtés ancestrales peuvent
être transmises au produit aussi bien du côté du père que du côté de la mère, les deux parents recevant d'ailleurs leur contingent propre de la double série d'ancêtres dont ils proviennent.
« Pour se rapprocher davantage de la réalité, notre formule a donc besoin d'être modifiée, et elle peut s'exprimer
en représentant par at les qualités ancestrales transtriig. sibles du côté du père, par at' les quahtés ancestrales transmissibles du côté de la mère.
« Il reste à voir dans quelle proportion l'atavisme paternel et maternel peut entrer en combinaison avec les qualités individuelles et p' de chacun des deux parents. Ici encore, toutes les possibilités sont admissibles. Il semble incontestable que dans certains cas l'hérédité paternelle peut masquer l'hérédité maternelle, mais non l'atavisme procédant des deux parents; dans d'autres cas, l'atavisme maternel, par exemple, aura la prépondérance; dans d'au-
lliDOT. — Hérédité. ir
amsi :
très, les qualités individuelles de la mère, etc. ; enfin, dans d'autres cas, deux ou trois de ces facteurs se réunissent pour combattre les autres.
a Pour mieux éclai.:cir la question, recourons à la série progressive, dans laquelle 100 exprimait le maximum des caractères héréditaires chez le produit. Elles lui viennent de quatre sources. On peut établir ainsi quatre premiers termes ou points de départ d'autant de séries :
Série 1'». Série 2e. Série 3». Série 4o.
i at i al 97 at 1 at
1 at' 1 ai' 1 at' 97 at'
« Le second terme^ le troisième terme de chacune de ces progressions peuvent être assez simples, toutes les fois que deux facteurs restent invariables. Ainsi , par exemple, la série première peut être :
i at i at i at l at
\ ai' 1 at' 1 at' 1 ai'
at état' restant constants.
« Mais, si l'on suppose que les chiffres varient, les séries deviennent très nombreuses et expriment un grand nombre de combinaisons possibles qui se vérifient précisément dans l'éventualité infinie des générations.
« Des combinaisons infinies auxquelles donne lieu le conflit de ces quatre facteurs imprescriptibles dont nous avons parlé, ressort clairement cette conséquence que ni la seule puissance de l'individu, ni la seule puissance de l'atavisme ne peuvent être érigées en loi unique et abso-
lue de l'hérédité. On voit au contraire que, selon les cas, l'un des facteurs, ou deux ou trois, ou les quatre entrent en scène ou s'associent pour expliquer les ressemblances héréditaires d'un produit donné.
« Pour accroître démesurément le nombre des combinaisons possibles, on pourrait à volonté imaginer d'autres séries variées, telles que, dans le premier terme de la série, les quatre éléments principaux de l'hérédité entrent en proportion plus ou moins irrégulières et procèdent avec des dilïérences arithmétiques variées entre elles, par exemple :
38 at 41 af 44 at
i2 at' 7 at' 7 at'
OU bien encore :
2Sy 26 p' ■ 27 p'
23 at 26 at 27 at
25 al' 22 at' 19 af
et ainsi de suite.
« Toutes ces hypothèses, qui toutes expriment des cas possibles, ont pour résultat d'établir le principe d'une quantité infinie de combinaisons imaginables.
« Cependant notre formule ne permet pas d'exprimer la possibihté des changements qui se produisent dans les espèces ou les races par l'acquisition de .caractères nouveaux. Cette formule en efFet condamnerait les espèces et les races à une immobilité ou du moins à un mouvement limité dans un cercle restreint, qui seraient la négation du darwinisme.
« Nous sommes donc obligés de tenir compte des effets
d'une cinquième puissance qui ajoute de nouvelles qualités à celles que le produit a héritées de ses parents et qu'il peut transmettre en totalité ou en partie à ses descendants. Ce sont les qualités qu'il a acquises depuis ia naissance (par l'effet de l'activité fonctionnelle, du climat, d'une alimentation spéciale, etc.) et qui se sont fixées en lui de manière à être plus ou moins transmissibles. « En conséquence, la formule de l'hérédité :
qui est applicable à tout produit, doit être modifiée de la manière suivante, quand on le considère à son tour comme reproducteur (R) :
OU plus simplement :
(p + ai) + (p' + ni') + acq wR= ^
« Cette dernière formule exprime l'ensemble et la répartition des n qualités qu'un reproducteur (mâle ou femelle) peut transmettre à ses propres descendants.
« Dans le développement de ces formules, nous n'avions d'autre but que d'analyser sous une forme purement abstraite et de traduire par des signes sensibles d'une expression générale les combinaisons multiples des cinq puissances dont dépend le phénomène complexe de l'hérédité. Nous ferons remarquer que ces cinq puissances ne sont pas un fruit de l'imagination, mais qu'elles sont le résultat des observations de tous ceux qin ont étudié la question'. »
1. Reale Istituio Lor..bardo di scienze e lettcre. ^^^'^f^""^^^^^ p. 419 et aiiiv. Duos une « roctiEcatioa », rautcin- fait remarquer que le»
LES EXCEPTIOiNS A LA LOI D'HÉRÉDITÉ
ir
Le fait de la transmission hérédiLaire, si complexe qu'il paraisse dans le précédent travail, ne s'y montre pas encore dans toute sa complexité. On a considéré les qualités physiques et mentales comme des forces ou mouvements qui parfois s'additionnent, parfois se détruisent partiellement, parfois se font équilibre; mais on suppose qu'il y a identité de nature entre les causes et les effets, les composantes et les résultantes. Cependant, suivant une remarque de Stuart Mill, toutes les fois qu'un effet est le résultat de plusieurs causes (et rien n'est plus fréquent dans la nature), il peut se présenter deux cas : tantôt l'effet est produit par des lois mécaniques, tantôt par des lois chimiques. Dans le cas des lois mécaniques, chaque cause se retrouve dans l'effet complexe, absolument comme si elle avait agi seule : l'effet des causes concourantes est précisément la somme des effets séparés de chacune. Au contraire, la combinaison chimique de deux substances en produit une troisième dont les propriétés sont complètement différentes de chacune des deux autres, soit séparément, soit prises ensemble : ainsi la connaissance des propriétés du soufre et de l'oxygène ne nous fait pas con-
dernières formules, quoique suffisantes pour donner aux naturalistes une Idée de lliérédité, peuvent être critiquées au point de vue matliématique et qu'il faudrait écrire :
F = [mp + nat) + {m'p' + n'at'),
ca supposant
et de môme :
R = (mp + nat) + {mfp' + n'af) + xacg,
en supposant
naîli'o celles de l'acide sulfurique Dans le domaine de la vie (et il renferme la pensée), rien de plus fréquent que le second cas. Bien qu'il n'existe pas une chimie mentale qui nous permette de retrouver les éléments dans leurs combinaisons, nous pouvons cependant, dans le sujet qui nous occupe, signaler des transformations psychiques d'une haule probabilité. Ceci nous conduit à examiner une autre cause de déviation du type héréditaire : ce sont les métamorphoses ou transformations de Vhérédité.
Cette étude a été faite en détail par Moreau (de Tours) dans sa Psychologie morbide. Nous renverrons pour le détail à cet ouvrage, en nous bornant à en extraire ici les faits les plus curieux pour la psychologie ^
« C'est mal comprendre^ dit-il , la loi d'hérédité que d'attendre à chaque génération nouvelle le retour de phénomènes identiques. Il y en a qui ont refusé de soumettre les facultés mentales à l'hérédité, parce qu'ils voudraient que le caractère et l'intelligence des descendants fussent exactement semblables à ceux des ascendants , qu'une génération fût la copie de la précédente, que le père et le fils donnassent le spectacle d'une même créature, naissant deux fois et parcourant chaque fois la même vie dans les mêmes conditions. Mais ce n'est point dans l'identité des fonctions ou des faits organiques ou intellectuels qu'il faut chercher l'application de la loi d'hérédité : c'est dans la source même de l'organisation, dans la constitution intime. Une famille dont le chef est mort aliéné ou épileptique ne se compose pas nécessairement d'aliénés et d'épileptiques; mais les enfants peuvent être idiots, paralysés, scrofuleux. Ce que le père a transmis à ses enfants, ce n'est pas sa foHe, mais c'est le vice de sa constitution, qui