CHAPITRE II
LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE l'hÉRÉÛITÛ
Il n'est pas inutile de rechercher d'abord si toutes les formes de l'activité psychique sont transmissibles au même degré ou si l'on peut les classer suivant un ordre de fréquence.
Pour ce qui concerne la transmission des qualités physiques, je n'ai pas à m'en occuper ici. Je constate seulement que les physiologistes n'ont guère étudié cette question. Le professeur Robin fait remarquer en passant « que l'hérédité fonctionnelle est d'autant plus prononcée qu'elle porte sur un système organique dérivant d'un& lanière plus immédiate du vitellus fécondé » \
l « Les feuillets du blastoderme, externe et interne, ajoute le même auteur emportent avec eux l'hérédité morbide des tumeurs cancéreuses nu sont des dérivés de leurs éléments cellulaires. Le système nerveux central, premier dérivé de Tectoderme, emporte avec lui d'une marner., pre crue aussi directe les qualités qu'avait ce système chez les generafeSs et d'une manière plus prononcée que les systèmes qui embryogénimiement naissent plus tard. » {Dictionnaire encycl. des sciences meart. Fécondation, p. 36b. - Le Lacassagne (même ouvrage , r oNSANGUii^iTÉ p 679 donne la série suivante dans l'ordre de decrois- Tance TéSs^e lâ vie végétative (nutrition et tissu.); 2» élément, de là vie animale (structure, formes, vie médullaire et S^mshonnaire etcO , 3- tfslis à pigmentation (couleur de la peau ou de la robe chez le. aoimaux).
En ce qui concerne l'esprit, une conception inconnue à l'ancienne psychologie, familière à la nouvelle, consiste à considérer la constitution mentale de chaque individu comme formée par des modes d'activité psychique inégalement organisés et variant du plus stable au plus instable. Les formes les mieux organisées, qui sont aussi les plus simples, sont nécessairement les plus sohdes, celles qui résistent le mieux à la maladie ou à toute autre cause de destruction, par suite aussi celles qui sont le plus réguhèrement transmises par hérédité, et, dans l'hypothèse de l'évolution, celles qui ont été le plus anciennement acquises par l'espèce. D'une manière générale, le degré d'organisation donne la mesure du degré de transmissibilité. On peut conséquemment admettre l'ordre de fréquence décroissante qui suit, en faisant remarquer qu'il s'agit d'une transmission de chaque mode d'activité en général, non des variations individuelles :
1° Les instincts, qui, pour une grande portion de l'espèca animale, constituent la totahté de la vie psychique.
2° La faculté de percevoir par les sens, avec les différentes formes d'activitéqui s'y rattachent immédiatement.
3" Les sentiments : ils sont d'autant plus transmissiblesqu'ils sont plus simples et liés au corps, d'autant moins transmissibles qu'ils sont plus complexes et liés à l'intelligence. Dans une position intermédiaire se trouve ce groupe de sentiments qui dépendent de notre constitution, physique et mentale et qui composent le caractère individueL On peut remarquer que les enfants héritent du caractère d'un de leurs parents bien plus fréquemment que de son intelhgence : fait qu'on ne peut attribuer ni à l'éducation ni au milieu, car les parents font souvent tous leurs efforts pour réprimer des tendances dont ils ont éprouvé eux-mêmes les inconvénients.
4° L'intelligence, qui sous sa forme élémentaire est toujours héritée (hormis les idiots), mais qui devient de moins en moins transmissible' à mesure qu'elle croît en complexité.
8 En mefondantsurquarante-cinqansd' observations, dit M. de Gandolle, et sur des faits de même nature que mon père, grand observateur de ces sortes de choses, m'avait fait remarquer, je suis arrivé à cette conclusion : les dispositions morales et intellectuelles m'ont paru moins héréditaires que les formes extérieures et les dispositions purement physiques. Nous avons connu des familles où la majorité des individus a été méchante; d'autres, où elle a été composée de gens bons et affectueux; des familles où l'imagination domine; d'autres, où c'est la raison; des familles bornées et des familles intelligentes. Il est difficile d'attribuer de semblables faits uniquement à l'éducation Selon mes propres observations et réflexions,
la transmission héréditaire serait plus sensible dans les faits moraux que dans les faits intellectuels ' . »
L'étude des conséquences psychologiques de l'hérédité devrait commencer par les instincts. Nous ne reviendrons pas ici sur un point déjà traité Il suffira de rappeler brièvement les résultats certains ou probables auxquels nous avons été conduits.
Si l'hérédité ne jouait qu'un rôle conservateur, ses conséquences, psychologiques ou autres, seraient si simples qu'elles tiendraient en une ligne. En partant de l'hypo-