‹ L'hérédité psychologique [electronic resource]Chapitre 83 sur 113 · Voir partie, ch. I · texte numérisé non relu

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thèse de types individuels, créés une fois pour toutes avec leurs attributs physiques et moraux, Thérédité aurait pour conséquence la répétition indéfinie de ces types, avec quelques déviations accidentelles, faits insignifiants d'innéité. Il n'en est rien. Nous avons vu que, malgré le caractère d'immutabihté qu'on attribue d'ordinaire aux instincts, ils peuvent varier, et que ces variations sont transmissibles. De là une première conséquence de l'hérédité : elle rend possible l'acquisition de nouveaux instincts. Cette conséquence est appuyée sur les faits, certaine, incontestable.

Une autre conséquence, simplement probable et que nous n'avons donnée qu'à titre d'hypothèse, ce serait la genèse de tous les instincts, sans exception, par voie d'hérédité. Les instincts, considérés comme des habitudes héréditaires, auraient été engendrés par accumulation d'actes psychiques très simples à l'origine, mais qui, en vertu de la loi d'évolution, ont passé du simple au complexe, de l'homogène à l'hétérogène, donnant ainsi naissance à ces actes très compliqués qui nous semblent une merveille.

Nous pouvons encore considérer le rôle de l'hérédité sous un autre aspect. On a depuis longtemps remarqué combien, chez l'homme, la part des instincts est effacée, et il ne fait de doute pour personne que le développement de son intelligence en est la cause. C'est un cas de la loi de balancement organique ou de compensation de développement qui (nous l'avons vu ailleurs) se rencontre en psychologie : l'hypertrophie d'une faculté entraîne l'atrophie d'une autre.

Ici, l'hérédité agit dans deux sens opposés. Pour l'intelligence, elle conserve l'acquit de chaque génération et, en accumulant les gains, rend de nouveaux gains possibles.

Pour les instincts, elle maintient leur tendance à l'afTaiblissement et, en rendant les pertes irréparables, assure les chances de nouvelles pertes. Par un même mécanisme, elle produit deux résultats contraires.

« Si riiomme, dit Bagehot, provient de quelque espèce animale transformée, — et cette doctrine, sans être prouvée d'une façon irréfutable, a de grandes probabilités en sa faveur et repose sur de nombreuses analogies scientifiques, — il a dù posséder tout d'abord des instincts animaux, ils n'ont dù se perdre que graduellement; cependant ils lui servaient d'aide et de protection. Les hommes préhistoriques, par conséquent, devaient avoir des ressources et des sentiments que les sauvages actuels n'ont pas. Probablement cela est vrai des premiers hommes, des premiers êtres qui aient mérité ce nom. Ils avaient ou pouvaient avoir eu certains restes d'instincts qui les aidaient dans la lutte pour l'existence, et, au fur et à mesure que a raison venait, ces instincts peuvent s'être effacés. Quelques instincts disparaissent certainement lorsque l'intelgligence s'applique avec suite à l'objet de leur activité. Ces curieux enfants mathématiciens, ces prodiges arithmétiques qui, par une étrange faculté innée, jouent avec les sommes les plus effrayantes, perdent toujours quelque cbose de cette faculté et quelquefois la perdent entièrement, si on leur apprend à compter par règles comme les autres bommes. De même, j'ai entendu dire qu'un homme pouvait à force de raisonner sur l'instinct de la décenceperdre cet instinct, s'il voulait seulement en prendre la peine et y travailler assez opiniâtrément. Il est possible que d'autres instincts primitifs aient disparu de la même manière »

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