‹ L'hérédité psychologique [electronic resource]Chapitre 84 sur 113 · Lois scientifiques du développement des natioJis, p · texte numérisé non relu

Lois scientifiques du développement des natioJis, p

LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE L'HÉRÉDITÉ ' 28o

En ce qui concerne l'intelligence, les uns n'attribuent à rhérédité qu'une influence secondaire : elle permet la transmission et l'accumulation de certains caractères, elle rend possible le développement de l'intelligence, dans l'individu et dans l'espèce.

Les autres vont beaucoup plus loin ; ils accordent à l'hérédité un véritable pouvoir créateur; la genèse des formes constitutives de l'intelligence, des lois et conditions de la pensée serait son œuvre.

Commençons par examiner cette dernière doctrine, la plus radicale, la plus neuve. Soutenue en Angleterre par quelques philosophes contemporains, elle a posé, sous une forme toute nouvelle, le problème de l'origine des idées. D'ailleurs, si on la tient pour vraie, elle accorderait à l'hérédité un rôle si capital, qu'elle vaut bien la peine que nous en parlions à notre aise.

L'un des grands mérites de l'école sensualiste a été de comprendre de bonne heure l'importance des questions de genèse. Au fond, dans ses recherches sur l'origine de nos connaissances, ce qu'elle a essayé de faire, c'est l'embryologie de l'esprit. Il ne semble pas cependant qu'elle en ait eu une conscience bien claire à l'origine ; autrement, on ne saurait s'expliquer comment Gondillac et Bonnet ont pu imaginer leur statue, véritable individu adulte, dont la genèse ne pouvait être qu'illusoire et artificielle. Autant vaudrait pour le physiologiste prendre l'homme à sa naissance, sans s'inquiéter de la période embryonnaire qui l'a précédé. On reste confondu de voir combien les procédés de Gondillac sont superficiels, extérieurs, incomplets, et avec quelle simplicité il croit expli-

quer et produire les phénomènes les plus embrouillés et les plus complexes. Mais la critique de la méthode de Gondillac a été très bien faite, môme dans son école D'ailleurs, fùt-elle encore plus mauvaise qu'elle n'est, il faudrait lui savoir gré d'être entrée dans la bonne voie, d'avoir pressenti que l'embryogénie de l'esprit était à faire.

Au temps de Gondillac, les diverses hypothèses des naturalistes, sur la génération, pouvaient se réduire à deux principales : l'une admettant la préexistence des germes, l'autre l'épigenèse,

La doctrine de la préexistence des germes, appelée aussi de V emboîtement, était la plus ancienne et avait en quelque sorte un caractère orthodoxe. Yallisnieri, Bonnet, Spallanzani la soutinrent au xviii^ siècle ; Haller s'y rattachait. Elle supposait que l'œuf contient déjà l'animal ou l'homme tout formé, mais à l'état de petitesse infinie; que les êtres, avec la structure qui leur est propre, sont contenus dans les œufs, de mère en mère, depuis la création; que l'acte de la génération ne fait que leur donner la vie et les rendre capables de croissance et de développement. « Ce ne sont, disait Maupertuis, dans la Yénus physique, que de petites statues renfermées les unes dans les autres, comme ces ouvrages de tour où l'ouvrier s'est plu à faire admirer l'adresse de son ciseau, en formant cent boîtes qui, se combinant les unes dans les autres, sont contenues dans la dernière. »

Au contraire, la doctrine de l'épigenèse, qui avait alors pour représentants Buffon et Wolff, soutenait que l'être est formé de toutes pièces, dans l'acte de la génération. Les erabryologistes du xrx^ siècle ont montré qu'à l'ori-

Page 1