Bagehot, ouvrage cité, p
LES CONSÉQUENCES PSYCUuLUGlQUES DE L'HÉRÉDITÉ 299
l'imbécile), ne dérive pas pour une bonne part de l'hérédité. Tous les voyageurs comparent les races inférieures à des enfants, pour la violence et la mobilité de leurs désirs et pour la faiblesse de leur raison. L'humanité n'a pu sortir de cet état que peu à peu. Il n'est pas douteux qu'aujourd'hui une bonne partie de ces notions viennent de l'éducation; mais elles ne s'implantent si facilement que parce qu'elles trouvent un cerveau préparé. Placé dans un milieu civilisé, le sauvage peut contracter ces habitudes intellectuelles; mais, rendu à lui-même, il ne les conserve pas, ne les transmet pas. Le terrain n'était pas approprié par une culture assez longue. Dans cette humanité primitive, un homme doué de ce sens commun qui court partout, eût semblé muni de la sagesse d'un dieu.
Nous venons de voir comment, d'après certaines hypothèses, l'hérédité contribuerait à créer l'intelligence : il nous reste à voir maintenant comment elle contribue à la développer. Nous prendrons ici le mot « intelhgence » dans son sens à la fois vulgaire et philosophique, c'est-à-dire comme cette faculté de juger, de raisonner, d'abstraire, qui s'appelle dans la pratique, prudence, bon sens, tact, finesse, esprit, pénétration; dans l'art, invention et goût; dans la science, faculté de découvrir, de généraliser, de saisir des rapports. Ayant établi ailleurs la réalité de l'hérédité intellectuelle par des faits nombreux, empruntés à la psychologie normale ou morbide et à l'histoire, nous l'admettrons ici à titre de loi empirique et nous en recherchons les conséquences.
Si l'on considère l'hérédité dans des conditions pure-
ment idéales, rien de plus simple que d'en déterminer les conséquences; elle fixe et conserve les modes de l'intelligence qui se sont produits. Ainsi, une certaine variété intellectuelle, Vhumour, par exemple, naît chez un individu, soit par variété spontanée, soit par ce concours fortuit de causes que quelques auteurs ont appelé l'innéité : l'hérédité, si elle agissait seule, transmettrait cette modification mentale à toutes les générations suivantes sans interruption. Mais nous avons vu qu'elle a à lutter contre des obstacles de toute nature, qui tendent sans cesse à l'affaiblir ou même à l'annihiler. Toutefois, si, au lieu de considérer des cas isolés, où l'hérédité paraît se trouver en défaut, nous comparons un grand nombre de cas; si nous nous attachons à ce qu'on a appelé la loi des grands nombres, l'exception disparaît, l'accidentel s'efface, et la loi, c'est-à-dire le caractère essentiel, reprend le premier rang. C'est ainsi que l'hérédité contribue àfoimerle caractère national. Une certaine tournure d'esprit peut fort bien ne pas se perpétuer dans une famille; mais si elle est commune à une tribu, à un peuple, à une race, on peut affirmer qu'elle doit se perpétuer. Nous avons vu combien, au fond, l'esprit français ressemble à l'esprit gaulois décrit par Strabon, Diodore de Sicile et les historiens anciens. Ainsi, dans la formation et la conservation du caractère propre à une famille ou à un peuple, l'hérédité est un facteur très important. Sans insister ici sur ce fait, qui est moins une conséquence de l'hérédité que la loi elle-même, 50US sa forme la plus complète, nous examinerons un autre point plus curieux, moins connu, plus difficile à établir, mais qui, sous le rapport intellectuel, constitue une conséquence importante de l'hérédité. Elle peut s'énoncer ainsi, sous sa forme idéale, c'est-à-dire sans tenir compte des exceptions. L'hérédité, agissant par voie d'accumula-
lion, augmente l'intelligence à chaque génération et la rend ainsi capable de nouveaux développements.
C'est ce que nous allons essayer de montrer.
Indiquons d'abord les bases physiologiques du fait qui 710US occupe. C'est un fait bien connu que tout organe se développe par l'exercice : les muscles des bras chez le forgeron, ceux des jambes chez le grand marcheur. L'organe produit la fonction; mais la fonction, à son tour, réagit sur l'organe et le développe. En est-il de même pour le cerveau ? s'accroît-il par l'exercice ? et cette augmentation est-elle transmissible par l'hérédité? On n'en peut guère douter. — Broca, s'appuyant sur diverses recherches, affirme que la capacité du crâne, et, par suite, levolume du cerveau, correspond au degré d'intelligence des différentes races : les plus volumineux se trouvent dans la race blanche, ensuite dans la race caucasique, puis chez le nègre d'Afrique; quant au nègre australien, il occupe le .dernier rang. — Les anatomistes qui ont disséqué les cerveaux de plusieurs personnes habituées depuis de longues années au travail de la pensée ont trouvéchez toutes la substance cérébrale très ferme, la matière grise et les circonvolutions très développées. L'accroissement de la masse du cerveau, disent-ils, est prouvée en partie par la différence qui existe entre celui des genscultivés et celui des gens incultes, en partie par l'augmentation qui résulte pour le cerveau des progrès de la civilisation en Europe, augmentation qui s'accumule assez, grâce à l'hérédité, pour pouvoir être constatée. On voit, en effet, que, dans les classes instruites, la capacité de la léte est, en général, grande, et que le contraire a lieu dans les classes peu instruites. Enfin, ce qui touche directement à notre question, les fouilles faites dans les cimetières tendraient à démontrer que, depuis le moyen âge, le vo-
lume des crânes a "augmenté. D'après les recherches de Broca et d'autres anthropologistes, la capacité crânienne serait en moyenne pour les Australiens de 1224 centimètres cubes; pour les Parisiens du moyen âge (xii* siècle), de 1409 c. c. ; pour les Parisiens contemporains , de 1558 c. c, (hommes) et de 1337 c. c. (femmes); chez l'un d'eux, elle atteignait 1900 c. c. K
Gall et ses disciples, Auguste Comte et plusieurs naturalistes admettaient déjà que les facultés mentales s'augmentent, parce qu'elles sont capables de transmission. La conclusion semble logique. L'intelligence a pour condition, pour organe principal, le cerveau : le cerveau s'accroît par l'exercice; cet accroissement est transmissible par l'hérédité. 11 semble assez naturel d'en conclure que toute modification, toute amélioration dans l'organe entraîne une modification, une amélioration dans la fonction, et que par suite le progrès du cerveau entraîne le progrès de l'intelligence.
Toutefois ce fait important, que le progrès de l'intelligence est possible, non seulement dans l'individu, mais dans la race, que l'hérédité transmet et accumule les petites modifications, nous voudrions essayer de l'établir d'une manière directe par des raisons psychologiques, et non par un recours à la physiologie, comme nous venons de lo faire. Gela est fort difficile, et nous ne pouvons guère que tâtonner.
Essayons d'abord de comprendre à quelle condition le
1. Mémoire de la Société d'anllirop., t. II, 2° série, 1873. Topinard, Vanthropologie, p. 246 et suiv. Broca résume ainsi le résultat de ses mensurations : 1° La capacité crânienne des Parisiens modernes est supérieure de 3b centimètres cubes à celle de leurs prédécesseurs du su' siècle. 2» Entre Parisiens d'une même époque, l'éducation peut créer une différence de 80 centimètres cubes à l'avantage des lettrés. (Recueil cité, t. I, 1871, p. 335.) — Quelques médecins ont signalé, comme un fait corrélatif de l'accroissement cérébral et par suite de la grosseur de la tête, la difficulté de l'accouchement dans les races perfectionnées.
progrès de rinlelligence a lieu clans l'iaclividu. Il se fait par une évolution graduelle. L'esprit est capable de saisir d'abord de petits faits, ensuite des faits plus complexes, puis des rapports assez simples, puis des rapports de plus en plus compliqués. Chaque moment de ce progrès a sa condition dans un progrès antérieur, qui doit être déjà réalisé et rend seul possible celui qui le suit. L'intelligence peut être comparée à un édiâce, dont chaque assise doit être posée solidement, pour en recevoir une autre; ou bien si, avec quelques philosophes contemporains, on. assimile l'acte de la connaissance à une correspondance entre les états internes du sujet et les états externes de l'objet, on dira qu'il faut que l'esprit corresponde d'abord à des rapports très simples, pour s'élever de là à des rapports très complexes.
Cette vérité, incontestable en théorie, est très souvent oubliée dans la pratique. Sans doute quand il s'agit de questions bien enchaînées, comme dans les mathématiques, il est impossible à l'intelligence de ne pas suivre cette marche naturelle; mais, dans le domaine des sciences sociales et politiques, rien de plus commun que les gens qui commencent par la fin. De là tant de théories vaines et de doctrines erronées, l'esprit ne pouvant comprendre le complexe, tant qu'il n'a pas saisi le simple. Car c'est une illusion de croire qu'il suIBse de placer un esprit bien doué, intelligent, devant tels ou tels faits, pour qu'aussitôt il les comprenne. Mille exemples prouvent le contraire. Faites lire l'histoire grecque ou romaine à des esprits ouverts, mais d'une culture insulBsante, et vous resterez stupéfait, confondu, devant leurs contre-sens. Le moyen âge abonde en bévues de cette sorte, quand il veut poindre un monde autre que celui qu'il connaît. Voyez comment la guerre de Troie, César, Alexandre, sont travestis dans
les poèmes chevaleresques ou dans les tableaux naïfs du xv^ siècle L'exemple des sauvages le prouve encore mieux. Un habitant de la Nouvelle-Zélande, intelligent, curieux, allié aux plus grandes familles du pays, suivit à Londres un voyageur anglais pour s'instruire; mais, faute de développement suffisant de l'esprit, il ne comprenait rien à notre civilisation européenne et interprétait tout d'après ses idées de sauvage. Ainsi, quand il voyait passer un lord opulent, il disait : « Cet homme a beaucoup à manger ^, » sans pouvoir comprendre autrement la richesse.
Oui, certes, il faut que l'esprit soit façonné par la culture antérieure pour aborder les questions complexes, mais cela est vrai de l'espèce tout aussi bien que de l'individu. Dans l'individu, tout progrès de l'inteUigence, fixé par la mémoire, devient la base et la condition d'un nouveau progrès; dans l'espèce, tout progrès de l'intelligence, fixé par l'hérédité, devient la base et la condition d'un nouveau progrès. Lliérédilé joue pour l'espèce à peu près lemême rôle que la mémoire pour Vindividu.
Si l'on fait dans notre histoire littéraire quelque rapprochement bien inattendu, par exemple entre les lettrés du vi" siècle et ceux du xviii% entre Grégoire de Tours, Frédégaire, etc., et Yoltaire, Diderot, toute l'Encyclopédie, ou bien entre la cour de Gharlemagne et notre mouvement romantique du xix« siècle, le désaccord est si complet, et le contraste si grand, que le rapprochement ne semble qu'une simple bizarrerie. Il y a, entre la forme intellectuelle des deux époques comparées, une différence im-
1 . Voir par exemple les avcnUires de Thésée et d'Ariane, ou toute autre de la mythologie grecque, avec des chevaliers, des pages, des églises, des u-aisons gothiques, des rues étroites, des créneaux, etc.
2. Savage, dans Dumoiil d'Urville, t. III, pièces justificat. On y trouvera plusieurs autres faits curieux.
mense. D'où provient-elle? On répond : — Du progrès, de la civilisation. On montre, pièces en main, comment l'esprit français, après beaucoup de tâtonnements, d'efibrts et de défaillances, arrive à son apogée. Mais ce progrès, on l'explique tout entier par des causes extérieures : influence des croyances chrétiennes, croisades, découvertes, culture grecque et latine. Renaissance, etc., etc. Or, à notre avis, il y a aussi une cause intérieure dont on ne dit rien : c'est la transformation lente de l'intelligence, due à l'hérédité. La constitution moyenne de l'esprit français aux vi^ et ix^ siècles ne le rendait capable que d'un certain degré de culture ': au delà, il ne comprenait rien, défigurait tout, à la façon du sauvage zélandais. Mais cette constitution moyenne, améliorée par la culture, est léguée à la génération suivante, intérêt et capital, par celle-ci à une autre, et ainsi pendant dix ou douze siècles.
Ceci n'est pas une hypothèse, bien qu'il soit fort difBcile de l'établir nettement. Toutefois, si nous ouvrons la Collection des historiens de Gaule et de France, et que là, fouillant les chroniques et mémoires du moyen âge, nous négligions ce qui a surtout préoccupé les historiens, les récits de batailles, les sièges, les prises de bicoques, les alliances et traités de paix, pour nous arrêter à ce qu'ils ont considéré souvent comme indifférent pour l'histoire, c'est-à-dire les anecdotes, les miracles, les songes qui donnent le petit détail précis, exact, individuel, il nous semble impossible de ne pas arriver à cette conclusion : l'état de l'intelligence n'était pas le même alors qu'aujourd'hui, et les différences entre les deux époques sont constitutives, organiques. Quelles sont ces différences? Un esprit net, muni de connaissances médicales et de pénétration psychologique suffisante, pourrait seul les noter exactement. On les résumera grossièrement en
UiiiOT. — Hérédité. .1,
disant que le moyen âge a senti et que le dix-huitième siècle a pensé; que chez l'un a prédominé la partie affective de l'être, chez l'autre la partie raisonnante; qu'une tête du moyen âge était pleine de sensations et d'images, et qu'une tête du dix-huitième siècle était pleine d'abstractions et d'idées.
Certes, nulle époque n'a vécu plus largement que le moyen âge dans le domaine de l'imagination, du sentiment et du rêve. L'art gothique, la chevalerie, Dante et les grandes écoles mystiques * en offrent des preuves surabondantes. A part quelques esprits hors hgna et quelques scolas tiques desséchés, cet âge n'a fait 'que sentir. Le milieu y aidait si bien : guerres continuelles, batailles, sièges et sacs, pendaisons, émotions violentes de toute sorte. La sensibiUté, sans cesse excitée et avivée, est devenue prépondérante, comme un organe surnourri. De là une conséquence curieuse : c'est que ce développement excessif de la sensibilité a entravé celui de l'intelligence. Dans ce tourbillon fiévreux d'émotions et d'images, le jugement net et droit n'apparaît qu'à la dérobée. C'étaient des âmes d'enfants dans des corps d'hommes. Tandis que nous nous -trouvons, dès l'enfance, dans un miUeu de science, de raisonnement, de méthodes, d'explications rationnelles, qui développe surtout l'esprit, eux vivaient au gré de leurs passions violentes, jetés d'un pôle à l'autre de la pensée, de l'orgie à l'extase, par quelque conversion brusque comme un coup de foudre. Comme ils sentaient beaucoup et pensaient peu, très vieux ils ne savaient rien encore, tandis que très jeunes nous savons déjà beaucoup. Ils mouraient jeunes, comme nous naissons vieux.
De là, chez leurs chroniqueurs, ces récits de miracles, de prodiges, d'apparitions et de songes qui défilent sans fin ni. trêve, tantôt touchants et poétiques, plus souvent bizarres et puérils. Ils vivent à l'aise dans ce monde imaginaire : un prodige leur paraît tout simple, une apparition toute naturelle; le miracle, pour eux, c'est Tordis naire. Ils les content, tout nettement, sans ombre de doute, comme un siège ou une bataille. L'univers, qui est pour nous un mécanisme infiniment compliqué, ré^i par des lois fixes dans ses moindres détails, était pour eux une scène merveilleuse où des personnages mystérieux faisaient mouvoir des décors. Maintenant si, serrant de plus près tous ces faits, nous essayons de les ramener à leur cause, c'est-à-dire à l'état habituel de l'àme humaine qui les a produits, nous trouverons sans beaucoup d'efl-orts que ce qui caractérisait le moyen âge, c'est la vive imagination, la vision intense. Or la psychologie expérimentale nous apprend, à n'en pas douter, qu'enL l'imagination vive et l'hallucination il n'y a qu'une différence de degré, si bien que tout grand artiste, tout voyant est un peu halluciné. Par suite, nous sommes amenés à conclure que le moyen âge a toujours été sur la limite de l'hallucmation, quand il ne l'a pas dépassée. On retrouve encore, dans beaucoup de ses récits, l'oppression du cauchemar et des visions douloureuses qui l'ont assailli ^ car le plus souvent la vision est triste, mais d'ordinaire si nette de contours, si précise de détails, qu'on sent aue cela a été vu
CiLïySrrnl'r dansprcscpte tous les chroniqueurs, "-.instar Ef gS.^^^^^ ^/ ^'^^'^^'^''^^ Matthieu de Wcst-
nierf sûr torinn ' ".'"T ^^S^"^^ ^^""^ C'^s deux der-
ornmp n- ,P ""^^ '"'^^''^ curieuse, au point de vue qui nous
Se 7r,:c?, m ?"'''' rhalincinatioa que Tu lès
(lea.x icuts qui suivent, choisis entre vingt semblables •
« Je VIS une nuit, avant matines, paraître devant moi; au pied de mon
Nous voici, après un assez long détour, en état de résoudre la question posée et de conclure. Si l'on admet - ce qui n'est guère contestable - qu a tout état mental habituel correspond un état habituel du cerveau, il en faudra bien déduire qu'à l'état de demi-hallucmation du moyen âge a dû correspondre un certain état du cerveau, et à l'esprit net et sec du xviii^ siècle un autre. Gomment s'est opérée la transition ? Par progrès lent, c est-à-dire que l'éducation et la culture produisant dans l'esprit et le cerveau des modifications très petites, mais stables, l'hérédité les a léguées, conservées et accumulées. Ainsi s'est formée une constitution moyenne de l'intelligence de plus en plus apte à concevoir des idées abstraites, et par suite de moins en moins apte a penseï
par visions et par images.
ut un petit iDonstre hideux, qui avait à ^'^^/^Z^^^'^^^^^^^ lïlaif avoir une taille médioo.e xm coa gre e une fi ur ma^.^ ,
yeux très noirs, le front étroit et inde le ^'^^^/^^^^.f ^3 bouc les oreilles lèvres gonilées, le menton court « ^ ^'J'.S.^'ies dents d'un cbien, droites^t pointues, les ^^^"^fl-lf^'^'J^i^^^^^^^^ dos, les fesses l'occiput aigu, la po.trme Pr°tabe aate, une bosse su ^,
pendantes, vêtements m^^^^ Sence terrible, et se mit à
couché, le secoua tout entier, aveu uuc .,„„:,At m'éve lie épou- Sre : Tu ne esteras pas plu^ longemp . K ^ P^^.
vanté jV^;^^.^„fereî ie reste ôigtem^^ étendu, glacé de crainte. .
terne au pied de 1 autel, et je ^j^^^i^ter, livre V, ch. I-.)
S;?^^^^a^i^"S.^cï;chemar dans le récit suivant
je crois, en hiver, «^«"^l^f^/^.^^fil'pe qui répandait une vive clarté ;
en sûreté, par la Pro^^.^^f ^,-^3°" ^rp 'ofo^ ^^^"""^ f voici tout à coup 5mbre de voix venant d'en haut...
entendre non loin ^^^^^l^^^Z Jé^^^^^ dans un état de rêve, je Au même instant, ma ^«^e fut ébramee certain mort,
perdis l'usage de fj^/'aJ^^ntait m au bain. Effrayé de
dont quelqu'un disait a S^'^'^^f /^^.^fl ^^e P°"^^'^"^ ' coue image je -'^ l^f/, ^es reSoXb^^^^ le démon, sous
ma lampe éteinte et, a traveis ces „ la forme ciui lui est propre, se teuaut^deboi t 1^^^^^^^ ^„^
On a souvent remarqué que, chez les races inférieures, les enfants qu'on envoie aux écoles ou qu'on essaye d'instruire montrent d'abord une facilité étonnante, mais qui s'arrête brusquement. Ainsi les habitants des îles Sandwich ont une mémoire excellente, apprennent par cœur avec une merveilleuse rapidité, mais ne peuvent exercer leurs facultés pensantes. « Dans l'enfance, dit Samuel Baker, le jeune nègre est plus avancé que le blanc du même âge; mais son esprit ne porte pas le fruit qu'il promettait. » — Dans la Nouvelle-Zélande, dit le voyageur Thompson, les enfants de dix ans sont plus intelligents que les enfants anglais; mais bien peu de Nouveaux- Zélandais pourraient recevoir dans leurs hautes facultés une culture égale à celle des Anglais. » Une des raisons qu'on donne, aux États-Unis, pour ne pas instruire les enfants nègres avec les enfants blancs, c'est qu'après un certain âge leurs progrès ne correspondent plus, l'intelligence du nègre paraissant incapable de dépasser un certain degré. — Si ces faits ne tiennent pas à un défaut incurable de la nature, il faut bien y voir un argument en faveur de l'hérédité. Ces esprits sauvages sont comme des terres incultes, que le travail successif des générations seul peut défricher. C'est ainsi que, dans l'Inde, les enfants des brahmanes, issus d'une classe cultivée depuis longtemps, montrent de l'intelligence, de la pénétration, de la docilité, tandis qu'au jugement des missionnaires, les enfants des autres castes leur sont bien inférieurs à cet égard.
Ce n'est pas non plus impunément qu'on enlève à une nation une partie de ses hommes les plus intelligents et les plus hardis, car c'est une sélection à rebours dont les conséquences sont déplorables. « Par suite de supplices et d'empoisonnements, dit Gallon, la nalion es-
pagnoie a été viciée {drained) de libres penseurs à raison de 1000 personnes par an, pour les trois siècles entre 1471 et 1781, une moyenne de 100 personnes ayant été exécutées, et de 900 emprisonnées chaque année durant cette période. Pendant ces trois siècles, il y a eu 32000 personnes brûlées, 17000 brûlées en effigie (la plupart sont mortes en prison ou ont quitté l'Espagne), et 291000 condamnées à la prison ou à d'autres peines. Il est impossible qu'une nation résiste à une politique pareille sans qu'elle amène une grave détérioration de la race : elle a eu pour résultat notable la formation de la race inintelligente et superstitieuse de l'Espagne contemporaine. »
Sans accumuler d'autres exemples, nous pouvons conclure par ces remarquables paroles d'H. Spencer, qui résument les conséquences intellectuelles de l'hérédité, en même temps que ses conditions organiques : « Le cerveau humain est un registre organisé d'expériences infiniment nombreuses, éprouvées durant l'évolution de la vie, ou plutôt durant l'évolution de cette série d'organismes qui a été traversée, avant d'arriver à l'organisme humain. Les effets des expériences les plus uniformes et les plus fréquentes ont été légués, capital et intérêt, et ont atteint lentement ce degré de haute intelligence qui est à l'état latent, dans le cerveau de l'enfant. L'enfant, dans sa vie ultérieure, l'exerce, peut-être en augmente la force ou la complexité, et la lègue avec de petites additions aux générations futures. Ainsi il arrive que l'Européen hérite vingt ou trente pouces cubes de cerveau de plus que le Papou. Ainsi il arrive que dés facultés, comme celle de la musique, qui existent à peine chez quelques races inférieures, deviennent congénitales chez des races supérieures. Ainsi il arrive que de ces sauvages incapables
LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE L'HÉRÉDITÉ 3ii
de compter le nombre de lem's doigls, et qui parlent une langue où il n'y a que des noms et des verbes, sortent à la longue nos Newton et nos Shakespeare. )j
Tout ce qui vient d'être dit de l'intelligence peut s'appliquer aux sentiments. Nous avons même un peu anticipé sur ce sujet, car il n'était pas possible d'emprunter des faits à l'histoire, sans qu'ils fussent concrets, synthétiques, c'est-à-dire mélangés de sentiments et d'idées : il n'y a que la méthode analytique de la psychologie qui sépare ces deux éléments, presque toujours intimement unis.
La plupart des choses que nous pensons ou percevons, en même tenips qu'elles sont connues, produisent en nous un état agréable ou désagréable, c'est-cà-dire un sentiment. Quoiqu'on les classe sous les titres généraux de plaisir et de douleur, les sentiments sont d'ailleurs infinis en nombre, en nuances, en intensité, etc. On peut dire que tout sentiment implique une connaissance au moins confuse, à part ces modes tout à fait inférieurs de l'activité sensitive, qui ne sont guère que des instincts. Dans cette région infime de l'inconscient, le sentiment et la pensée paraissent confondus dans une unité indiscernable, où aucun de nos moyens de connaître ne les atteint directement. Mais, dès que la conscience s'éveille, le sentiment a toujours un objet; il est toujours rapporté à une cause connue ou supposée; il accompagne la connaissance, il l'enveloppe, il en est comme le rayonnement. Aussi l'évolution de l'intelligence et celle du sentiment sont parallèles. De même que l'intelligence débute par de pe-
lites perceptions très simples, très grossières et, après un processus qui dure des siècles, devient apte à embrasser le système du monde ou à poser quelque problème compliqué de philosophie sociale, de môme le sentiment part d'une manifestation très simple, très générale, comme l'amour instinctif de l'animal pour ses petits, pour s'élever aux formes les plus raffinées, les plus exquises et les plus savantes, le sentiment religieux d'un Schleicrmacher, le sentiment esthétique d'un Grœthe ou d'un Henri Heine. Ce passage du siaiple au complexe se fait, pour le sentiment comme pour l'intelligence, par une intégration, par une fusion en un tout harmonieux d'un grand nombre de sentiments simples : il faudrait un talent d'analyse que la psychologie contemporaine eller;. jme ne semble pas encore posséder, pour ramener, par des décompositions successives, le sentiment de la nature, tel qu'il existe chez les grands poètes du xix^ siècle, aux sentiments et perceptions très simples qui en sont la base.
Certaines formes du sentiment manquent totalement aux peuples primitifs. Dans la langue des Australiens, il n'y a pas de mots pour traduire justice, péché, crime. Ces peuples ne comprennent pas la générosité, ni la pitié, ni la clémence. Ils considèrent la vengeance comme un devoir. C'est que l'intelligence ne peut saisir les rapports moraux assez compliqués d'où ces notions découlent. — On a fait remarquer aussi que certains sentiments d'une nature délicate, comme la mélancolie, la charité, le sentiment profond de la nature, se produisent assez tard dans l'histoire. La cause en est facile à trouver : ils supposent l'acquisition préalable d'un grand nombre de notions dont chacune est fort complexe. Il fnllait que l'àme humaine eût l'idée de l'infini, d'un vague et mystérieux
au delà, pour ressentir l'affaissement douloureux et l'émotion rafBnée qu'il produit en elle. Il fallait avoir dépassé les idées étroites et locales de l'antiquité sur la tribu, la cité, la patrie, pour éprouver un sentiment plus large qui s'adressât à tous les hommes. Aussi le sentiment de la charité (très ancien, d'ailleurs, dans l'Orient bouddhique), né d'abord dans quelques âmes d'élite, philosophes ou poètes, grandit, se développe, et, dans les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, grâce aux idées qui s'élargissent et aux caractères qui s'adoucissent, se répand dans le monde. Humboldt, dans son Cosmos, montre comment le sentiment de la nature infinie n'a guère été connu que des modernes en Occident.
On pourrait essayer de montrer ici, si c'était le lieu, que sous chacun de ces sentiments complexes il y a un grand nombre d'idées réelles ou imaginaires dont chacune produit dans l'âme humaine un sentiment simple, que de la fusion de ces sentiments simples se forme un sentiment total : il suffît à notre sujet d'avoir montré que l'évolution du sentiment est étroitement liée à celle de l'inlelligence, car il en sort la conclusion qui suit. Si l'hérédité est la condition du développement spécifique de l'intelligence, et si l'évolution du sentiment est en rapport étroit avec celle de l'intelligence, il en résulte que les sentiments dépendent aussi de l'hérédité. Ici. encore, le progrès se fait non seulement par l'influence externe des mœurs, mais par l'influence interne de l'hérédité.
Parmi les sentiments acquis et augmentés héréditairement, il faut citer celui de la peur chez beaucoup d'animaux sauvages. « Ainsi, lorsque les îles Falkland furent visitées par l'homme pour la première fois, le gros chicnloi:p {canis anlarclicus) vint sans aucune crainte au-devant des matelots de Biron... Encore récemment, un homme
pouvait facileaient, avec un morceau de viande d'une main et un couteau de l'autre, les égorger pendant la nuit. Dans une île de la mer d'Aral, les antilopes, généralement très timides et très vigilantes, au lieu de se sauver, regardaient les hommes comme une sorte de curiosité. A. l'origine, sur les côtes de l'île Maurice, le lamantin n'avait aucune frayeur de l'homme; il en a été de même dans plusieurs endroits du globe pour les phoques et le morse. Les oiseaux de certaines îles n'ont acquis que lentement et héréditairement une terreur salutaire de l'homme. « Dans l'archipel des Galapagos, dit Darwin, j'ai pu pousser avec le canon de mon fusil des faucons sur une branche et voir des oiseaux se poser sur un seau d'eau que je leur tendais pour y boire »
Le sentiment de la musique est compté par M. Herbert Spencer au nombre de ceux qui se sont formés par accumulation héréditaire. « L'association habituelle de certaines cadences de la voix humaine avec certaines émotions a établi lentement dans la race une connexion organisée et héritée entre de telles cadences et de telles émotions. La combinaison de pareilles cadences plus ou moins idéalisées (ce qui constitue la mélodie) n'a acquis une signification pour la moyenne des esprits que parce que les cadences elles-mêmes ont acquis une signification pour la moyenne des esprits. A force d'entendre et de pratiquer, la mélodie a été acquise et transmise avec une sensibilité musicale toujours croissante. » Si l'on se rappelle que Mozart, Beethoven, Hummel, Haydn, Weber étaient fils de compositeurs ou de musiciens distingués, si l'on remarque le cas étonnant de la famille de Bach, il ne sera guère possible de voir dans ces faits des variations spon-
1. Darwin, Variation, t. I, p. 22. Voir aussi The descent of Man, t. I.
LES CONSÉQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE L'HÉRÉDITÉ 3'1o
tanées, nicais « il ne faut y voir qu'un développement de structure, causé par une augmentation de fonction et légué par hérédité »
C'est en se plaçant au point de vue de l'hérédité des sentiments et de ses conséquences que M. Galton a porté sur le moyen âge ce sévère jugement : « Je crois que la longue période de ténèbres où a langui l'Europe est due en grande partie au célibat imposé aux ordres religieux dans leurs vœux. La condition sociale du temps était telle que les hommes et les femmes de nature douce, propres aux actes de charité, à la méditation, aux lettres et aux arts, n'avaient de refuge que dans le sein de l'Église. Mais l'Égiise prêchait et exigeait le céhbat. La conséquence fut que ces natures douces ne laissaient pas de postérité, et qu'ainsi, par une conduite si singulièrement imprudente et désastreuse que j'en peux à peine parler sans impatience, l'Église a abruti (bnUalized) nos pères. Elle agissait exactement comme si elle avait voulu choisir la plus grossière partie de la société pour perpétuer les générations futures. Elle employait les moyens dont userait un éleveur pour former des natures féroces, brutales et stupides. Il n'est pas étonnant que la loi du plus fort ait prévalu en Europe pendant dix siècles; l'étonnant, c'est qu'il soit resté, dans les veines des Européens assez de bonté pour élever la race au présent niveau très modeste de morahté ^. »
Sans insister davantage sur le rôle de l'hérédité dans l'évolution des sentiments, il semble plus curieux de noter ici certains phénomènes de retour ou tV atavisme.
On s'est quelquefois étonné de voir combien les instincts guerriers et nomades qui caractérisent la vie sau-