CHAPITRE III
l’hérédité de la mémoire et des habitudes
Pour comprendre l’hérédité de la mémoire, il importe de bien poser la question, de la prendre dans toute sa généralité. Dans l’acception courante du mot, la mémoire, de l’avis de tout le monde comprend trois choses : la conservation de certains états, leur reproduction, leur localisation dans le passé : mais ce n’est là qu’un cas particulier de la mémoire, le plus élevé et le plus complexe. Ces trois éléments sont de valeur inégale : les deux premiers sont nécessaires, indispensables ; le troisième, celui que dans le langage de l’école on appelle la « reconnaissance », achève la mémoire, mais ne la constitue pas. Supprimez les deux premiers, la mémoire est anéantie ; supprimez le troisième, la mémoire cesse d’exister pour elle-même, mais sans cesser d’exister en elle-même. Ce troisième élément, qui est exclusivement psychique, se montre à nous comme surajouté aux deux autres. Ils sont stables ; il est instable, il paraît et disparaît : ce qu’il représente, c’est l’apport de la conscience dans le fait de la mémoire, rien de plus.
J’ai essayé de montrer ailleurs en détail 1 que le sou-