Camlolle, ouv.cité , p
l’hérédité de l’intelligence 71
toire. De là une illusion. Beaucoup oublient que les faits qu’on cite sont bien peu de chose au prix de ceux qu’on ne peut pas citer, mais que chacun peut trouver.
Examinons d’abord l’activité intellectuelle sous l’une de ses formes les plus nettes : l’ imagination. L’histoire de l’art nous montre que l’imagination créatrice est transmissible par hérédité. Il est fréquent de trouver des familles de poètes, de musiciens et de peintres. Les familles de poètes nous ont paru les plus rares, et en voici la raison. On ne peut être musicien sans une sensibilité exquise de l’oreille, ni peintre sans un don inné des couleurs et des formes, qui suppose une certaine conformation de l’organe visuel. Ce sont là des conditions physiologiques que la poésie ne réclame pas au même degré. On peut donc dire que le talent musical ou plastique dépend plus que le talent poétique de la conformation des organes. L’hérédité psychologique y est plus intimement liée à l’hérédité physiologique, et c’est là ce qui rend sa transmission plus sûre.
Je commencerai par les musiciens. « Le sentiment de la musique, dit Candolle, c’est-à-dire une aptitude à mesurer le temps et à distinguer les notes, est une disposition de naissance chez beaucoup d’enfants et une disposition dont on trouve l’origine clairement, dans beaucoup de cas, chez le père, la mère ou les ascendants. Quand les parents des deux côtés sont musiciens, presque toujours les enfants naissent avec l’oreille juste. Quand l’un des deux est seul musicien ou que, dans l’une ou l’autre famille, cette qualité n’est pas ordinaire, on voit souvent des frères et des sœurs différer sous ce rapport. L’aptitude musicale, dans ce cas, n’est pas fractionnée ou atténuée pour chacun des enfants; mais l’un a l’oreille juste et l’autre ne l’a pas. Or, si l’impression causée par les sons est physique, la
LES FAITS
relation entre les sons et la mesure du temps est plutôt du domaine intellectuel *. »
Le développement de l’art musical est assez récent. Il ne date guère que de trois siècles. Nous allons voir cependant que les cas d’hérédité n'y sont pas rares ; la famille de Bach, à elle seule, va nous offrir une démonstration des plus curieuses. Parmi les grands musiciens qui semblent faire exception à la loi d’hérédité, je ne trouve que Bellini, Donizetti, B.ossini, Halévy 1 2.
Allegri, le célèbre compositeur du Miserere de la chapelle Sixtine, appartenait à la même famille que le peintre Corregio Allegri.
Amati, Andrea, le plus illustre d’une famille de violonistes de Crémone.
Son frère, Nicolas, ses deux fils, Antoine et Jérôme, et son petitfils.
Bach, Sébastien, le plus grand de la famille.
La famille des Bach est peut-être le plus beau cas d’hérédité mentale qu’on puisse citer. Elle commence en 1550, traverse huit générations; le dernier membre connu est Régina Suzanna, qui vivait en 1800, dans l’indigence. « Il est sorti de cette famille, pendant près de deux cents ans, une foule d’artistes de premier ordre. 11 n’y a point d’autre exemple d’une réunion de facultés aussi remarquables dans une seule famille. Son chef fut Veit Bach, boulanger à Presbourg, qui se délassait de son travail par le chant et la musique.