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Le même auteur (p. 21) rapporte le cas d’une terreur héréditaire dans la famille de Brewster. « Ce célèbre physicien eut toute sa vie une peur étrange d’être noyé. 11 a toujours cru qu’il devait périr de cette mauière : cette crainte a été partagée par plusieurs de ses descendants, même alors qu’ils étaient trop jeunes pour savoir que d’autres avaient eu celte crainte. » Voir aussi Schneider, V. 417.
l’hérédité des sentiments et des passions 91
interne, par lequel nous sommes avertis de l’état de nos organes, de la tension de nos muscles et de tout effort musculaire en général, de l’état de lassitude, de volupté, etc... Ce sentiment général de l’existence, ce Gemeingefühl, est le résultat d’un nombre infini de petites sensations internes, venant des nerfs, des muscles, de la circulation, de la nutrition, bref de toutes les fonctions dont l’ensemble constitue ce que nous appelons notre manière d’être.
On ne peut douter que l’hérédité ne transmette ces modes affectifs, et c’est probablement là qu’il faut chercher la source véritable de toutes les ressemblances de caractère. Mais ces états internes ont un aspect si vague, qu’il n’est guère possible d’en constater la transmission. Nous croyons cependant que l’hérédité de certains penchants, instincts ou répugnances bizarres, doit être rapportée à ces modes inconscients qui sont la base de toute conscience et de toute pensée.
Ainsi les auteurs parlent de familles chez lesquelles les plus légères doses d’opium produisent un état convulsif. Zimmermann en cite une que l’influence du café disposait à dormir; il produisait sur elle l’effet de l’opium, l’opium au contraire était sans action. D’autres familles supportent très mal les vomitifs, d’autres les purgatifs et d’autres les saignées.
Montaigne, que la question de l’hérédité a préoccupé parce qu’il tenait de sa famille une affection calculeuse, avait aussi hérité d’elle une antipathie invincible pour la médecine : « Cette antipathie que j’ay à leur art (des médecins) m’est héréditaire. Mon père a vescu soixantequatorze ans, mon ayeul soixante-neuf, mon bisayeul prez de quatre-vingts, sans avoir gousté aucune sorte de médecine, et, entre eulx, tout ce qui n’estoit de l’usage
ordinaire tenait lieu de drogue. Mes ancestres avaient la médecine à contre-cœur, par quelque inclination occulte et naturelle; car la veue mesme des drogues faisait horreur à mon père. Le seigneur de Gerviac, mon oncle paternel, homme d’Eglise, maladif dez sa naissance, et qui fit toutes fois durer cette vie débile jusqu’à soixante-sept ans, estant tombé autrefois en une grosse et véhémente fiebvre continue, il lui feut ordonné par les médecins qu’on luy déclarerait, s’il ne voulait ayder, qu’il estait infailliblement mort. Ce bonhomme, tout effrayé, comme il feut, de cette horrible sentence, si respondit-il : Je suis doncques mort. Mais Dieu rendit tost aprez vain ce pronostique. Il est possible que j’ay receu d’eulx cette dispathie naturelle à la médecine L »
Quand on passe des sensations organiques répandues dans tout le corps aux besoins et penchants qui ont pour siège un organe spécial, il est facile de donner des exemples certains de passions transmises héréditairement : c’est ce que nous allons voir pour les trois principaux besoins physiques, la soif, la faim, l’appétit sexuel
La passion connue sous le nom de dipsomanie ou alcoolisme est si fréquemment transmise, que tout le monde s’accorde à en considérer l’hérédité comme la règle. Non que la passion de boire se transmette toujours sous cette forme aux descendants; mais alors elle dégénère en manie, idiotie, hallucination. De même, la folie des ascendants peut devenir alcoolisme chez les descendants. Rien n’est plus propre que cette incessante métamorphose à faire voir combien la passion se rapproche de la folie, à montrer par quels liens intimes toutes les générations se tiennent, et, par suite, quelle responsabilité pèse sur