‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 35 sur 114 · Voir 3° partie, ch. II · texte numérisé non relu

Voir 3° partie, ch. II

LES FAITS

une argile grasse, à odeur forte. On est souvent obligé d’enfermer les enfants pour les empêcher , après une pluie fraîchement tombée, de courir dehors manger de la terre. Sur les bords du Rio-Madalena , Humboldt a vu des femmes occupées à faire de la poterie, avaler de gros morceaux d’argile. Dans la mission de San-Barjo, il vit l’enfant d’une Indienne qui, au dire de sa mère, ne voulait manger presque rien autre chose que de la terre : aussi avait-il l’air d’un squelette. Les nègres de la Guinée ont le môme penchant : ils avalent une terre jaunâtre qu’ils appellent caouac; transportés comme esclaves en Amérique, ils cherchent à s’en procurer de semblable.

Sur tout ce qui tient à l’appétit sexuel et à sa transmission héréditaire , il est à peine besoin d’insister. Cette passion est liée à un organe qui dépend de la loi d'hérédité. Des noms célèbres dans l’histoire s’oflrent en foule à l’appui : Auguste et les deux Julie, Agrippine et Néron , Marozie et Benoît IX, Alexandre VI et ses enfants, Louise de Savoie et François 1er, etc. Dans toutes les classes de la société, on peut citer des faits analogues, et tout le monde peut connaître des familles où cette disposition est héréditaire.

« J’ai connu, dit P. Lucas, un homme d’une passion sans frein pour le vin et les femmes. Il eut un üls qui, à peine adolescent, poussait à l’extrême les deux vices. Il enleva une maîtresse à son père, qui ne lui pardonna pas, même à la mort. Ce fut son début; depuis, il s’est ruiné et a été réduit à vendre ses matelas, pour payer des filles. Le fils de ce même homme vient de mourir jeune, mais incorrigible, des mêmes vices que son père et son aïeul. »

Cet auteur rapporte un fait encore plus instructif,

l’hérédité des sentiments et des passions 97 parce qu’il exclut toute hypothèse d’imitation : « Un cuisinier d’un rare talent dans son métier a été toute sa vie et aujourd’hui même, à plus de soixante ans, entraîné vers les femmes avec frénésie. A cette passion s’est joint le goût de la sodomie. Un de ses fils naturels, qui vit séparé de lui, qui ne. le connaît pas et qui n’a pas encore dix-neuf ans révolus, a, presque dans l’enfance, donné tous les signes d’un lubrique érotisme, et, chose remarquable, il a comme son père le goût de s’attaquer indifféremment à l’un et à l’autre sexe h »

Si l’on passe des penchants qui sont purement physiques, au moins dans leur origine, à des passions d’un ordre plus complexe et qui sont — ou plutôt qui semblent — indépendantes de l’organisme, comme le jeu, l’avarice, le vol, l’homicide, nous les trouverons également soumises à la loi de l’hérédité.

La passion du jeu atteint souvent un tel degré de fureur qu’elle est une forme de la folie et transmissible comme elle. « Une dame avec laquelle j’ai été lié, jouissant d’une grande fortune, avait, dit Gama Machado, la passion du jeu et passait des nuits à jouer : elle mourut jeune d’une maladie pulmonaire. Son ûls aîné, qui lui ressemblait parfaitement, également passionné pour le jeu, passait de même ses nuits à jouer. Il mourut de consomption comme sa mère, et presque au même âge qu’elle. Sa fille, qui lui ressemblait, hérita des mêmes goûts et mourut jeune s. »

La passion de l’argent produit les mêmes conséquences.

Page 1