Despine, De la folie, p
l’hérédité des sentiments et DES PASSIONS 9u
Pour les passions qui ont leur source dans le besoin de manger, il serait impossible de citer des faits qui établissent d’une façon aussi frappante leur hérédité. La gourmandise et la voracité n’aboutissent pas d’ordinaire à des résultats aussi déplorables que l’alcoolisme. Il n’est pas rare cependant de trouver des familles chez qui la voracité est héréditaire. Cette remarque a été faite sur les Bourbons. Saint-Simon nous apprend que Louis XIY était d’une voracité extraordinaire : il en était de même de Monsieur. Presque tous les enfants du roi furent gourmands et grands mangeurs, et cette passion se transmit à leurs descendants.
Un cas plus curieux, et comparable à l’alcoolisme, par son caractère morbide, c’est le fait d’anthropophagie qui est cité par Gall, Lordat et Prosper Lucas. Une famille d’Ecosse aurait été possédée d’un penchant instinctif pour l’anthropophagie, pendant plusieurs générations : divers membres de cette famille auraient payé de leur vie ce penchant, et il aurait fallu judiciairement surveiller quelques autres L — Il est probable que des enfants de cannibales, élevés en Europe, donneraient au milieu de notre civilisation des exemples de mêmes tendances. Quoique je ne connaisse aucun fait de cette nature, il faut avouer que le goût incurable de ces sauvages civilisés pour la vie d’aventure, leur inaptitude à se plier à nos mœurs, dont nous donnerons plus loin beaucoup d’exemples 2, justifient un peu ces présomptions.
La géophagie que A. de Humboldt a trouvée dans toutes les régions tropicales est un cas curieux d’hérédité morbide. « Les hommes , dit ce naturaliste , ont l’envie bizarre, presque irrésistible, d’avaler de la terre,