Candolle, ouvrage cité, p
LES FAITS
sent que l’Angleterre doit être très laide, parce qu’elle est découpée en parcs et en champs.... Beaucoup de préjugés ou d’antipathies esthétiques de ce genre sont dus à des influences ancestrales1. »
Autant pourrait-on en dire de chaque nation. En ré sumé, tout peuple a sa physionomie, et elle résulte : 1° de certains caractères primitifs, qui pour nous sont irréductibles; 2° des circonstances extérieures ou des influences de milieu ; 3° de l’hérédité qui maintient les caractères primitifs. C’est sur ce troisième facteur, trop souvent oublié, que nous voulions appeler l’attention.
Remarquons de plus qu’entre les diverses nations il y a des croisements et des alliances, à leur grand bien, disent les uns, à leur grand mal, disent les autres. Ce qui n’est pas douteux, du moins, c’est que les mélanges de sang doivent modifier à certains égards le caractère national, tandis qu’il a dû se conserver intact chez ceux qui sont restés purs de tout mélange. Mais ils sont très rares les peuples qui ont pu, sans croisements, durer et se civiliser. Bien qu’on ait soutenu que les races supérieures sont celles qui sont restées complètement fermées (question que nous examinerons plus tard en détail), on ne voit pas comment, dans des conditions pareilles, un peuple parviendrait à cette variété et à cette complexité d’éléments sans lesquelles toute civilisation est impossible. Une grande civilisation simple est une contradiction dans les termes, en sorte que notre recherche a peu de chances d’aboutir, puisqu’il a dû arriver, ou bien qu’un peuple est resté intact, mais alors s’est peu développé, ou bien s’est développé, mais en subissant des mélanges.
Cependant, après avoir parlé des peuples chez qui le
{. Laycock, On some orqanic Laws of personal and ancestral memory , p. 32.
l’hérédité et le caractère national 127
caractère national primitif, en lutte contre des éléments étrangers, a dû être modifié en une certaine mesure, nous voudrions en montrer quelques-uns qui sont restés fermés au moins relativement. Si la Chine était mieux connue, elle nous offrirait probablement un curieux sujet d’étude *. Nous donnerons comme exemples deux races qu’il est curieux de rapprocher, les juifs et les bohémiens : l’une parce qu’elle représente le type le plus anciennement civilisé qui existe en Europe , l’autre parce qu’elle représente la race la plus réfractaire à la civilisation.
Le peuple juif est peut-être le seul qui ait joué un rôle dans l’histoire, tout en gardant avec un soin jaloux la pureté de sa race. Encore est-il certain qu’il n’est point sans mélange. Sous le rapport psychologique, il est bien difficile de dire jusqu’à quel point son caractère a été modifié par les doctrines persanes, après la captivité de Babylone; par les mœurs grecques et égyptiennes, depuis Alexandre jusqu’à l’époque de Philon; et au moyen âge, par les conditions d’existence très dures qui lui ont été faites. Je crois cependant qu’on admettra généralement
1. « Je désirais obtenir de Chine quelques faits relatifs à l’hérédité, parce qu'en ce pays il y a un système d’examen rigoureux et étendu, et que les sujets d’avenir sont sûrs de s’élever graduellement au plus haut point dont ils soient capables. Le plus haut grade ainsi conféré dans une population d’environ 400 millions d’habitants est le Chuan-Yuan. Les Chuan-Yuan ont-ils eu quelquefois des rapports de parenté? telle est la question que j’ai posée à un ami distingué que j’ai en Chine, mais qui ne m’a pas encore répondu. J’ai cependant posé cette question dans les Notes and Queries de Hong-Kong, et j’ai trouvé le cas d’une femme qui donna naissance à un fils qui devint Chuan-Yuan. Elle divorça, se remaria et donna naissance à un fils qui parvint au même degré. Je ne doute pas que, si la question était examinée à fond par une personne compétente, la Chine ne fournît un trésor de faits relatifs à l’hérédité. »> (Galion, Hereditary Genius, p. 334. )
LES FAITS
que, malgré quelques variations physiques et morales, auxquelles rien de ce qui vit ne peut échapper, le peuple juif a conservé mieux qu’aucun autre son caractère propre; en d’autres termes, que l’action de l’hérédité se fait mieux sentir chez lui qu’ailleurs.
Cependant, quand on essaye de déterminer les caractères physiques et moraux de cette race, non par des phrases vagues et générales, mais des traits précis, on est assez embarrassé. En voici pourtant quelques-uns.
Au physique, les juifs se font généralemeut remarquer par la couleur noire de leurs cheveux et de leur barbe, leurs longs cils, leurs sourcils épais, saillants et bien arqués, leurs yeux foncés grands et vifs, leur teint mat, leur nez fortement aquilin. Dans l’Est, il y a des juifs blonds ou roux; on les désigne sous le nom de juifs allemands. Ils semblent venir du croisement des races germaniques ou slaves avec les anciens Juifs A II y a aussi des Juifs noirs établis depuis un temps immémorial dans l’Inde : ils ont pris une bonne partie de la complexion des Hindous, par suite de l’influence du climat, du milieu, peut-être d’un croisement; mais ils conservent une ressemblance éloignée avec les juifs d’Europe. Nott et Glidon, après une longue étude de la question, concluent « que tous les Juifs ont des traits identiques ».
On a cru aussi pouvoir attribuer à cette race une longévité remarquable, d’après les relevés statistiques faits en France, en Algérie et en Prusse 1 2. Dans les divers pays d’Europe, leur nombre s’accroît plus rapidement que celui des chrétiens. Ainsi, en Allemagne, un quart des chrétiens succombe avant six ans onze mois, un quart des juifs avant vingt-huit ans trois mois ; la moitié des chrétiens meurt