Philosophical Transactions, vol. XVII et vol. XLTX
2. Pour d autres laits de même nature, voir Darwin, De la variation des animaux et des plantes, t. II, ch. xu, et Hæckel, Histoire de la création naturelle, p. 1Ü8.
l’hérédité physiologique
produit artificiellement, peut se transmettre. Il prend des cobayes sains, pratique sur eux certaines lésions nerveuses (hémisection de la moelle) qui ont pour conséquences des accès épileptiques. L’animal guérit ; mais les petits qu’il engendre pendant sa période morbide sont épileptiques *.
Mais faut-il conclure de là que les déviations du type spécifique, que les anomalies de toute sorte, strabisme, myopie, atrophie ou hypertrophie des membres, restent fixées pour toujours ? ou bien n’ont-elles qu’une hérédité restreinte et temporaire ? La question est débattue 2 ; car ces désordres individuels tantôt se transmettent, tantôt ne se transmettent pas. L’expérience semble montrer cependant qu’il y a tendance vers le retour au type primitif. Ainsi, dans la famille Colburn, qui a présenté un des cas les plus curieux de sexdigitisme (les membres de cette famille avaient un doigt et un orteil surnuméraires), cette anomalie dura pendant quatre générations ; mais, dit Burdach, l’anomalie alla constamment en décroissant. Elle était, à la première génération, dans le rapport de 35 à 1 ; à la seconde, de 14 à 1 ; à la troisième, de 3 1/4 à 1 3. Le retour au type normal s’opérait donc rapidement.
La transmission séminale des modifications acquises
1. Pour les détails, voir Archives de physiologie , 187i-l872.
2. Sur ce débat, au po’ut vue de physiologique, voir les Bulletins de la Société d’anthropologie , t. I, p. 339, et eu particulier p. 551 et suiv. ; t. II, De l’hérédité des anomalies.
3. Burdach, Physiologie , t. II, p. 251. Voir aussi Darwin, ouvrage cité, t II, p. 12 et 60.
INTRODUCTION
est quelquefois très restreinte, même quand elle se rencontre dans les deux parents. Un sourd-muet épousant une sourde-muette a des enfants qui peuvent entendre et parler. La nécessité de la circoncision, chez les Juifs, montre qu’une modification acquise et souvent répétée peut n’ètre pas héréditaire. Les déviations du type, après avoir duré quelques générations , reviennent à l’état normal ; en sorte que beaucoup de naturalistes affirment que la règle : c'est que les accidents ne se perpétuent pas.
Nous voilà bien loin de la loi ainsi formulée par Lamarck : « Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l’influence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposée, elle le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont produit de nouveaux individus. »
Cependant ces deux opinions opposées, qui ont chacune des faits à alléguer en leur faveur, sont conciliables, si l’on remarque qu’il y a des modifications qui, par nature même, sont en lutte avec leur milieu, et dont les conditions d’existence deviennent par conséquent de plus en plus difficiles ; tandis qu’il y en a d’autres qui , s’y accommodant bien, peuvent être fixées par une sélection, soit naturelle soit artificielle (comme l’art de l’éleveur) ; et qu’ainsi tout concourt à effacer les premières et à perpétuer les secondes. J’indique en passant cette difficulté :
nous la retrouverons à propos de l’hérédité psychologique, et nous la traiterons plus amplement.
11 nous reste à parler d’une dernière forme de l’hérédité, celle des maladies. L’observation en semble presque aussi reculée que l’origine de la médecine ; elle est de toutes les époques, de tous les lieux, de tous les peuples. Les médecins grecs distinguaient déjà les maladies héréditaires (voW xXnipovopfxat). Dans les temps modernes, cependant, l’hérédité morbide a soulevé des discussions de toute sorte chez les médecins. Il serait hors de notre sujet et de notre compétence d’en parler ici. Bornonsnous à faire remarquer que la question semble aujourd’hui absolument jugée, quant au fond, par ce fait que les adversaires les plus déclarés de l’hérédité morbide admettent, sinon l’hérédité de la maladie elle-même, au moins celle d’une prédisposition à la contracter. On trouvera, dans l’ouvrage de Lucas sur V hérédité et dans tous les livres de médecine, des faits assez nombreux et assez clairs pour permettre de conclure.
Ce rapide exposé physiologique suffit à montrer que la loi d’hérédité régit toutes les formes de l’activité vitale, ce qui est d’ailleurs généralement connu et admis. En est-il de même, dans l’ordre psychologique ? C’est ce que nous allons maintenant examiner, en commençant par l’étude des faits.