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CHAPITRE PREMIER

l’hérédité des instincts

Quand on parle d’instinct, la première difficulté est de s’entendre : car, sans vouloir donner ici, ce qui serait long, une énumération complète des divers sens de ce mot dans la langue usuelle, on en trouve au moins trois chez les naturalistes et les philosophes, qui sont pourtant tenus d’être plus précis que le vulgaire. Tantôt en entend par instinct l’action automatique, presque mécanique, probablement inconsciente, des animaux, pour atteindre une fin déterminée par leur organisation et leurs caractères spécifiques. Tantôt instinct est synonyme de désir, inclination, penchant; ainsi on parle de bons et de mauvais instincts, de l’instinct du vol ou du meurtre, etc. Tantôt enfin on comprend sous le nom d’instinct tous les phénomènes psychiques qui se produisent chez l’animal, toutes les formes d’activité mentale inférieures à celle de l’homme. Ce dernier sens du mot est évidemment dû au désir de ne pas accorder l’intelligence aux bêtes, et on en est ainsi venu à confondre, contre toute

LES FAITS

raison, avec les impulsions aveugles et inconscientes, les actes conscients , résultant pour chaque animal de son expérience individuelle, et par conséquent analogues à ceux que nous appelons intelligents, quand il s’agit de nous-mêmes.

Quoique, à notre avis, l’instinct et l’intelligence soient une seule et même chose et qu’il n’y ait entre eux qu’une différence de degré et non de nature, nous ne prendrons ici le mot instinct que dans son premier sens, le seul qui nous paraisse exact et conforme à l’étymologie. Il nous faudrait, pour plus de précision, commencer par en donner une bonne définition. Malheureusement, elle est encore à trouver. On peut cependant le définir avec Hartmann, « un acte conforme à un but, mais sans conscience du but; » ou bien se contenter de dire avec Darwin « qu’un acte que nous ne pourrions accomplir qu’à l’aide de la réflexion et de l’habitude, lorsqu’il est accompli par un animal, surtout très jeune et sans aucune expérience, ou lorsqu’il est accompli de la même manière par beaucoup d’individus, sans qu’ils semblent en prévoir le but, est en général regardé comme instinctif. »

Nous n’avons pas à examiner ici la longue et difficile question des instincts. Quelques mots cependant sont nécessaires pour s’entendre sur ce sujet et pour montrer plus tard en quelle mesure l’hérédité contribue à la former.

L’instinct est pour nous une action réflexe composée. « Tandis que dans le réflexe simple une seule impression est suivie d’une seule contraction ; tandis que, dans les formes les plus développées de l’action réflexe, une simple impression est suivie d’une combinaison de contractions; dans celles que nous distinguons sous le nom d’instinct.

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