‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 60 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES LOIS DE L’HÉRÉDITÉ

Ainsi l'hérédité s'offre à nous comme une loi biologique, c’est-à-dire inhérente à tout ce qui vit et n’ayant d’autres limites que celles de la vie elle-même. Cette loi la régit sous toutes ses formes : végétale, animale et humaine, normale et morbide , physique et mentale. Ne tient-elle pas, en effet, à ce qu’il y a de plus essentiel et de plus intime dans l’activité vitale ? Entre les diverses fonctions dont le consensus constitue la vie, il v en a deux capitales : l’une, la nutrition, qui conserve l’individu; l’autre, la génération , qui perpétue l’espèce, et, comme c’est de celle-ci que l’hérédité découle directement, il en résulte que la loi de la transmission héréditaire sort des sources mêmes de la vie.

Si l’on s’en tient à ce qui précède, il semble que la loi de l’hérédité doive être d’une simplicité tout idéale. Le semblable produit le semblable ; l’ascendant se répète dans le descendant. Les types primitifs persisteraient ainsi, continuellement reproduits, et le monde de la vie offrirait le spectacle d’une régularité parfaite et d’une monotonie achevée. Mais cela n’est vrai qu’en théorie. Dès qu’on en vient aux faits, on voit la loi se morceler pour ainsi dire

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en lois secondaires, ou même sembler disparaître sous les exceptions. Sans parler des causes extérieures (hasard, actions de milieu) qui entravent Faction de l’hérédité, il y a des causes intérieures, inhérentes à sa nature même, qui empêchent la loi de suivre cette marche toute simple du semblable au semblable, il suffît de quelque réflexion pour le comprendre.

Dans les êtres inférieurs, où la génération a lieu sans le concours des sexes, la transmission héréditaire se fait tout naturellement du producteur au produit. C’est ce qui arrive dans les cas de fissiparité, dans l’hydre de Trembley ou la Nais, qui se fendent naturellement en deux ou plusieurs êtres semblables; dans les cas de gemmiparité, où un bourgeon pousse sur l’animal et se change bientôt en un nouvel animal complet.

Mais dans les formes supérieures delà génération, là où le concours des deux sexes est indispensable, il y a nécessairement lutte entre les deux, chacun tendant à produire son semblable. Ici donc, la transmission héréditaire ne pourra produire tout au plus qu’une constitution mixte, tenant à la fois de celle des deux auteurs. « Evidemment, dit M. de Quatrefages, la loi mathématique de l'hérédité serait pour l’être engendrant de se reproduire tout entier dans l’être engendré. Peut-être même cette loi, si abolue qu’elle soit, se trouve-t-elle au fond des phénomènes naturels; mais, dans tous les cas, elle est masquée par des circonstances accessoires, par les conditions au milieu desquelles s’exerce l’hérédité. Cependant elle ne ressort pas seulement des considérations théoriques , mais des faits. Quoiqu’elle soit forcément et constamment troublée, l’hérédité, si l’on embrasse tous les phénomènes qui marquent chez les individus une tendance à obéir à la loi mathématique, finit par réaliser dans l’ensemble de cha-

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que espèce le résultat qu’elle ne peut réaliser chez les individus isolés. On dirait, pour me servir d’un langage figuré, sur le vrai sens duquel on ne saurait s’abuser, que, ne pouvant se vérifier en bloc, elle se vérifie en détail. »

La question se complique bien plus encore, quand on en vient au détail des faits. On rencontre tant de bizarreries, d’exceptions, et, pour les expliquer, tant d’opinions contradictoires, qu’il semble d’abord qu’en passant de la théorie à la pratique toute loi ait disparu. Cependant ces faits, si nombreux et si variés qu’ils soient, se ramènent tous à un petit nombre de formules qu’on pourrait appeler les lois empiriques de l’hérédité.

Il ne s’agit pas en effet ici, qu’on le remarque bien, de lois scientifiques. Leur détermination est absolument impossible , et la complexité du problème est telle que nous n’avons ni actuellement ni dans un avenir prochain aucun espoir d’y atteindre. Seule la loi scientifique donnerait la prévision ; seule elle permettrait de dire : Tels parents, ayant tels antécédents, dans telles circonstances transmettront à leurs enfants tels caractères. Qui oserait risquer une pareille prédiction, sinon à titre probable? A la vérité, les éleveurs habiles ont su prévoir sur plusieurs points, et leur art est la plus belle démonstration pratique des lois de l’hérédité L Mais il y a loin de là à une prévision complète embrassant la totalité des caractères, surtout ceux qui nous occupent, les plus instables, les plus complexes de tous, les caractères psychiques.

Les lois qui vont être formulées sont donc un simple résultat de l’observation, un moyen commode de classer

1. « Tout l’art de l’éleveur, qui a donné de si grands résultats depuis le commencement de ce siècle, repose sur ce fait, de l’hérédité de chaque détail de conformation. L’hérédité n’est pourtant pas absolue, car, si elle l’était, l’art de l’éleveur serait la certitude même, et la part qui revient à l’habileté et à la persévérance serait minime. » (Darwin, Variation , II, 4.)

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les faits en catégories et en sous-catégories. Les naturalistes n’étant pas toujours d’accord dans leurs classifications , nous suivrons en général celle de Darwin : elle s’adapte mieux qu’une autre à l’hérédité psychique.

1° Les parents ont une tendance à léguer à leurs enfants tous leurs caractères psychiques, généraux et individuels, anciens et nouvellement acquis ( loi de V hérédité directe et immédiate).

2° L’un des parents peut avoir une influence prépondérante sur la constitution mentale de l’enfant (loi de 'prépondérance dans la transmission des caractères).

Dans ce cas, il peut arriver ou bien que la prépondérance suive le sexe : du père au fils, de la mère à la fille, ou bien qu’elle aille d’un sexe au sexe contraire, du père à la fille, de la mère au fils.

3° Les descendants héritent souvent de qualités physiques et mentales propres à leurs ancêtres et leur ressemblent sans ressembler à leurs propres parents (loi d'hérédité en retour ou médiate , atavisme).

L’hérédité en retour est très fréquente en ligne directe (du grand-père au petit-fils, de la grand’mère à la petitefille, etc.). Elle est plus rare en ligne indirecte ou collatérale (du grand-oncle ou de l’oncle au neveu , de la tante à la nièce, etc.).

4° Certaines dispositions physiques et mentales, d’une nature très nettement déterminée, le plus souvent morbides, se manifestent chez les descendants au même âge que chez les ascendants (loi d'hérédité aux périodes correspondantes de la vie).

Pour être complet, nous dirons, en terminant, que ques mots de l'hérédité d'influence , très rare au point de vue physiologique et dont il n’y a peut-être pas au moral un seul exemple probant. Elle consiste dans la reproduction

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chez les enfants issus d’un second mariage de quelque particularité propre au premier époux.

Telles sont les diverses formules dans lesquelles se classent tous les faits d’hérédité. Nous allons les étudier successivement : en y ajoutant comme complément nécessaire l’étude des exceptions à ces lois, nous aurons passé en revue, sans en oublier aucun, tous les cas d’hérédité.

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