‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 61 sur 114 · LOI DE L’HÉRÉDITÉ DIRECTE OU IMMÉDIATE · texte numérisé non relu

LOI DE L’HÉRÉDITÉ DIRECTE OU IMMÉDIATE

Quand on se place à un point de vue purement théorique, la loi qui régit l’hérédité directe est assez facile à formuler. Elle consisterait, comme le dit P. Lucas , en ceci : « l’équilibre absolu des ressemblances intégrales du père et de la mère dans la nature physique et morale de l’enfant ; » partout et toujours, l’être procréé ne serait que la moyenne exacte de ses deux auteurs ; les caractères distincts des deux parents se retrouveraient, chez leur progéniture, dans chaque partie de son corps, dans chaque faculté de son esprit. Mais ce n’est là qu’une hypothèse logique qui, chez les animaux supérieurs, devient bien rarement une réalité; peut-être même n’y a-t-il aucune témérité à dire que la loi, sous cette forme idéale, ne s’est jamais rencontrée.

Pourtant nous comprenons que c’est bien là la loi, c’està-dire la seule formule assez large pour embrasser tous les phénomènes, la seule règle qui découle nécessairement de la nature des choses, la seule qui exprime l’essence de l’hérédité. D’où vient donc ce désaccord entre la logique et l’expérience ?

Il est assez facile à expliquer. Nulle loi dans la nature n’est inconditionnelle. Toutes, pour se réaliser, ont besoin

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de certaines conditions déterminées : là où elles manquent, l’action de la loi reste suspendue ou sans efficacité. Mais nulle part les conditions requises ne sont plus nombreuses ni plus difficiles à remplir que dans les phénomènes de la génération. En effet , que faudrait-il pour qu’on trouvât dans l’enfant ce parfait équilibre des qualités paternelles et maternelles? Il faudrait, de la part des deux parents, une parfaite égalité d’action; car on peut poser en fait que, dans toutes les races et dans toutes les espèces, la prépondérance, soit générale, soit partielle, dans l’acte de reproduction, appartient à celui des deux parents chez qui la force générale ou partielle d’organisation l’emporte. Des exemples très nombreux, énumérés par une foule d'auteurs, montrent que cette règle est applicable au règne végétal et au règne animal.

On peut montrer très rapidement que, chez les êtres supérieurs, les conditions indispensables pour la réalisation de la loi idéale ne se rencontreront jamais sans exception.

1° Il faudrait d’abord qu’il y eût une correspondance parfaite entre la constitution physique et mentale des parents. Si l’on y réfléchit un peu, on verra que chacun de ces deux états généraux — la constitution physique, la constitution mentale — résulte lui-même d’une grande masse d’états particuliers, qui, pris dans leur ensemble, donnent à chaque individu cette marque distinctive et spéciale qu’on appelle en physiologie le tempérament, en psychologie le caractère.

2° Supposons ces premières conditions remplies, ce n’est pas tout. Il ne suffit pas que la constitution physique et mentale des deux parents soit en équilibre d’une façon générale ; il y a encore des conditions particulières d’âge et de santé qui sont indispensables. La disproportion

LES LOIS DE L’HÉRÉDITÉ d’âge, quand elle ne produit pas la stérilité, amène la prépondérance du plus jeune. Les expériences faites par Girou de Buzareingues sur divers animaux montrent que les produits d’un vieux mâle et d’une jeune femelle ressemblent d’autant moins au père qu’il est plus décrépit et que la mère est plus vigoureuse, et ceux d’une vieille femelle et d’un jeune mâle ressemblent d’autant moins à la mère qu’il est plus vigoureux. — L’état actuel de santé, de bien-être chez l’un des deux parents, a une influence non moins grande sur la nature du produit.

3° Enfin, il y a encore d’autres états plus accidentels et plus transitoires sous l’influence desquels s’exerce l’acte de la génération. Des faits positifs démontrent que ces états, si passagers qu’ils soient, ont la plus grande influence sur la nature de l’être procréé et assurent la prépondérance de l’un ou l’autre sexe. Bornons-nous à rappeler ici que rien n’est moins rare que la faiblesse intellectuelle des enfants engendrés dans l'état d’ivresse : qu’une tradition populaire adoptée par plusieurs auteurs et, en une certaine mesure, appuyée par l’histoire, veut que les enfants illégitimes aient plus d’esprit, de beauté et de santé que les autres, parce qu’ils sont les « enfants de l’amour 1 ». Au contraire, « quand les parents, dit Burdach, ont de l’aversion l’un pour l’autre, ils produisent des formes désagréables; leurs enfants sont moins vifs et moins dispos. »

On comprend sans peine qu’il y a un grand nombre de circonstances de cette sorte qui doivent influer sur l’acte

1. « Don Juan d’Autriche était supérieur à Philippe II, Vendôme à Louis XIII et à Gaston d’Orléans. Le rôle des bâtards de familles princières est remarquable, quand on songe à leur petit nombre. Je citerai Dunois, le bâtard de Savoie, le prince Eugène, Vendôme, le connétable de Bourbon, Maurice de Saxe, tous fils ou petits-fils de bâtards, sans parler de quelques modernes. » (Caudolle, ouvrage cité, p. 333.)

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de la génération. Si l’on remarque qu’il est impossible que les conditions générales, particulières et fortuites, que nous venons d’énumérer, se rencontrent en équilibre parfait chez les deux parents , on trouvera tout naturel que la loi énoncée ci-dessus reste à l’état purement théorique.

Dès lors, nous en sommes réduits à chercher, dans les faits eux-mêmes, s’il n’y a pas quelque formule empirique qui semble s’en dégager. C’est ici que des opinions de toute sorte se produisent. Voici les principales*

La plus simple est celle qui veut qu’il existe une connexion invariable entre l’hérédité de la ressemblance physique et l’hérédité de la ressemblance mentale. Celui des deux parents qui transmet la première ou influe le plus énergiquement sur elle transmet aussi la seconde, en vertu de la corrélation intime qui les unit. Cette doctrine, qui a été soutenue par Burdach, s’appuie en principe sur les rapports généraux du physique et du moral ; en fait, sur de nombreux exemples fournis par l’expérience. On a surtout cité l’exemple des jumeaux, qui présentent le plus souvent une conformité extraordinaire non seulement des formes extérieures et des traits du visage, mais de goûts, de facultés et même de destinée.

Girou de Buzareingues, dont les expériences sur la génération sont restées célèbres, distinguait deux vies dans tout individu, quel que soit son sexe :

La vie extérieure , qui a sous sa dépendance le système nerveux de la vie animale et le système musculaire, dont la motilité, la volonté et l’intelligence sont les attributs ;

La vie intérieure , qui comprend le tissu cellulaire , le système digestif, le grand sympathique et tout le système nerveux de la vie organique : la sensibilité interne et les sentiments en dépendent.

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Chacune de ces deux vies aurait la faculté de se reproduire elle-même ; par suite, la transmission de la vie extérieure entraînera celle de l’intelligence, et la transmission de la vie intérieure entraînera celle des sentiments

Gall et Spurzheim, repoussant les doctrines qui viennent d’être exposées, ont soutenu l’opinion qui découlait logiquement de leur système : c’est que l’analogie de con formation des régions diverses de la voûte du crâne implique une constitution psychologique analogue. « On a toujours observé, dit Gall, que les frères et les sœurs qui se ressemblent le plus entre eux ou qui ressemblent au père ou à la mère, quant à la forme de la tête , se ressemblaient aussi quant aux qualités de l’âme et de l’esprit. »

Que faut-il penser de ces doctrines, dont nous ne donnons qu’un bien petit nombre? C’est que chacune, ayant pour elle un grand nombre de faits, peut bien se donner comme une généralisation partielle; mais que, chacune ayant contre elle un grand nombre d’exceptions, aucune ne peut être acceptée à titre de généralisation totale. Ainsi l’expérience confirme la théorie : en raisonnant par déduction, nous étions arrivé à conclure que la loi parfaite de l’hérédité n’arriverait jamais à se réaliser, et l’examen des faits nous montre qu’aucune formule empirique n’atteinl la généralité d’une loi.

La seule chose qui ressorte clairement de cette opposition de doctrines, c’est qu’en fait il y a toujours prépondérance de l’un des parents. Dans les cas d’hérédité directe, l’enfant ressemble toujours plus spécialement à son père ou à sa mère.

Ajoutons que cette prépondérance n’est jamais exclu

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